Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les expositions suisses de 2019. Mon petit choix de dix événements prometteurs

Il y aura beaucoup à voir cette année, un certain nombre de manifestations résultant de coproductions internationales. Bâle se détache nettement du peloton. Certains lieux n'ont cependant pas encore donné leur programmation 2019 complète.

"Extase" de Jean Brenner, qui viendra de Strasbourg pour l'exposition sur le sujet du Zentrum Paul Klee.

Crédits: Musée d'art moderne et contemporain, Strasbourg.

Après l'Europe la Suisse, qui n'en fait pas vraiment partie. Il reste quelques inconnues. L'Elysée comme l'Hermitage ou la Fondation Gianadda n'ont pas encore donné leur programme pour toute l'année. J'en sais cependant assez pour vous proposer dix expositions pour 2019. Menu varié, avec quelques coproductions internationales. Il n'est pas inintéressant de voir ce qui semble de prime abord la même chose dans plusieurs lieux. Le résultat se révèle souvent très différent.

Bâle

Kosmos Kubismus. L'exposition actuelle du Centre Pompidou, dont le Kunstmuseum est ici le partenaire. Il semblait en effet difficile de parler de cubisme entre 1907 et 1917 sans collaborer avec l'institution rhénane. Elle détient nombre de Braque et de Picasso de cette époque. Notons que l'accent se voit mis dans la publicité sur Picasso et Léger, Braque n'étant jamais devenu une star dans les pays germaniques. L'exposition se déroulera dans le Neubau. Vu l'espace, elle comportera sans doute moins d’œuvres qu'à Paris (du 30 mars au 4 août, www.kunstmuseumbasel.ch).
Le jeune Picasso, les périodes bleue et rose. Ici, la Fondation Beyeler reprend l'exposition du Musée d'Orsay. Comme je vous l'ai dit, il s'agissait d'une excellente surprise. Il y avait là des œuvres essentielles provenant du monde entier, le Musée Picasso parisien n'étant pas bien riche pour ces périodes précoces du maître. L'institution privée bâloise a tout fait pour créer l'événement, qui lui coûte cher. Les billets sont depuis longtemps en vente. Cela dit, Picasso n'est plus une rareté: 79 institutions l'ont exposé depuis 2017! (du 3 février au 26 mai, www.fondationbeyeler.ch)
Gold und Ruhm, Geschenke für du Ewigkeit. En 2019, la cathédrale de Bâle fête ses 1000 ans, même si le bâtiment gothique actuel date d'après le tremblement de terre de 1356. Le Kunstmuseum va se tourner autour de la constitution d'un trésor demeuré intact jusqu'en 1831, et aujourd'hui en partie dispersé. Tout sera centré sur les figures fondatrices de l'empereur romain-germanique Henri II et de son épouse Cunégonde. En travaux, le Musée de Cluny enverra le fameux retable d'or ayant fini dans ses collections (du 11 octobre au 19 janvier 2020, www.kunstmuseumbasel.ch)
Art/Basel. C'est après tout le plus grande exposition d'art moderne (et surtout contemporain) d'Europe! La foire parle chaque année de 4000 artistes exposés par plusieurs centaines de galeries triées sur le volet. Il y a en plus toutes les manifestations annexes, comme Liste qui proposent des gens moins arrivés sur le plan commercial. Ceux qui émergent. Le principe restera le même en 2019. On ne change pas une équipe gagnante. Après deux jours de vernissages sur invitation, il n'y aura que quatre journées pour le public (du 13 au 16 juin pour le public, www.artbasel.com)

Berne

Miriam Cahn. La Bâloise, qui fêtera ses 70 ans en juin prochain, va vivre sa grande année. Ce ne sont pas moins de cinq villes qui lui consacreront une grande exposition en Europe. A part celle du Kunstmuseum de Berne, il y en aura ainsi une à Munich, une à Varsovie, une à Madrid (au Reina Sofia) et une à Bregenz. Joli quintet pour une dame plutôt discrète qui avait déjà retenu l'attention des Documenta d'Athènes et Kassel en 2017. L'accrochage bernois s'intitulera «Moi comme être humain». Il y aura là de la peinture, bien sûr, mais aussi des dessins, de grandes sculptures et des vidéos performatives (du 22 février au 16 juin, www.kunstmuseumbern.ch)
Extase. La grande exposition thématique du Zentrum Paul Klee. Coproduite avec Stuttgart, elle entend montrer ce sujet, courant dans la peinture baroque, à l'époque moderne. Auguste Rodin, Louise Bourgeois, Meret Oppenheim, Andy Warhol ou Henri Michaux ont été convoqués. L'institution annonce de «rapprochements surprenants». Il sera question de maîtrise de soi et de perte de contrôle, d'auto-destruction et de libération. Une toile extravagante de l'Alsacien Jean Benner (1836-1906) sert pour l'instant d'affiche (du 2 avril au 4 août, www.zpk.org)

Genève

La fabrique des contes. Après l'Amérique du Sud précolombienne, le Japon bouddhique et l'Afrique religieuse, L'Europe. Celle-ci a aussi sa place dans un ancien musée d'ethnographie. Elle y a donc son département, dirigé par Floriane Morin. Le MEG va se pencher sur les contes populaire et savants, qu'il décryptera. Ceux-ci remontent souvent loin dans le temps, comme les fables. Tous les pays en ont produits, relayés par des écrivains les mettant en forme. L'exposition utilisera avant tout des objets conservés par le MEG (du 17 mai au 5 janvier 2010, www.ville-ge.ch/meg)
César et le Rhône. Si l'on ne sait encore rien des Silences que prévoit le Musée Rath du 14 juin au 27 octobre, tout semble clair avec cette présentation archéologique, venue du Musée départemental de l'Arles antique. Les fouilles dans le Rhône ont notamment permis de retrouver un buste en marbre, qui serait celui de César. Les scientifiques travaillent maintenant sur l'autre rive, à Trinquetaille, où ils ont trouvé un quartier romain entier. Genève avait beaucoup prêté à l'exposition provençale de 2018. Voici le rendu fait au MAH (du 8 novembre au 26 février 2010, www.ville-ge.ch/mah)

Lausanne

Atlas, Cartographie du don. Le nouveau Musée cantonal des beaux-arts ouvre cette année à côté de la gare. Il y aura deux journées portes ouvertes les 6 et 7 avril. Le lieu restera alors vide. C'est à l'automne que l'institution proposera dans le bâtiment entier un premier accrochage. Il se verra voué aux collections de l'institution, jusque là quasi invisibles. Elles se sont de plus enrichies récemment. Le tout se présentera sous la forme d'une grande carte. Les premières présentations temporaires de format classique sont pour 2020 (du 5 octobre au 16 février 2010, www.mcba.ch)

Zurich

Fly Me to the Moon. Les cinquante ans du premier pas sur la Lune se verront célébrés un peu partout, même si des irréductibles croient toujours à une supercherie. Il y aura ainsi une nouba au Grand Palais parisien. Le Kunsthaus y va de sa contribution, comme le Kunstmuseum de Berne qui proposera Clair de lune du 18 juin au 20 octobre. L'histoire du Spoutnik, de la NASA et des cosmonautes se verra racontée à Zurich avec des œuvres allant de Darren Almond à René Magritte et de Johan Christian Dahl à Liam Gillick (du 5 avril au 30 juin, www.kunsthaus.ch)

N.B. J'aurais aussi pu citer la reprise, sous forme réduite, du Surréalisme suisse par le LAC de Lugano du 10 février au 16 juin (www.masilugano.ch)

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."