Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les "grands bateaux" ne pourront plus traverser Venise à partir du 1er août. Enfin!

Leur expulsion évidente a pris des années. De gros intérêts économiques étaient en jeu. Il y aussi eu des réticences guidées par une certaine malhonnêteté.

Un évidente disproportion.

Crédits: ANSA

Ouf! Cette fois-ci, nous y sommes. Dès le 1er août, jour de la fête nationale suisse, les «grandi navi» ne pourront plus entrer dans Venise. Le décret-loi a été adopté en conseil des ministres, celui de la culture Dario Franceschini poussant à la roue. «C’est une journée historique», a déclaré ce dernier le 13 juillet. «Nous avons répondu, après des années, à l’attente du monde entier.» De l’Unesco en particulier! L’organisation avait en effet menacé d’inscrire Venise sur la liste peu enviable des sites en danger. Cela peut ensuite aller jusqu’à la radiation complète du classement, comme c’est arrivé il y a quelques années à Dresde.

La première fois que j’ai vu l’un de ces «grands bateaux», qui n’ont bien sûr pas toujours existé, je me suis cru la victime d’une hallucination. Ce navire était haut de 45 mètres, long de passé 200. Il semblait tellement disproportionné par rapport aux petites maisons de briques émaillant les bords du canal de le Giudecca qu’on aurait dit un truquage cinématographique. A son bord se trouvait 4500 passagers, dont beaucoup agitaient la main sur un pont. La plupart semblaient âgés, même vus de loin. Venise, où il n’avaient presque rien dépensé, constituait pour eux un parc à thème dont les autres touristes auraient été les figurants. Ils la quittaient maintenant, tirés par des remorqueurs qui semblaient minuscules à côté. Un rien aurait pu faire dérailler un de ces montres de sa route. Il y a ainsi eu un accident, qui aurait pu se révéler grave, le 2 juin 2019. Tollé planétaire!

Une lutte incertaine

Les habitants de Venise, toujours moins nombreux, ont lutté de réunion en manifestation contre les «grandi navi». Ils ont même organisé une votation sauvage. Elle avait donné en 97 pourcent de voix contre. Rien n’y a fait. Comme pour la digue Moise, qui semble aujourd’hui faire ses preuves, il subsistait toujours des obstructions et des prévarications. Des maires inactifs ou complices se sont succédé à la tête de la ville, si bien gérée jusqu’à la chute de la République en 1797. L'un d'eux a même fini en prison. Du côté étatique, on sentait à Rome la même mollesse. Les intérêts financiers en jeu auraient été trop grands. Saint tourisme aurait souffert d’un défaut d’implantation des grands bateaux dans le port au bout de la Giudecca (1).

A partir du 1er août, les embarcations de plus de 25 000 tonnes, de 180 mètres de long, de 35 de haut émettant dans l’air davantage que 0,1 pourcent de soufre devront utiliser Marghera, le port créé au début du XXe siècle sur la terre ferme. Un endroit d’une séduction autre, je dois dire. Le coucher de soleil derrière les raffineries de pétrole, avec la flamme tout en haut d’une poutrelle, c’est assez impressionnant. On peut aussi faire des «selfies» avec une telle toile de fond!

(1) Côté financier, des dédommagements sont prévus pour les personnes lésées par la loi-décret.

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