Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Noëls des stars, tels qu'on les photographiait à Hollywood entre 1930 et 1960

Chaque année, aidés par des décorateurs et des costumiers (plus des coiffeurs et des maquilleurs), les portraitistes de la MGM ou de la Fox devaient trouver des nouvelles idées.

Là, pas besoin d'explications. Marilyn Monroe en Mère Noël pour la 20th Century Fox vers 1952.

Crédits: DR.

C’est le moment sentimental de l’année. Pire encore que cela, familial! Le cinéma formant une grande famille, pas plus dysfonctionnelle que les autres, il s’est longtemps senti obligé de participer à Noël sous forme de photos publicitaires. Les stars hollywoodiennes se sont vues mises en scène sous des arbres de studio avec des colis vides de contenu, mais non de sens. Chaque année, il fallait que les portraitistes maison trouvent de nouvelles variations sur un thème connu. Il y a donc eu des rennes, des traîneaux, des houppelandes rouges, du houx et des boules scintillantes. Le tout mis en scène des semaines à l’avance sous le soleil californien. Le résultat devait se voir livré aux magazines par la MGM, la Fox, la Warner ou la Paramount en temps voulu. Autant dire que décorateurs et costumiers s'y mettaient en plein été.

Cette pause dans le calendrier n’est pas apparue tout de suite. En faisant mes recherches, bien plus faciles que je l’imaginais tant la matière abonde, je n’ai rien trouvé de mis en boîtes dans les années 1910. La décennie suivante reste assez pauvre. Le système hollywoodien fonctionnait pourtant déjà à plein régime. C’est à partir de 1930, première année de la Grande Crise, que les studios ont programmé leur moment festif. J’ai cependant remarqué qu’il ne touchait pas tout le monde. Stars inaccessibles, Greta Garbo ou Marlene Dietrich restaient inimaginables sous le sapin. Blonde de mauvaise réputation, Jean Harlow s’est en revanche prêtée à ce qui restait un jeu. Idem pour Joan Crawford, pour qui le grand George Hurrell organisait une fois par semaine en moyenne une séance de pose à la MGM. Les étoiles féminines de moindre grandeur ne pouvaient du coup que suivre. Mais attention! Aucune sirène de film noir. Pas de vedette intellectuelle. Je n’ai trouvé ni Ava Gardner, ni Katharine Hepburn, ni Lauren Bacall allumant sous les projecteurs les bougies de l’arbre.

Un phénomène américain

Les années de guerre et d’après-guerre ont marqué l’apothéose de ce qui était devenu un genre. Celui-ci a décliné passé 1955. Les studios n’avaient plus de vedettes sous contrat à faire magnifier par des photographes payés, eux aussi, à la semaine. On avait mis la pédale douce sur les coiffeurs et les maquilleurs. Hollywood en était arrivé au temps du coup par coup. Un temps que l’Europe, à part peut-être l’Allemagne des années 1920 et 1930, a toujours connu. D’où nulle Brigitte Bardot, nulle Romy Schneider surprises dans une fausse magie de fin d’année.

Je vais donc vous proposer une galerie américaine allant de la fin des années 20 au début des années 60. Avec toutes mes excuses pour les jeunes génération ne sachant rien d’Ava Gardner ou de Romy Schneider. Une chose normale. A chacun son temps. Je resterais bien incapable de reconnaître Rihanna en photo!

Louise Brooks. Le sapin reste encore tout petit sur cette image de 1928 ou 1929. Mais Louise n'était pas une superstar non plus, au temps où elle travaillait pour la Paramount. Ce sont les historiens du 7e Art qui l'ont découverte avec passion dans les années 1960, alors qu'elle s'était retirée en 1937. Il y a comme cela des mythes tardifs. Mais après tout certaines grandes vedettes des années 40 et 50, comme Greer Garson ou Jane Wyman ont bien été oubliées par la suite!

Jean Harlow. Incarnation même de la "girl next door", la blonde platinée était américaine jusqu'au bout de ses ongles manicurés. Lancée en 1930 par le milliardaire Howard Hugues, elle avait été adoptée par la MGM, qui en avait fait sa bombe sexuelle. Une bombe qu'il a fallu rendre respectable au moment de l'adoption du nouveau code de censure en 1934. Une image comme celle-ci était donc destinées à prouver que Jean, morte dès 1937, pouvait s'intégrer à un cadre familial.

Carole Lombard. Elle apparaît un peu oubliée, mais sa gloire fut immense jusqu'à sa  disparition dans un accident d'avion en 1942. Travaillant en "free lance", cette indépendante était aussi célèbre par la diversité de son talent, passant du drame à la comédie, qu'à sa vivacité d'esprit. Non-conformiste, totalement dénue de "correction", elle avait ainsi fait une épouse idéale pour Clark Gable. Vu sa petite tenue, l'image doit dater d'avant le fameux "Code Hays" de 1934.

Hedy Lamarr. Autrichienne, Hedy Kiesler passait pour "la plus belle femme du monde". Divorcée d'un industriel pactisant avec les nazis, lancée à l'écran par un film européen où on la voyait nue, elle avait réussi à forcer les portes de la MGM, où son type exotique lui fera jouer les Russes, les Vietnamiennes, les Mexicaines... et même les Congolaises  à partir de 1939. L'actrice est aujourd'hui connue comme co-auteur d'un brevet scientifique (elle en a déposé d'autres) à la base du téléphone portable.

Rita Hayworth. "La" vedette des années de guerre! Transformée en rousse explosive, cette Latino, venue de la danse, a connu une vie à la fois brillante et lamentable. Mariée cinq fois, dont une à Orson Welles et une à Ali Khan, elle a connu un succès planétaire avant de sombrer dans l'alcool, puis la maladie d'Alzheimer. Cette image conçue pour son studio, la Columbia, la montre curieusement sage en train de défaire un paquet de Noël. Elle se situe très loin de "Gilda" et de "La dame de Shanghai".

Deanna Durbin. Dotée d'une voix de  soprano, cette brune avait débuté presque enfant à l'écran. L'Universal en fera la vedette de comédies gentiment aseptisées, que dirigera souvent Henry Koster. A la surprise générale, l'adolescente réussira à se maintenir en vedette à l'âge adulte, tournant des produits hollywoodiens plutôt bien foutus durant toutes les années 1940. Deanna prendra ensuite une retraite pour le moins prématurée, qu'elle passera en France où elle est morte assez récemment.

Bette Davis. En voilà une qu'on s'attendait peu à fêter Noël! Reine de la Warner Bros, où elle avait eu de la  peine à trouver sa place, Bette fut la femme forte des années de guerre. Elle incarnait le courage, la ténacité, mais aussi une volonté de pouvoir assez hystérique face à des hommes faibles. Il s'agit certes ici d'une photo posée. Mais elle est à mon avis tirée d'un des mélodrames qui avaient fait d'elle une star. Je n'ai pas  trouvé lequel. La photo date, vu le costume, du milieu des années 1940.

Joan Crawford. Avec elle, c'est l'embarras du choix tant elle a posé pour la MGM, puis la Warner! Sa carrière au "top" a par ailleurs duré de 1926 au début des années 1960, faisant d'elle  "the most durable of them all". L'imagerie de Noël redonnait chaque année une sorte de virginité à cette femme réputée dure et violente, maltraitant notamment ses enfants adoptifs. L'image ci-dessus date des années 1950, quand Joan jouait les matriarches. Elle devait passer aux tueuses psychopathes après 1960.

Loretta Young. Elle avait été l'une des plus séduisantes vedettes des années 1930, avec de grands yeux clairs parfaits pour le drame. Cette brune tendra par la suite à se caraméliser pour des films terriblement familiaux. Ils convenaient à  la plus catholique des vedettes de Hollywood. La chose ne l'empêchera pas d'avoir en secret une fille naturelle de Clark Gable, qu'elle prétendra ensuite avoir adoptée. Nous sommes ici dans les années 1950, moment délicat où Loretta va passer du grand au petit écran.

Jayne Mansfield. Rivale de Marilyn à la Fox, Jayne a toujours donné dans l'excès et  le kitsch. D'où d'innombrables photo démentielles, à dominantes roses, tant que son contrat a duré. Après 1960, cette fausse blonde idiote (elle était en réalité fort intelligente) devra se démener pour ne pas sombrer dans la déchéance. Elle entreprendra ainsi une carrière de chanteuse sas avoir la moindre voix. On sait qu'elle finira par mourir en 1967 d'un accident automobile. Un mythe américain.

Hors concours

Shirley Temple. Sa trajectoire avait démarré sur les chapeaux de roue quand elle avait quatre ans. En 1936, elle était la vedette dont les films rapportaient le plus d'argent, avec de faibles coûts de production. En 1940, la Fox voyait en elle une "has-been". Shirley tentera son grand retour adolescente, sans trop de succès. Elle devait ensuite faire de la politique, devenant même ambassadeur des Etats-Unis.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."