Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les "Grandi Navi" sont de retour à Venise. La police doit séparer les adversaires

Après dix-sept mois d'arrêt, les monstres de la mer traversent à nouveau le canal de la Giudecca. Le débat passionné l'est devenu davantage encore...

Un gros problème de taille. Le bateau est au fond de l'image...

Crédits: AFP.

La reprise, même partielle, du tourisme à Venise ne fait pas que des heureux. J’en prends pour preuve une dépêche d’ANSA, l’agence gouvernementale. La voix de son maître. L’équivalent d’AFP pour la France ou de ce qui subsiste de l’ATS pour la Suisse après des coupes de crédits. Un tel biais se doit en effet de rester aussi modéré que possible. Il existera toujours deux Italie(s) dressées l’une contre l’autre, voire même davantage.

Que s’est-il donc passé ces derniers jours? Eh bien, les «grandi navi» ont opéré leur retour. Au moment où le texte était rendu public le 9 juin, il n’avait encore passé par le canal de la Giudecca qu’un seul de ces monstrueux vaisseaux de croisière, capable d’accueillir 4500 passagers dont une majorité de retraités. On sait que ces géants des mers sont bien plus grands qu’un immeuble normal. Alors vous pensez ce qu’il en est par rapport aux fragiles constructions en briques de la Sérénissime! Inutile de préciser que ces retrouvailles après dix-sept mois d’interruption n’ont pas fait l’unanimité. Je vous rappel qu’un vote sauvage, organisé il y a quelques années dans la ville, avait donné un «non», ou plutôt un «no», à 97 pourcent. Un score digne des pays de l’Est avant la chute du Mur de Berlin fin 1989.

Coups de poing sur les bateaux

Tout a failli tourner au vinaigre. D’une part, les organisateurs de croisière ont fait venir une fanfare afin de saluer l’événement, ce qui a été pris pour une provocation. De l’autre les adversaires des «grandi navi» ont multiplié les banderoles («Fuori della Laguna», «No alla monocultura turistica»…) puis les «lazzi» et enfin les insultes. Le petit «peuple du oui», avant tout représenté par des gens tirant de gras bénéfices du passage des grands bateaux, se heurtait à celui du non. Les forces de l’ordre ont dû intervenir pour séparer ce qui devenait les combattants. On devine la scène, surtout si l’on sait que l’ANSA reste tout de même un couvercle posé sur la marmite. Dans un objectif de neutralité, elle a du reste donné la parole à deux représentants des adversaires…

L’ennui, c’est que des horions ont aussi été échangé ces derniers jours sur les embarcations, nettement plus petites, d’ACTV. Vous savez. Le service municipal hyper-polluant qui sert d’autobus à Venise. La prudence sanitaire avait amené des restrictions drastiques du nombre de passagers. Jusqu’ici tout allait bien. Il ne se trouvait à bord que des Vénitiens. Avec les touristes revenus, même en effectifs réduits, cela fait désormais trop de monde. D’où des files d’attente interminables. D’où par la suite des injures et des coups de poing. Certaines personne ont même fini aux urgence d’un hôpital par ailleurs magnifiquement logé dans une ancienne «Scuola» du XVIe siècle. Je vous rassure. Les gens souffraient d’angoisse, voire de panique. Aucun blessé jusqu’ici.

La solution dramatique?

On voit que pour les grands bateaux, le problème ne semble jamais vouloir se résoudre. Il y a trop d’intérêts en jeu. Et donc de «lobbies» et de corruptions. Le mieux qui puisse arriver dans les circonstances actuelles serait bien sûr pour les «no» les plus intransigeants qu’un navire coule au large et qu’il n’y ait pas de passagers survivants. Il y aurait alors comme une diminution de la demande en croisières. Mais avouez que ce serait tout de même raide comme solution. Et cela même si Thomas Mann a écrit un chef-d’œuvre avec «Mort à Venise»...

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