Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les expositions en Europe. Mon libre choix pour 2019, d'Amsterdam à Vienne.

Le choix semble quasi infini. Rien que Paris propose une foule de choses. Je vais me limiter à dix manifestations avec quelques commentaires. A chaque jour suffit sa peine.

Le fameux "Lièvre" d'Albert Dürer, que tout le monde a vu en photo et très peu de gens en vrai. Il sera à l'Albertina de Vienne en 2019.

Crédits: Albertina, Vienne 2019.

Le compteur est remis à zéro. Une nouvelle année commence, sans qu'on attende trop d'elle. Chacun y va donc de ses pronostics. Avec les expositions de 2019, il y a moins de risques qu'en politique ou en économie. Les choses devraient se dérouler comme prévu. Au milieu de la surabondance des propositions, il me semble difficile de faire des choix. Dans son numéro de janvier, sorti dès le 20 décembre, «Beaux-arts magazine» nous indique «les 60 plus belles». Celles-ci auront comme par hasard presque toutes lieu en France. On peine toujours, du côté de Paris, à sortir de son village d'irréductibles Gaulois.  Le "Connaissance des Arts" de ce mois ne sort guère plus de l'Hexagone.

Mon propos restera plus modeste, mais il se veut plus international. Aujourd'hui Je vais vous désigner dix expositions à l'étranger. Il y en aura dix autres pour la Suisse demain. La sélection reflète mon total arbitraire. J'ai cependant tenté de vous trouver des choses diverses. La notion de culture s'élargit toujours davantage. Les temps changent, et il s'agit d'éliminer d'elle le moins de gens possible. Qui aurait rangé la mode ou la photo, pour ne pas parler des nouvelles technologies, parmi les beaux-arts il y a quelques décennies? Sur ce, trêve de considérations oiseuses. C'est parti!

Amsterdam

Rembrandt-Vélasquez. C'est l'anniversaire. Rembrandt est mort il y trois cents cinquante ans. Le Rijksmuseum n'allait pas nous refaire la rétrospective de 2003, qui marquait les quatre cents ans de la naissance du maître de Leyde. Après avoir montré ses possessions et proposé le début d'une restauration de «La Ronde de nuit» (encore une!) en public, il va jumeler les titans néerlandais et espagnol. Les tableaux seront proposés par couples. Le ménage se verra complété par Frans Hals, Murillo, Vermeer ou Ribera (du 11 octobre au 19 janvier 2019, www.rijksmuseum.nl).

Florence

Verrocchio, Il maestro di Leonardo. Vinci est mort à Amboise en 2019. Il fallait fêter cela. On sait que le Louvre se trouve aujourd'hui bloqué par le nouveau gouvernement italien. Pas d'exportations! Le Strozzi ne connaît pas ces problèmes. Il a en plus choisi de montrer un homme clé de l'histoire de l'art, dont on parle peu. Peintre, sculpteur et orfèvre, Andrea di Michele di Cione (1435-1488) a dirigé à Florence un énorme atelier dont sont aussi sortis Lorenzo di Credi ou le Pérugin. On attend beaucoup de cette rétrospective qui aura lieu du 9 mars au 14 juillet (www.palazzostrozzi.org)

Londres

Mary Quant. Les jeunes ne savent plus son nom. La reine des «Swinging Sixties» est aujourd'hui une dame de 84 ans. Mary a ouvert sa première boutique sur King's Road en 1955. Elle a ensuite créé ses propres lignes de vêtements et de cosmétiques. A force de raboter des centimètres, elle a créé la minijupe vers 1962. Scandale, puis succès mondial. Le Victoria & Albert va raconter son histoire comme la Ca' Pesaro de Venise vient de refaire celle de Fiorucci. Leurs créations bon marché font désormais partie de l'histoire (du 6 août au 16 février 2020, www.vam.ac.uk)
Manga.
Le British Museum est un musée généraliste. Il collectionne donc aussi les produits littéraires longtemps jugés bas de gamme. La chose va lui permettre de proposer en 2019 «la plus grande exposition sur le manga jamais organisée hors du Japon.» Le fond du BM sera complété par de nombreux prêts. Il s'agira d'illustrer l'influence des arts classiques nippons sur le genre, le manga lui-même et son impact sur la création internationale actuelle. Vaste programme! Mais soyez rassurés. Le résultat se voudra ludique, joyeux et immersif (du 23 mai au 26 août, www.britishmuseum.org).

Madrid

Fra Angelico et les débuts de la Renaissance à Florence. Air connu. Mais le musée détient la célèbre «Annonciation» du maître. Il vient aussi d'acquérir auprès du duc d'Albe deux autres panneaux de ce moine artiste du XVe siècle, béatifié par Jean-Paul II en 1982. Il y avait là de quoi monter une exposition entrant dans le cadre des 200 ans du musée. Ouvert en 1819, agrandi en 2007, celui-ci se porte bien. Il ne cesse pas d'inaugurer de nouvelles salles en annexant divers bâtiments. Il reçoit en plus des dons et a les moyens d'acheter (du 28 mai au 15 septembre, www.museodelprado.es)

Paris

Rouge, L'art au pays des Soviets. L'art russe explose vers 1910. Les avant-gardes se suivent et se bousculent. Elles prêchent pour une révolution qui ne va pas tarder à arriver. Les artistes pensent y jouer un rôle majeur, notamment pour l'éveil des populations. Au début, la réalité correspond à leurs rêves. Puis c’est le désenchantement et les interdictions pleuvent. Sur ce canevas, le Grand Palais va montrer la création au temps de Lénine et de Staline. Si on ne peut pas montrer Hitler, le «petit père des peuples» bénéficie d'une amnésie générale (du 20 mars au 1er juillet, www.grandpalais.fr)
Le modèle noir de Géricault à Matisse.
Joli sujet, en notre époque d'Indigènes de la République! S'il y a des Noirs dans la peinture depuis la fin du Moyen Age, le parcours commencera ici avec le célèbre portrait de Marie-Guillemine Benoîst représentant une beauté en rien dénudée vêtue de blanc (l’œuvre date de 1800) pour aller jusqu'aux modernes après des passages obligés sur Gauguin, le sculpteur Cordier ou le photographe Carjat (du 26 mars au 21 juillet, www.muse-orsay.fr).
Dau.
L'événement de l'hiver, aux confluents de l'art, de la vie et de la réalité virtuelle. Durant treize ans Ilya Khrzhanovsky a conçu et réalisé un projet monstre. Dans une ancienne usine des années 30 il a fait revivre à des centaines d'acteurs et de figurants (volontaires, tout de même!) la réalité de l'URSS stalinienne de 1938. Il en est sorti treize films. La bulle spatio-temporelle est pour un mois au Châtelet et du Théâtre de la Ville. Chaque visiteur aura un programme de vingt-quatre heures fait sur mesures, mais fixé par algorithme sans son accord (du 25 janvier au 25 février, www.dau.xxx).

Venise

La Biennale. 2019, année impaire. Il y aura donc les beaux-arts. Le commissaire en sera cette fois Ralph Rugoff, 61 ans. L'Américain d'Angleterre a choisi comme thème «May you Live in Interesting Times». Encore un de ces intitulés qui ne veulent rien dire... Chaque pays roulera pour lui-même dans son pavillon des Giardini, au bout de l'Arsenale ou en ville. L'organisateur se voit prié de faire le plein des entrées. Après avoir cruellement stagné jusque vers 2000, la Biennale est repartie pour le succès: 615 702 visiteurs en 2017! (du 11 mai au 24 novembre, www.labiennale.org)

Vienne

Dürer. En 2012, Nuremberg avait fait un carton avec le plus célèbre de ses ressortissants. L'attente semblait interminable. En 2018, Milan a connu un grave échec avec sa remarquable exposition Dürer du Palazzo Reale. L'Abertina, qui possède via les Habsbourg 140 feuilles du maître, mort en 1528, va proposer les dessins. Les siens d'abord. Mais des emprunts se verront faits à Berlin ou ailleurs. Il y aura là des choses trop fragiles pour se voir montrées souvent, comme «Le Lièvre» ou «L'aile». L'exposition durera du 20 septembre au 6 janvier 2010 (www.albertina.at)

N.B. je n'ai pas repris deux expositions que j'ai déjà annoncées. Il s'agit du Toutankhamon, Le trésor du pharaon à la Villette de Paris, prévu du 23 mars au 15 septembre, et du Léonard de Vinci du Louvre, qui devrait se dérouler du 24 octobre au 24 février 2019. 

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