Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les candidats au Prix Marcel-Duchamp sont connus. Parmi eux, Julian Charrière

Distribuée depuis 2000, cette récompense se veut l'équivalent français du Turner Prize. Elle va à des artistes qui ne sont de loin plus des débutants.

Julian Charrière, qui devrait exposer à Dallas et à Venise en 2021.

Crédits: DR.

Le petit monde de l’art contemporain (si si, il n’a pas tant grandi que cela!) l’a appris par Instagram le 7 janvier. Moi un peu plus tard, vu que je n’ai pas de compte. Les noms des quatre nominés du Prix Marcel-Duchamp sont donc aujourd’hui connus. Le quatuor participe ainsi à la vingt-et-unième édition de ce qui constitue, depuis 2000, une décalcomanie du Turner Prize britannique. Le principe s’est en effet vu repris, sans un iota d’invention personnelle, par l’ADIAF ou Association pour la diffusion internationale de l’art français. Un paysage national voulu large, car il s’agit de se montrer libéral et ouvert. L’an dernier, c’est ainsi la Canadienne Kapwani Kiwanga qui l’a emporté avec le projet «Flowers of Africa». Elle réside quelque part en France.

Isabelle Cornaro.Photo DR.

Qui sont les heureux élus qui (comme pour le Turner Prize, où ils sont aussi quatre) auront droit à une exposition collective? Une présentation se déroulant non pas à la Tate Britain, mais au Centre Pompidou dès le 7 octobre, le nom du lauréat étant dévoilé le 18 (octobre, donc). Je vais vous le dire. Il y a tout d’abord Julian Charrière, avantagé par sa double nationale franco-suisse. L’homme vit en effet à Berlin. Le Morgien exp(l)ose en ce moment partout. Cette année, il devrait notamment se retrouver au TX Museum de Dallas (avec une étape américaine de l’exposition dont je vous ai parlé lors de son passage au Kunsthaus d’Aarau) comme à la Biennale de Venise. Si elle a lieu, évidemment! Il s’agit du benjamin de la bande des quatre, puisqu’il est né en 1987. Je pense ne pas avoir besoin de vous présenter son travail.

Julien Creuzet. Photo DR.

Vient ensuite Isabelle Cornaro. C’est la plus classique du groupe, même s’il fera plus chaud qu’aujourd’hui quand le Prix Marcel Duchamp ira un peintre ou à un sculpteur sans prétentions intellectuelles. Comme à Londres, la timbale va aujourd’hui à des plasticiens très cérébraux. Isabelle joue aussi le rôle d’aînée. Elle à 46 ans. L’âge auquel les bourses et les résidences vous sont déjà fermés. Le jour des quarante ans constitue en général la date couperet. Mais le Prix Duchamp n’est pas destiné à faire des découvertes. Il s’agit d’une confirmation venant plus ou moins en milieu de carrière. Tatiana Trouvé (vue en vedette au Mamco du temps de Christian Bernard) a ainsi pu l’obtenir en 2007, Mircea Cantor en 2011 et Kader Attia en 2016.

Lili Reynaud-Dewar. Photo prise sur Youtube.

Julien Creuzet se révèle presque aussi jeune que Julian Charrière. Il a 34 ans. L’homme fait en théorie de la sculpture, mais il faut le dire vite. On reste plus proche avec lui de l’installation, avec des choses pendant du plafond un peu partout. Il s’agit néanmoins là d’œuvres restant faciles à appréhender par rapport aux créations de Lili Reynaud-Dewar, née en 1975. Si j’en crois ce que j’ai lu, cette dernière navigue «entre performances et sculptures pour célébrer les grands noms du féminisme».

Un choix très ciblé

Féminisme! Nous y voilà. Il n’y a finalement rien de plus convenu que la composition d’un quarteron de nominés pour le Prix Marcel-Duchamp. Il faut deux hommes et deux femmes. Un représentant d’une minorité ethnique, rôle que tient aujourd’hui avec ses «dreads» Julien Creuzet. Brune, maigre aux cheveux courts, Lili possède le physique «art contemporain» voulu, en plus d’un féminisme devenu de bon ton. Isabelle rassure un peu. Julian donne à la liste une aura internationale, vu qu’il a moins besoin que les autres du prix, assorti de 35 000 euros.

Dans le fond, il n’y a pas là de grande différence avec nos sept «sages» du Conseil fédéral régentant la Suisse. Là, on distribue les emplois par parti, par sexe, par canton et par langue, la religion étant tombée en désuétude. Du politique au politiquement correct, il n’y a vraiment qu’un pas. A quand le pas de côté? Ou alors franchement le faux pas?

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