Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les musées de Bâle sortent le grand jeu pour faire revenir le public dans les salles

Des bannières. Des panneaux. Des affiches. Le tout pour vanter non seulement des expositions nouvelles, mais un redéploiement de collections modernes enrichies.

Un Braque fauve prêté au Kunstmuseum.

Crédits: Succession Georges Braque, Kunstmuseum, Bâle 2020.

C’est l’accueil solennel à la gare de Bâle. Il n’y a pas de fanfare pour accueillir les passagers descendus du train, mais c’est tout comme. Des étendards flottent sur la place, au milieu des trams. Il s’agit de vanter au public la richesse des musées bâlois. Ceux de la Ville. Un tel déploiement demeurait jusqu’ici réservé à la Fondation Beyeler ou à Art/Basel.

Il faut dire qu’un coup de fouet s’imposait. Le 12 mai, la réouverture de ces institutions s’était faite mollement. Très mollement même. Je vous en avais parlé. Le Kunstmuseum, qui avait obtenu l’autorisation d’accueillir 550 visiteurs à la fois (ce qui me semble énorme), peinait à en rassembler plus d’une vingtaine de personnes à certains moments. Je vous avais dit m’être retrouvé seul à un moment dans le Hauptbau. Les rares gens étaient comme de juste venus voir les manifestations temporaires.

900 personnes à la fois!

C’est aujourd’hui (mais tout peut changer demain) 900 visiteurs à la fois qui se voient accordés au Kunstmuseum. L’équivalent, ou presque, d’une manifestation à grand spectacle. Le dimanche 2 août, où j’ai visité l’exposition consacrée à la collection de Ruth et Peter Herzog (voir une case plus haut dans le déroulé de cette chronique), je ne dirais pas que tout était plein. Mais la nouvelle présentation s’annonce comme un succès. Il fallait attendre sur le (très) grand escalier du Neubau le droit de pouvoir pénétrer dans les salles. Le bas du visage non couvert, même si une moitié du public avait pris cette précaution. En Suisse alémanique, le masque reste encore un accessoire de carnaval. Il n’y d’ailleurs aucune réservation obligatoire. Vous pouvez acheter votre billet en ligne. Mais il n’a pas de créneau horaire, comme on dit dans les pays francophones.

Isa Genzken aujourd'hui. Photo DR.

L’institution ne compte pas s’arrêter là, si tout va bien. Il lui faut à la fois concurrencer la Fondation Beyeler, à la programmation du type Gianadda (en plus actuel), et le Kunsthaus de Zurich. L’ouverture du bâtiment de David Chipperfield, comme me l’a confirmé le musée, reste pour le moment agendée à octobre 2021. Il s’agit d’une véritable machine de guerre. La lutte sera soutenue. Pour la suite de 2020, qui voit le Kunsthaus un peu en veilleuse (les expositions actuelles, dont je vous parlerai bientôt, ne m’ont pas semblé très bonnes), il y a ainsi des projets avancés. Ils se destinent à des publics très différents. Sǿren Grammel proposera au bâtiment contemporain les premières œuvres de l’Allemande Isa Genzken, née en 1948, à partir du 5 septembre. Bodo Brinkmann amènera «L’Orient de Rembrandt» au Neubau dès le31 octobre.

Nouvelles acquisitions

Parallèlement à l’accrochage autour d’Arnold Böcklin, le Kunstmuseum a redéployé ses collections modernes au second étage du Hauptbau. C’est l’occasion pour la commissaire Eva Reifert d’accrocher des nouveautés. L’institution a reçu en prêt, d’un collectionneur «entendant tisser avec le musée des liens durables», des Derain,des Braque et des Vlaminck fauves. Il y a les Klee et les Picasso de la donation effectuée par la succession de de Frank et Alma Probst-Lauber. S’ajoutent enfin deux œuvres de Gabriele Münter, la compagne des années allemandes de Kandinsky (1). L’une a été acquise par la Fondation Im Obersteg, qui a donc le droit de s’agrandir. L’autre s'est vue cédée par le collectionneur anonyme dont je vous parlais quelques lignes plus tôt à propos des fauves. J’y reviendrai.

(1) Pour la partie contemporaine, j'ai noté que le Kunstmuseum avait enfin sorti son immense Mark Tobey des caves. Il était temps. L'artiste américain fut non seulement en son temps un rival de Pollock, mais il a vécu et il est mort à Bâle!

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