Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les exposants de la Biennale Paris de septembre paieront leur stand après coup

Du jamais vu! Pour attirer les exposants, l'ex-Biennale des Antiquaires permettra en plus un règlement sur quatre mois. La foire est talonnée par Fine arts Paris.

La Biennale, quand elle pouvait s'offrir un décor signé par Karl Lagerfeld.

Je ne sais pas si j’en aurais fait un article en temps normal. Mais nous ne sommes vraiment pas dans une période comme les autres. L’annonce que j’ai reçue il y a peu par courriel me semble du coup refléter l’air du temps. Un moment d’inquiétude, bien sûr, mais surtout de flou total. On peine déjà à savoir ce qu’est aujourd’hui. Alors qu’en sera-t-il de demain et d’après-demain?

La Biennale Paris (ex-Biennale des Antiquaires) vient donc d’envoyer un communiqué. Le message s’adresse en fait davantage aux exposants potentiels qu’à la presse. Il s’agit de rassurer les marchands sur le plan financier, la foire passant en temps normal pour très chère au mètre carré. Que voulez-vous? Il faut payer le Grand Palais, plus un décorateur dont on aurait à mon avis souvent ou se passer. Sachez donc que cette année, les participants ne devront rien verser à l’avance. Ils passeront à la caisse après. Une fois leur trésorerie refaite par les ventes, qu’on leur souhaite très nombreuses. Ils pourront même étaler leurs versements sur quatre mois. Du jamais vu! La Biennale «prend en compte le contexte sanitaire, économique et social difficile.» Personne ne sait en fait si les affaires auront repris d’ici là, le Net ne donnant pas souvent pour le moment les résultats espérés. Le délai sera rendu possible grâce au «dispositif de garantie de l’État sur les prêts accordés aux entreprises impactées par la cirse duCOVID-19.»

Des années difficiles

La Biennale des Antiquaires aurait pu tranquillement jadis s’offrir une année blanche. Le Syndicat national des Antiquaires, que préside aujourd’hui Anisabelle Bérès, était connu pour son trésor de guerre. Les exposants avaient du reste l’impression de se faire gentiment «racketter» afin de le regarnir. Le SNA aurait ainsi fonctionné comme les assurances suisses selon leurs détracteurs. Mais tout cela, c’est du passé! Fondée en 1962, la Biennale des Antiquaires n’en a pas fini ces dernières années de connaître des remous et des déboires. Directeur débarqué. Périodicité passée de tous les deux ans à chaque année. Echecs commerciaux.Ventes des biens sociaux. La dernière édition s’est ainsi faite en petit comité (une soixantaine de stands) l’année dernière. Son organisation a déplu à bien des participants. Ses résultats n’ont pas fait que des heureux. Le constat se révélait dur pour son comité démissionnaire. Paris était devenu un nain en comparaison de Maastricht (280 participants). D’où l’idée de repartir à zéro en 2020 avec une nouvelle direction, présidée par Georges de Jonckheere, aujourd’hui établi à Genève. Et un nouveau nom.

Georges de Jonckheere. Photo tirée du site de la Biennale Paris.

Il faut donc aujourd’hui trouver des exposants. Le site de la manifestation n’en cite bien entendu aucun, cinq mois avant l’événement prévu pour le public du 18 au 22 septembre après les mondanités d’usage. Des gens acceptant le conditionnel, ce qui ne semble pas facile quand certains prévoient des frais de décorations supplémentaires. Comme le martèle Georges de Jonckheere, «La Biennale 2020 n’aura lieu en septembre que si toutes les conditions de sécurité sont réunies sur le plan sanitaire dans la stricte application des recommandations des autorités sanitaires nationales et internationales (1).»Personne ne veut d’une seconde TEFAF de Maastricht, interrompue en toute précipitation le 11 mars, comme je vous l’ai raconté. Le COVID-19.

Un calendrier bouleversé

Pourrait-on repousser les festivités? A mon avis difficilement. Le calendrier des manifestations parisiennes, qui bouge plus vite à l’heure actuelle qu’un cheval au galop, se remplit pour l’automne avec plein de choses à leur place normale, et d’autres qu’il a fallu repousser. Un trop-plein jamais vu. La Biennale Paris a en plus lieu au Grand Palais pour la dernière fois avant sa fermeture (2). Reste à savoir quand celui bouclera effectivement. 2020 ou début 2021? Il y a surtout la concurrence de Fine Art Paris. La jeune foire, qui se déroulera pour la quatrième fois en 2020, a prévu cette fois de s’installer du 18 au 22 novembre sous tente dans la Cour des Dômes aux Invalides. Elle compte sur 65 à 70 participants à la place de 46. Autant dire qu’elle aura plus ou moins la même taille que la Biennale Paris. Si celle-ci se targue de présenter «six millénaires d’art», Fine Art Paris pourrait en faire autant en incorporant quelques spécialistes d’archéologie. Il y aurait alors doublon. Bref, rien n’est simple. Rien n’est dit. La suite au prochain épisode.

Le Grand Palais éphémère, prévu pour 2021. Photo tirée du site de la Biennale Paris.

(1) Internationales presque en priorité. La Biennale a des participants venus de partout, et elle compte énormément sur la clientèle étrangère. Américaine, en particulier. Or les Américains sont en la matière des gens très prudents.
(2) La Biennale passera ensuite trois ans dans un Grand Palais éphémère d’un hectare au pied de la Tour Eiffel. Retour au Grand Palais en 2024. Une lointaine musique d’avenir...

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