Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les musées américains pourront désormais vendre pour survivre à la crise actuelle

L'association faîtière vient d'autoriser des cessions pour payer des frais ou boucher des trous. Jusqu'ici une vente d'oeuvre ne pouvait servir qu'à financer un nouvel achat.

Le Metropolitan Museum of Art fermé. Un trou de 150 millions de dollars.

Crédits: AFP, Getty

Les musées américains changent une de leurs principales règles du jeu. Je vous ai récemment expliqué qu’ils avaient la possibilité de vendre des œuvres, mais que le produit de ces cessions devait obligatoirement aller à de nouvelles acquisitions. Je vous ai aussi dit que les choses étaient en train de changer. Un certain virus, dont vous avez peut-être entendu parler, en est la cause. Vu le caractère privé de la plupart des institutions muséales aux USA, elles vivent uniquement de leur recettes et du mécénat. Les premières ont été réduits à néant par le «lockdown». Les secondes deviennent hautement aléatoires. Dès les premiers jours du bouclement, le Metropolitan Museum of Art de New York estimait que ses pertes sèches pour 2020 se monteraient à 150 millions de dollars.

Comme d’habitude, les musées ont commencé par tailler dans les coûts. Ils ont réduit dramatiquement la quantité de leur personnel, qui n’est protégé ni par un statut de fonctionnaire, ni par de vraies lois sociales.C’était à qui «coronavirerait» le plus de monde, avec les tragédies humaines que cela suppose (1). Ce n’était bien sûr pas suffisant. Il fallait tailler dans le gras, autrement dit dans des collections qui se sont souvent spectaculairement enrichies ces dernières années. Je pense à New York à Kansas City ou à Cleveland. Seulement voilà! L’American Alliance of Museums (AAM) les empêchait de toute dérive avec sa fameuse règle: une vente égale un nouvel achat. Il a donc fallu que cette association, dont chacun se doit de faire partie, jette un peu de lest. Elle vient de le faire avec une nouvelle résolution: «L’AAM s’abstiendra de censurer ou de sanctionner un musée qui déciderait d’utiliser des fonds obtenus (par une cession NDLR) pour des dépenses d’ordre général.» Comme de payer les frais occasionnés par les soins qu’exigent les collections et les bâtiments. Assurances, restaurations, peut-être même personnel. Mais là, j’extrapole un peu.

Jusqu'en avril 2022

La résolution n’est pas définitive. Il s’agit en fait d’un moratoire, valable jusqu’au 10 avril 2020. Jusque là, l’AAM se tiendra tranquille. Le texte a un but avoué. Faire réagir des autorités. Si un directeur d’institution ne possède pas le pouvoir légal pour approuver la nouvelle destination des fonds, il faudra que les pouvoirs publics le lui accordent. Ce serait un grand pas vers la survivance de nombre d’institution privées aujourd’hui menacées. Il a été dit dès les premiers jours de la pandémie qu’un tiers au moins des musées américains risquait de mettre la clef sous le paillasson. Pour autant, bien sûr, qu’il subsiste encore un paillasson… C’est énorme. En Europe, la culture reste tout de même protégée même si ceux qui en vivent pensent le contraire.

(1) Et pendant ce temps, en France, le personnel des musées nationaux, poussé par les syndicats, entend se mettre en grève vu la "dangerosité" de la rentrée prévue au Louvre ou à Versailles. Il utilisera autrement son "droit de retrait". Sans commentaires!

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