Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les illustrations pour les aventures de "Martine" ont crevé le plafond samedi à Paris

C'était une vente Artcurial. Le lot le plus important à frôlé les 50 000 euros. Un succès pour Marcel Marlier, mais surtout pour une maison surfant sur les modes.

Quand Martine devient danseuse à l'Opéra.

Crédits: Succession Marcel Marlier, Artcurial, Paris 2019.

C'était une vente Artcurial. La maison parisienne a le chic pour faire mousser des opérations relevant du para-artistique, comme il peut exister du para-médical. Il s'agit après tout d'un commerce, où les gens donneraient à vendre leur grand-mère s'ils le pouvaient. N'oublions pas en plus que les intérêts des clientèles se déplacent avec le temps. Il suffit de voir en ligne le catalogue de la vente «Don't Believe the Hype», prévue le 5 mai. Un des cent «4 Foot Companion (Grey)» de Kaws, modèle géant tout de même, se voit estimé entre 120 000 et 150 000 euros, alors que je n'accepterais jamais de débourser cent. Et encore... Il se fait simplement que ce gadget, à mon avis hideux, répond au goût générationnel d'un public qui avait 20 ans à il y a dix ans.

La nostalgie forme en effet un commerce juteux. J'en reviens du coup à ma vente Artcurial passée. Dans une série consacrée à la BD et à l'illustration, il y a avait ainsi le 27 avril à Paris 29 gouaches conçues par Marcel Marlier pour «Martine». Vous savez, la petite fille dont l'enfance s'est prolongée de 1954, date de sortie chez Casterman du premier album, jusqu'à 2010 après la mort de Marlier. Un phénoménal et surtout inépuisable phénomène éditorial. International en plus, ce qui explique que les trois quarts des acheteurs aient été étrangers. Eh bien, ces peintures à l'eau se sont vendues jusqu'à dix fois le prix d'estimation! Le record est allé au dessin montrant Martine en petit rat de l'Opéra. La chose a rapporté, avec les échutes, 48 100 euros. «Martine fait du camping» a plafonné à 33 800 euros. Le prix d'une œuvre déjà importante lors de la Semaine du dessin en mars dernier dans la capitale française. Mais surtout un autre type d'acquéreurs. Les nostalgiques.

L'Alfa Roméo, typique du goût italien des années 1930. Il n'existe de ce modèle de luxe que quelques exemplaire. Photo Artcurial.

Alors étonnez vous si Artcurial, dont les plus grosses enchères sont dues aux voitures de collection (une Alfa Roméo de 1939 a récemment été vendue pour 16 745 600 euros), propose des sacs à mains, des flacons de parfum ou des morceaux de la vraie Tour Eiffel comme on aurait jadis offert des épines de la Sainte Croix! Une nuance cependant. Si je pense le plus grand mal des illustrations pour Martine, l'Alfa constitue à mes yeux l'un des chefs-d’œuvre absolus du design italien des années 1930. Et je n'étais pourtant pas né en 1939!

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