Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Editions du Patrimoine publient deux livres pour 350 ans d'opéras à Paris

Le premier détaille bien sûr le Palais Garnier, inauguré en 1875. Un sommet du goût Napoléon III. Le second est consacré à l'Opéra Bastille qui fête ses 30 ans. Un bâtiment mal-aimé.

Le Grand Foyer, presque entièrement doré. Les peintures sont de Paul Baudry. L'ensemble s'est vu restauré en 2003-2004.

Crédits: DR

Il y a trois cents cinquante ans, Louis XIV créait l'Académie royale de musique, qui venait vingt et un ans après celle de peinture et de sculpture. Il fallait marquer le coup. Les Editions du Patrimoine publient donc deux livres. L'un porte naturellement sur le Palais Garnier, inauguré en 1875. Un sommet du style Napoléon III. L'autre ouvrage, dont l'existence m'a un peu surpris, a pour sujet l'Opéra Bastille, qui fête lui ses 30 ans. J'ai une certaine peine à considérer cette grosse boîte à musique comme une œuvre d'art, voir même une œuvre tout court.

Gérard Fontaine se charge de «L'Opéra de Charles Garnier», dont il détaille les coins et recoins. C'est à une véritable visite que se voit convié le lecteur. Il passe de la façade au Grand Foyer avec des détours par la salle et l'escalier. Tout finit avec «les matériaux de l'immatériel», autrement dit «la palette de Charles Garnier». Un homme qui exerça par ailleurs ses talents à Nice ou Monte-Carlo. Le parcours aura permis de découvrir non seulement les motifs architecturaux ou les prouesses décoratives, mais aussi les peintures. Plusieurs grands noms du Second Empire et de la Troisième République ont œuvré là. Isidore Pils s'est chargé du plafond de l'escalier. Paul Baudry du Foyer, bien restauré en 2003-2004 (1). Georges Clairin de la Rotonde. On sait qu'André Malraux demanda le remplacement de la coupole de la salle. Marc Chagall se greffa sur Jules Lenepveu. Bien que le texte se veuille aussi neutre qu'un rapport officiel, Gérard Fontaine dit ce qu'on peut penser de cette substitution. «Un sacrilège surtout à l'égard du principe d'harmonie de Garnier.»

Un bâtiment au service de l'art lyrique

Le livre comporte bien sûr de nombreuses photos. Elle sont signées Jean-Pierre Delagarde. Il y a aussi bien là des vues générale que le gros plan d’œuvres difficiles à voir de loin quand on se trouve sur place. Sans compter bien sûr que le visiteur moyen ne se retrouve jamais sur les toits, qui ont pourtant fait à l'époque l'objet de soins particuliers.

Christine Desmoulins s'est chargée de «L'Opéra Bastille». Un plaquette bien plus mince, ce qui n'a rien d'étonnant. Il n'y a pas grand chose à montrer. Interrogé, l'architecte uruguayo-canadien Carlos Ott déclare se vouloir fidèle aux principes du Bauhaus, «ce qui était difficile en raison d'une mode historiciste au début des années 1980». Sa réalisation parisienne reste en général considérée comme un échec, sauf peut-être pour cette acoustique qui semblait si secondaire au temps de Charles Garnier. Sa façade vite dégradée demeure mal-aimée des Parisiens. Le livre a la charité de la montrer sans les filets posés pour pallier les chutes de plaques de revêtement. Quant à la salle, elle ressemble à un cinéma, en plus vaste. Carlos Ott n'en reste pas moins content de lui. L'Opéra Bastille a donc fait au moins un heureux. «Nous avons réalisé une synthèse de ce que doit être un bâtiment au service de la musique et de l'art lyrique au XXIe siècle.» Voilà qui ne semble pas très encourageant pour l'avenir!

(1) Le foyer du Grand Théâtre genevois, qui vient de se voir restauré, en est une adaptation en format réduit.

Pratique

«L'Opéra de Charles Garnier, Une œuvre d'art total», de Gérard Fontaine, 290 pages, «L'Opéra Bastille» de Christine Desmoulins, 68 pages, les deux aux Editions du Patrimoine

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