Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les éditions Marval sortent "Plossu Paris" avec 500 images du photographe

Né en 1945, Bernard Plossu est un grand voyageur, des Indes au Mexique en passant par le Portugal. Il est cependant toujours revenu à Paris, sa ville, pour en donner de nouvelles représentations. Des images peu composées qui peuvent dérouter.

La Coupole à Paris. Du célèbre restaurant, Plossu propose ici une représentation pour le moins minimaliste.

Crédits: Bernard Plossu. Couverture du livre actuel.

Le livre s'intitule «Plossu Paris». Son acheteur ne doit pas s'attendre à un ouvrage truffé d'images un peu sentimentales. Bernard Plossu n'est ni Robert Doisneau, ni Izis, ni Willy Ronis. Rien d'«humaniste» chez lui. L'homme a pourtant commencé tôt. Le gros volume actuel comprend un lot d'images des années 1960. Il y en a même une de 1954, représentant des ballons rouges, bleus et jaunes à l'Etoile. Plossu avait alors neuf ans.

Ce premier cliché constitue mine de rien la matrice de tous ceux qui suivront. Plossu se veut un représentant de la «surbanalité». Il ne recherche pas le cadrage audacieux, le premier plan en forme de repoussoir, ni la netteté parfaite. Aucune composition visible avec lui. Sa production ressemble un peu à celle de n'importe quel amateur, même pas forcément doué. La question qui se pose pour beaucoup est de savoir en quoi il s'agit de celle d'un professionnel. Et a fortiori d'un artiste. Une chose semble bien claire. Plossu ne s'impose pas au spectateur. Il s'insinue dans son regard. Puis dans sa mémoire. Cela dit, je connais des gens qui n'aiment du tout ce qu'il fait. On ne joue pas impunément avec la banalité!

Retours occasionnels

Ne retenir que Paris, comme le fait l'actuel volume sorti chez Marval, procède d'un choix. Peu de photographes français, peu du moins parmi ceux ne s'affirmant pas comme des reporters, ont autant voyagé que Bernard Plossu. D'abord, il est né au Sud-Vietnam en 1945. Petite enfance coloniale, avant une scolarité dans la métropole. Dès 1965, devenu photographe, il va voir ce qui se passe au Mexique. L'Inde suivra en 1970. Notre Français parcourt alors depuis déjà longtemps les Etats-Unis, où il s'installera en 1977. En 2016, les Rencontres d'Arles ont ainsi pu présenter, sous forme de rétrospective, ses «Western Colors». Après l'Amérique, il y aura les îles Lipari au large de la Sicile, puis le Portugal. Bien des pénates successives avant que Plossu ne revienne vivre dans le Sud de la France.

Dans ces conditions, les images ici présentées sont celles de retours occasionnels, ou du moins provisoires. «Mon regard était comme neuf après les paysages de désert visités dans le monde.» D'où une envie d'utiliser son appareil, qui du reste ne le quitte jamais. «Me retrouver à Paris me donnait immanquablement une profonde envie de faire des photos, c'est à dire de la redécouvrir: ses habitants, ses rues et aussi les cafés, et les si jolies passantes dans les rues.» Tout cela se retrouve au fil des pages, qui ne reproduit pas celui du temps. Aucune chronologie dans ce livre qui juxtapose l'ancien et le moderne, finissant ainsi par les confondre. Cela dit, il y a eu des choix et le lecteur sentira vite une mise en pages. Celles de gauche et celles de droite se répondent toujours. Il y a à chaque fois l'élément commun venant mettre une sorte d'ordre dans ce qui pourrait apparaître comme un hasard.

Tirages Fresson

Si les dates s'entrechoquent, il en va de même pour le noir-blanc et la couleur. Plossu n'a pas abandonné l'un au profit de l'autre. Il a même tendance à tamiser ce que les rouges, les jaunes et les verts pourraient avoir de clinquant. C'est un grand adepte du tirage Fresson, un procédé artisanal offrant le double avantage de grisailler les tonalités violentes et de durer presque éternellement. Ses clichés des années 1960 demeurent ainsi comme neufs, alors qu'il faut de nos jours «remastériser» les négatifs de bien de ses collègues avant de retirer de nouveaux positifs, les anciens s'étant décolorés. Pensez à tout le travail qui s'est fait en amont des expositions sur Lartigue en couleurs, dont je vous ai parlé.

Aujourd'hui, bien qu'en médiocre état de santé, Bernard Plossu n'est pas un homme lassé. Blasé. Il le dit bien dans son texte, pris en sandwich entre une préface d'Isabelle Huppert et une analyse de Brigitte Ollier. «Ces derniers mois, je suis allé à Montmartre, à l'Etoile, voir si j'arrivais à faire des photos dans ces lieux rabattus que je croyais connaître, étant Parisien de jeunesse. Cela a été passionnant, redécouvrant chaque rue, chaque odeur. Ce qui me plaît à Paris, ce sont les changements de lumière, les nuages. On passe du gris total à un rayon de soleil éblouissant, c'est fort comme les peintures du Nord.» Il suffit de bien regarder.

Pratique

«Plossu Paris», texte d’Isabelle Huppert et Brigitte Ollier (plus Bernard Plossu) aux Editions Marval, 444 pages, environ 500 photos. Prix très correct, 29 euros 90. Trente, quoi!





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