Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les archéologues italiens moulent les empreintes deux corps de plus à Pompéi

Morts en 79 lors de l'éruption du Vésuve, les deux hommes semblent corroborer l'impression que la catastrophe n'a pas eu lieu en août. L'un était en manteau de laine!

Les deux corps unis dans la mort.

Crédits: Luigi Spina, Site de Pompéi.

Deux morts de plus à Pompéi! Je vous rassure tout de suite. Les décès ne sont pas dus à l’actuelle pandémie. Les cadavres, ou plutôt leurs traces, ont été découverts il y a quelque temps par des scientifiques. Les fouilles se poursuivent en effet dans la cité fantôme, anéantie en 79 de notre ère par une éruption particulièrement violente du Vésuve. La poursuite des travaux n’allait pourtant pas de soi. Il y a une dizaine d’années, le site passait pour très dégradé. Trop de visiteurs. Le vent et la pluie. La pire chose qu’on puisse faire à un objet archéologique est souvent de le déterrer. Le vandalisme. Quant aux subventions, elles disparaissaient dans on ne sait trop quelles poches mafieuses. Il a fallu que l’Europe à un certain moment s’en mêle…

C’est Massimo Osanna (quel nom merveilleux!), l’actuel directeur de Pompéi, qui a annoncé la bonne nouvelle le 21 novembre. Les chercheurs travaillant au nord-ouest de la ville, dans l’endroit nommé Civita Giuliana, ont dégagé deux corps. Ou pour être plus exact, ils les ont localisés. Afin d’en conserver la trace, ces fouilleurs ont utilisé la bonne vieille méthode mise au point par Giuseppe Fiorelli en 1867. Ce précurseur avait eu l’idée, en voyant les empreintes laissés dans le sol par les victimes, d’y couler du plâtre. Ainsi étaient apparues les formes d’hommes, de femmes et même d’animaux surpris en train d’étouffer. La chose a donné d’étranges et inquiétantes sculptures. Celles-ci ont d’ailleurs inspiré dans les années 1960 les œuvres de l’Américain George Segal. Il en avait repris le procédé, en procédant bien sûr à des moulages sur des corps vivants.

L'esclave et le maître

Le résultat apparaît spectaculaire. Sur le plus jeune des deux hommes, âgé d’environ 25 ans, on voit même la dentition au-delà du plâtre. Il s’agit sans doute là d’un jeune esclave. Le tassement des vertèbres, dû à de fréquents travaux harassants, a frappé les chercheurs. Son compagnon, d’une dizaine d’années plus âgé, serait dans ce cas le maître. Là, c’est le costume qui a interrogé les archéologues. L’homme portait un manteau de laine. Une bizarrerie pour un cataclysme officiellement survenu en août. Il faut se montrer vraiment frileux pour se couvrir l’été dans la région de Naples! En dépit du texte du Pline le Jeune, il semble donc bien que le cataclysme (où a du reste succombé son oncle Pline l’Ancien, responsable des secours), se soit déroulé en octobre. D’autres trouvailles corroborent cette hypothèse. Il y a notamment celle d’amphores contenant du vin mêlé de figues et de noix. Une boisson peu estivale…

Voilà. J’ajouterai que trois chevaux avaient déjà été retrouvés, toujours en négatif, près des deux corps humains. Et que les vieille méthodes ne se voient pas toutes délaissées. Je m’attendais à lire qu’on fait aujourd’hui des relevés laser des corps qui, traités par ordinateur, se verraient envoyés sous formes d’imprimantes 3D au Musée archéologique de Naples. Eh bien non….

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