Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Bains ont eu leur "Nuit". Que faut-il en retenir? Les propositions de Xippas et de Skopia

La soirée s'est déroulée le 2 septembre. Xippas fêtait ses dix ans à Genève avec un pot-pourri d'artistes de la galerie. Skopia offrait une nouvelle fois Thomas Huber.

L'une des vues à la fois montagnardes et lacustres de Thomas Huber.

Crédits: Thomas Huber, Skopia, Genève 2021.

C’est tôt. C’est trop. La saison automnale a commencé à Genève fin août sur les chapeaux de roue. La galeriste Laura Gowen a ouvert un second espace Grand-Rue, comme je vous l’ai dit. Sa collègue Rosa Turetsky a lancé son exposition de sculptures en plein air à Hermance, ainsi que je vous l’ai raconté. Côté public, le Musée Rath a rouvert dès le 1er septembre avec les œuvres d’art de l’ONU. Il s’agit pour la Ville du début d’un marathon se terminant fin septembre avec la noria d’expositions créées autour du festival «No Photo». Quand aux outsiders, ils sont représentés depuis le 2 septembre par André Kasper. Le peintre a de nouveau investi les caves voûtées d’un immense immeuble du XVIIIe siècle au 11, rue Henri-Fazy, donnant sur la Treille. Le public réserve enfin déjà pour des visites privées avant ventes publiques chez Piguet, tandis que l’entrée restera toujours libre pour Genève Enchères.

Et les Bains? Eh bien la «Nuit», une nuit «a giorno» bien sûr, s’est également tenue le 2 septembre, alors même qu’Aubert Jansem lançait à Carouge la rétrospective devant remettre en selle le peintre genevois Erich Hermès (1881-1971). Un méconnu qui bénéficie désormais d’une énorme monographie signée Philippe Clerc. Tout s’est passé ce jeudi-là dans l’intimité aux Bains, en dépit du beau temps. Peu de galeries, même si Xippas s’est dédoublé. Une tendance décidément très à la mode vu l’abondance d’arcades vides, puisque Véronique Philippe Gache vient de faire la même chose pour son «Ligne Treize» à Carouge, ainsi qu’Opéra Gallery à Longemalle (1). Pas tant de visiteurs que cela non plus rue des Sablons ou du Vieux-Billard. Nous sommes loin de l’euphorie des années 2000. Et soyons justes, il y avait peu de choses notables aussi. Ceci justifie peut-être cela.

Un rébus visuel

Qu’en retenir? Les dix ans de Xippas à Genève, d’abord. Une décennie semble de nos jours suffisant pour dresser un premier bilan. L’idée de Pierre Geneston a ici été de montrer par une ou deux œuvre(s) les artistes présentés depuis 2011. Leur juxtaposition donne l’idée d’une grande variété d’âges et de styles. Cela va du petit dernier au plus ancien. Autant dire que des sucettes géantes en verre du jeune Thomas Liu le Lann se retrouvent près de peintures abstraites d’Yves Zurtrassen, un Belge tout de même sexagénaire. Une artiste locale comme Emilie Ding peut présenter une de ses pièces en béton non loin d’une toile de la star américaine Peter Halley. Il y a enfin aussi bien là Bettina Rheims que Philippe Ramette ou le Romand Stéphane Dafflon. Xippas, qui vient de «cartonner» comme on dit à Art/Montecarlo, constitue une galerie œcuménique.

Un seul artiste, en revanche, chez Skopia. Un habitué de la maison, comme souvent. Pierre-Henri Jaccaud reste fidèle à «ses» artistes. L’unique galeriste participant à Art/Basel (où on le retrouvera dès le 20 septembre, puisque la foire a finalement lieu) montre à nouveau Thomas Huber, 66 ans. Deux espaces, là aussi. L’un accueille les œuvres pré-vendues. Il faut désormais réserver pour le Suisse. C’est plus prudent. L’autre abrite les pièces restant disponibles. L’Alémanique, qui vit en Allemagne, possède désormais aussi un atelier à la frontière tessinoise côté italien. Il y peint à l’eau sur papier des chaînes de montagne comme Calame ou Hodler, mais à sa manière. Celles-ci se retrouvent ensuite incluses dans l’univers qui lui est propre. Par un jeu de miroirs (mais après tout, il y a ici le lac!), elles se voient prises dans des architectures au milieu de cloches évoquant une famille de pasteurs et d’étranges poissons. Le tout avec ce qu’il faut comme mises en abîmes. Le visiteur peut le juger avec un énorme tableau mettant le rébus visuel en place.

(1) Opéra a investi l'ancien rez-de-chaussée de Gagosian.

Pratique

L’exposition de Xippas dure jusqu’au 23 octobre, site www.xippas.com Celle de Skopia aussi, site www.skopia.ch

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