Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les musées suisses rouvrent le 1er mars. Quelles sont les nouveautés à découvrir?

Les équipes ont travaillé sur place durant le semi-confinement. D'où plein de choses à voir de Bâle à Genève, en passant par Lausanne, Soleure ou Pully.

Un dos imaginé par Filip Leu en 1994, avec beaucoup de crânes.

Crédits: Filip Leu, Museum Tinguely, Bâle 2021.

Tout le monde le sait maintenant. Alors que la France s’apprête sans doute à se verrouiller une nouvelle fois comme un coffre-fort, tandis que l’Allemagne se confine en fermant du même coup ses frontières, la Suisse rouvre les musées en même temps que les magasins «non essentiels». La date a été fixée au lundi 1er mars. Un lundi. Comme il s’agit là du jour chômé par la plupart des institutions suisses, le véritable événement aura donc lieu le mardi 2 mars.

Qu’y aura-t-il de nouveau à voir? Bien des choses. Alors que de nombreuses expositions, interrompues une, voire deux fois dans leur trajectoire se voient prolongées, quantité d’accrochages vont sortir mardi du congélateur. Ils ont été mis au point par des équipes travaillant avec les précautions requises. Il s’agissait de ne pas décourager les gens de musée en laissant tout en plan. D’où la masse de propositions à découvrir, en se disant que ce n’est pas fini. La fin du mois devrait être marquée par l’ouverture de la grande exposition des paysages de Gerhard Richter au Kunsthaus de Zurich le 23 mars et de la rétrospective Sophie Taeuber-Arp au Kunstmuseum de Bâle. Cela se passera ici trois jours avant. Le 20 par conséquent.

Mais regardons d’abord l’actualité. Voilà ce qui se profile dès cette semaine.

Aarau

Emma Kunz. Elle était à la fois chercheuse scientifique, écologiste et artiste, ce qu’on a découvert seulement après sa mort. L’Argovienne (1882-1963) avait été déjà honorée par une grande exposition en 1973. Elle revient aujourd’hui au Kunsthaus avec une présentation de ses œuvres mises en regard avec celles de plasticiennes plus récentes, de Lea Porsager à Mai-Thu Perret (jusqu’au 24 mai, www.aargauerkunsthaus.ch).

Bâle

Egypte, 3000 ans de haute culture au bord du Nil. L’Antikenmuseum a complètement revu sa section égyptienne, logée en sous-sol. Riche de 600 objets acquis ces dernières décennies, elle a été réorganisée dans une perspective immersive, interactive et multimédia. L’institution bâloise, qui se cherche un nouveau souffle, présente cet ensemble comme le plus riche de Suisse en son genre (permanent, www.antikenmuseumbasel.ch)

Art Leu Family. Le Museum Tinguely montrera dès le 3 mars la production d’une famille ayant fait de Lausanne une capitale du tatouage mondial dans les années 1980. La tradition du défunt patriarche Felix, qui était le beau-fils de Jean Tinguely, a été reprise par ses enfants. Ceux-ci créent par ailleurs des peintures et objets. L’exposition a été conçue comme l’exploration d’un univers par Jerk Christian (jusqu’au 31 octobre, www.tinguely.ch)

Dorian Sari. Né en 1989 à Izmir, en Turquie, l’artiste a fait ses études à Paris, Naples et en Suisse. Genève, et surtout Bâle chez nous. C’est là qu’il a reçu le Prix Manor local, ce qui lui permet de proposer une idée au Museum für Gegenwart. «Post Truth» s’attaque à un concept qui gangrène nos sociétés. Les faits alternatifs s’y multiplient. L’idée de vérité se voit dépassée face à des convictions personnelles devant primer (jusqu’au 24 mai, www.kunstmuseumbasel.ch)

Genève

Walking On Water. L’exposition tant attendue (souvent au contour) du Musée d’art et d’histoire peut enfin s’ouvrir. L’Autrichienne Jakob Lena Knebel a envahi l’institution, jouant avec ses collections. Une importante et coûteuse scénographie s’est vue créée pour l’occasion. C’est la première des «cartes blanches» qu’entend donner le directeur Marc-Olivier Wahler à des gens du monde de l’art contemporain (jusqu’au 27 juin, www.institutions.ville-geneve...)

Contradictions. Bien plus discrètement signalée par le MAH, cette exposition aurait au départ dû se dérouler en 2020. Elle émane du Cabinet des arts graphiques. Christian Rümelin a travaillé sur l’idée du multiple, qualité que ne possède pas la seule estampe. «La multiplication permet la variante, la tentative, le remords, l’abandon.» Cette présentation ne se déroule pas à la promenade du Pin, mais au MAH lui-même (jusqu’au 4 juillet, www.insitutions.ville-geneve.c... )

Inventaire. Le Mamco a beaucoup travaillé sur ses collections l’an dernier. L’occasion d’inventorier, de faire du recollement, mais aussi d’effectuer des découvertes. Le fonds s’est considérablement enrichi depuis l’ouverture du musée en 1994. Le directeur Lionel Bovier et trois membres de son équipe ont trouvé là matière à créer une exposition. Celle-ci rend compte des richesses sans colmater les points faibles. «Inventaire» occupe presque tout le bâtiment (jusqu’au 20 juin, www.mamco.ch)

Lausanne

Maurice Denis, Amour. C’est la première rétrospective que le Musée cantonal des beaux-arts dédie au peintre  Nabi, mort en 1943 (1). Conçu par Catherine Lepdor, l’actuel panorama s’arrête prudemment à 1914. Les grand décorateur religieux, au catholicisme intransigeant, n’est pas au goût du jour. L’exposition a été permise par des prêts exceptionnels du Musée d’Orsay, complétés par des envois européens et même américains (jusqu’au 16 mai, www.mcba.ch)

Matières en lumière. L’étage du haut, au MCB-a, a été réservé à la sculpture, vu son bel éclairage zénithal. Camille Lévêque-Claudet présente là des pièces tirées de collections privées helvétiques. Elles conduisent le public des modernes classiques, avec en tête Auguste Rodin, jusqu’aux contemporaines Louise Bourgeois ou Lynn Chadwick. Le plateau a été laissé d’un seul tenant, au caractère de bureau paysager (jusqu’au 16 mai, www.mcba.ch)

Chefs-d’œuvre de la Collection Bemberg. Le vénérable bâtiment du XVIe siècle qui conserve à Toulouse cet musée privé se trouve aujourd’hui en travaux. L’Hermitage peut donc accueillir un ensemble partant de portraits français de la Renaissance pour se terminer avec une série de trente Pierre Bonnard. Certaines pièces ont été acquises après la mort (à 96 ans en 2011) du créateur de la collection Georges Bemberg (jusqu’au 30 mai, www.fondation-hermitage.ch)

Quoi de neuf, Pussyhat? Le Musée historique de Lausanne poursuit dans sa veine sociale. Après les loisirs, voici les femmes. Montée par un trio de commissaires, l’exposition part de #metoo, de la grève violette du 14 juin 2019 et des cinquante ans de l’octroi tardif du droit de vote au Suissesses en 1971. Tout doit tenir dans un espace n’excédant pas les 240 mètres carrés. Voilà qui frôle l’exploit! (Jusqu’au 27 juin, www.lausanne.ch/vie-pratique/c... )

Pully

Calder, Soulages, Vasarely… La Fondation Gandur pour l'art est riche, comme on le sait, d’œuvres abstraites européennes réalisées entre l’immédiat après-guerre et 1980. Ce fonds privé se voit de plus régulièrement complété par de nouvelles acquisitions. Le Musée d’art de Pully accueille une sélection tirée de cet ensemble par le conservateur de la FGA Yan Schubert. Il s’agit là d’une présentation de longue durée (jusqu’au 21 novembre, www.museedartdepully.ch)

Soleure

Claudio Moser, Gegen Osten. Né en 1959 à Aarau, l’homme demeure avant tout connu comme plasticien. Il s’agit aussi d’un photographe. Le Kunstmuseum va ainsi présenter dans un rez-de-chaussées aux fenêtres obscurcies ses travaux dans le domaine du 8e art réalisés depuis 1995. L’exposition se verra complétée par deux autres, Krieg und falscher Frieden plus Fritz Baumann, Otto Morach et Johanna Fülscher (jusqu’au 24 mai, www.kunstmuseum-so.ch)

Vevey

Dürer et Rembrandt. Durant toute sa vie de collectionneur, le Vaudois Pierre Decker (1892-1967) s’est focalisé sur deux des noms les plus célèbres du monde de l’estampe. Deux hommes liés à une culture religieuse d’essence plus ou moins protestante. Ce grand chirurgien est parvenu à acquérir des tirages exceptionnels. Ils font la fierté du Cabinet cantonal des estampes, logé au Musée Jenisch, qui publiera du coup un livre (jusqu’au 30 mai, www.museejenisch.ch)

Zurich

La côte oubliée. Le Museum Rietberg s’intéressant à tous les arts extra-occidentaux, l’Amérique précolombienne y trouve aussi sa place, même si elle demeure plutôt faible dans ses collections. La présentation actuelle touche à l’archéologie du Honduras. Une zone éclipsée par le Mexique ou le Pérou. Il s’agit d’une coproduction entre le musée, l’Université et l’Institut archéologique allemand. A découvrir! (jusqu’au 27 juin, www.rietberg.ch)

Virus-Crise-Utopie. Pour le 2 mars, le Landesmuseum nous mitonne un événement dont le moins qu’on puisse dire est qu’il se veut d’actualité. Sur le fond, l’institution dirigée par Andreas Spielmann ne précise volontairement rien. Il y a aura la surprise. La chose est organisée par Marina Amstad. Le décor d’Alex Harb devrait jouer un grand rôle. Pour en savoir davantage, rendez-vous dès mardi (jusqu’au 27 juin, www.landesmuseum.ch)

(1) Le premier Maurice Denis romand, en plus! La Suisse alémanique a, elle, délaissé l'artiste français depuis 1972.

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