Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Editions du Patrimoine publient les "Trésors des cathédrales" de France

Quarante-six cathédrales sur les 86 existantes, propriétés de l'Etat depuis la Loi de 1905, possèdent un trésor visitable. De gros efforts de présentation ont récemment été réalisés. Ce gros livre scientifique fait découvrir tout un patrimoine sacré méconnu.

Le trésor de la cathédrale d'Angoulême, revisité en 2016 par Jean-Michel Othoniel.

Crédits: AFP

C'est un beau livre, présenté sous une couverture entièrement dorée, à part bien sûr le titre laissé en lettres blanches. Il y est question de «Trésors», la chose devant ici se voir prise à tous les sens du terme. S'il ne s'agit que de ceux des cathédrales de France, le mot n'en possède pas moins deux acceptions différentes. Il s'agit d'abord d'un ensemble d'objets précieux sur les plans matériel et spirituel. C'est aussi un lieu, en général situé dans le bâtiment même, où ces œuvres se trouvent présentées au public. En général sous une forme payante. Il faut bien que tout le monde vive.

«Les trésors des cathédrales ont bénéficié depuis les années 1990 d'une renouvellement important de la recherche qui a mis en lumière leur rôle de «miroirs». C'est en suivant leur contenu et leur évolution qu'on peut comprendre la chronologie des édifices et le financement des travaux», explique Marie-Anne Sire au début de son texte. Marie-Anne est l'une des deux artisanes ayant dirigé la publication par les Editions du Patrimoine de ce gros et lourd volume avec Judith Kagan. Une vaste entreprise collective. Il n'y a pas moins que quarante-neuf auteurs. Il faut dire que la France est grande, et que chacun maîtrise un sujet particulier. Cela peut aussi bien se révéler les antiquités et objets d'art de l'Allier que les monuments historiques de Nouvelle-Aquitaine. Ajoutez à cela des gens du Louvre, et bien sûr ceux des Monuments nationaux. Depuis la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, quatre-vingt six cathédrales (plus la basilique de Saint-Denis, Saint-Nazaire de Carcassonne et Saint-Julien de Tours) sont propriété de l'Etat.

Tour de France

Tous ces lieux de culte ne possèdent pas à ce jour de trésor susceptible de se voir visité. Si vous voulez entreprendre votre tour de France, à l'image des compagnons et des coureurs cyclistes, il en existe cependant quarante-six, auxquels il faudrait en ajouter bien d'autres. Si l'on compte toutes les églises du pays pourvues d'un tel patrimoine offert aux foules, il y en aurait 265. Le livre constitue à la fois un florilège et un ensemble exhaustif. La fin du volume se voit dédiée aux trésors accessibles des cathédrales, pris par ordre alphabétique. Le défilé commence avec Sainte-Cécile d'Albi, un chef-d’œuvre architectural bien connu, pour se terminer à l'intérieur de Saint-Louis de Versailles. Un édifice qui ne propose plus un ensemble médiéval, mais des objets, des textiles et des tableaux des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Cela dit, vu les Guerres de Religion et la Révolution de 1789, bien des trésors se sont vus refondés après des fontes. Il suffit de citer Notre-Dame de Paris, avec les extravagantes créations néo-gothiques de Placide Poussielgue-Rusand (1824-1889) et Adolphe-Victor Geoffrey-Dechaume (1816-1892) exécutées sur des dessins d'Eugène Viollet-le-Duc.

Ce gros volume ne répond pas à l'esthétique du «beau livre», avec ce que cela suppose de grandes photos en couleurs et de textes-confettis disposés autour. Il s'agit d'un ouvrage scientifique un brin austère, où des scientifiques ont résumé leurs connaissances. Les chapitres liminaires n'en cernent pas moins avec justesse la question. Après les «ensembles miroirs» dont je vous parlais tout à l'heure, ils évoquent la recréation des trésors après le Concordat, autrement dit l'accord de 1801 qui restaurait officiellement les cultes après les interdits révolutionnaires. Un autre texte explique de quelle manière des objets matériels sont devenus des «monuments historiques». Nous sommes là au milieu du XIXe siècle.

L'exposition de 1965

La quatrième de ces grandes introductions raconte comment ces trésors, jadis montrés aux fidèles lors des seuls jours de fête, se sont ouverts au grand public. Leur présentation a bien sûr changé au fil du temps. Il faut régulièrement la moderniser. Le livre peut ainsi proposer, au milieu des photos modernes, quelques images anciennes illustrant les changements du goût. Aucun musée, pour prendre un exemple laïc, n'entasserait plus de nos jours les pièces précieuses comme l'avait fait le Musée des arts décoratifs de Paris (devenu le MAD) en 1965. Il s'agissait alors de présenter «Les trésors des églises de France». Une exposition phare qui a fait prendre conscience à une génération d'un patrimoine dispersé. Tous les lieux de pèlerinage ne bénéficient pas de la célébrité de Sainte Foy à Conques!

L'actuel livre entend jouer finalement un peu le même rôle. Il s'agit bel et bien de signaler aux amateurs d'art la quantité et la variété d'un patrimoine méconnu. L'album invite à le visiter, même s'il s'adresse visiblement à un public choisi. A part quelques régions surchargées de touristes, la France attend souvent des visiteurs. Elle n'offre pas le prestige de l’Italie. Etes-vous déjà allé une fois à Notre-Dame du Puy-en-Velay, à Saint-Etienne de Sens, à Saint-Pierre d'Angoulême (dont le trésor a récemment été mis en scène par Jean-Michel Othoniel) ou à Saint-Pierre de Poitiers? Non? Eh bien vous savez ce qui vous reste à faire.

Pratique

«Trésors des cathédrales», sous la direction de Judith Kagan et de Marie-Anne Sire aux Editions du Patrimoine/Centre des Monuments historiques, 320 pages.

Certains liens directs pour aboutir à cette chronique ont été rétablis. Sans hélas que les anciens, qui se heurtent au vide, aient disparu. Mes mots clés sont désormais "etienne" "dumont" "bilan" sur Google. Chez moi du moins, ça marche!

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