Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les éditions Arkhé ressortent une nouvelle fois "Le portrait du Diable" de Daniel Arasse

C'est un tout petit livre, écrit en 1989. Mais l'historien français de l'art, prématurément mort en 2003, n'a toujours pas été remplacé depuis.

La couverture (différente) de la nouvelle édition.

Crédits: DR.

Peu d’historiens de l’art français se voient aujourd’hui aussi fréquemment réédités que Daniel Arasse, mort en 2003 à 59 ans des suites d’une longue maladie. «Le Détail» ou «On n’y voit rien» ressortent ainsi régulièrement en librairie à destination d’une nouvelle génération d’étudiants et de simples lecteurs. Le grand spécialiste de la Renaissance leur parle avec beaucoup de clarté et de limpidité. Il se révèle parfois plus ardu de lire les actuels préfaciers.

La petite maison Arkhé reprend aujourd’hui un texte moins connu, «Le portrait du Diable», qu’elle avait déjà sorti début 2010. Il s’agit d’une œuvre courte, rédigée en 1989. En fait des notes pour une conférence prononcée au cours d’un colloque italien. Dans ses pages liminaires, Thomas Golsenne suggère que celles-ci formeraient une sorte de brouillon pour un important livre à venir. Abandon ou manque de temps, alors que celui-ci commençait à presser, l’ouvrage n’a jamais été poussé à son terme. Arasse n’a abordé ce thème nulle part ailleurs. Aussi n’apparaît-il pas sans intérêt de voir ce qu’il pensait du portrait du Diable au Moyen-Age et de sa progressive mise de côté au XVIe siècle.

Etres composites

L’historien commence par évoquer les démons médiévaux. Il s’agit en peinture d’être composites, comme les dragons. Ils s’écartent d’un humain formé à l’image de Dieu avec leurs ailes noires, leurs cornes ou leurs pattes de bouc. A la Renaissance, il y aura encore quelques êtres repoussants de laideur avec Dürer en Vinci. Puis l’enfer passera à la trappe en peinture, alors qu’on n’a jamais eu aussi peur de lui à l’âge baroque. Les artistes préféreront indiquer le chemin (difficile) du paradis. Cet apport de l’humanisme contredit curieusement les faits réels. On n’a jamais autant poursuivi les sorciers et exorcisé qu’à ce moment-là. Le petit livre se termine comme il a commencé avec «Le Jugement dernier» de Michel-Ange au Vatican. Une œuvre qui a choqué à l’époque à cause de ses nudités bien humaines. Mais, pour Arasse, ces dernière ne heurtaient pas seulement la pudeur. Elles empêchaient de distinguer du premier coup d’œil le Bien du Mal.

Daniel Arasse. Photo Stefano Bianchetti, AFP.

L’opuscule se lit aisément, même s’il reste mineur par rapport aux grands textes de son auteur. Il faut aussi dire une chose, assez déprimante mais courante de nos jours. Daniel Arasse n’a pas été remplacé depuis son décès. Georges Didi-Huberman ne se lit pas selon moi sans une poche à glace sur la tête. Jacques Darriulat, qui a sorti de très intéressant ouvrages iconologie sur l’art de la Renaissance n’a rien sorti entre 1998 et 2017. Dommage…

Pratique

«Le portrait du Diable» de Daniel Arasse, aux Editions Arhké, 121 pages.

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