Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les enchérisseurs se sont arraché les robes Saint Laurent de Catherine Deneuve

L'actrice a liquidé sa garde robe. Elle dormait dans sa propriété normande. Les estimations se sont vues pulvérisées. Mais soyons justes. Les prix indiqués semblaient ridiculement bas.

Elsa Martinelli (récemment décédée), Yves Saint Laurent et Catherine Deneuve en 1970. Nous sommes dans les débuts d'une longue histoire.

Crédits: AFP

Je vous avais annoncé la chose. Elle a eu lieu, du moins en partie, le 24 janvier. Christie's se dit ravi de la vente des robes de Catherine Deneuve, toutes signées Saint Laurent, conservées jusqu'ici dans sa maison de Normandie. La vacation classique a eu lieu, rapportant 900 887 euros, échutes comprises. Il reste maintenant la partie sur le Net, avec les babioles. Environ 140 pièces. Un des paradoxes de notre civilisation veut en effet que ces enchères virtuelles prennent un temps fou. Les amateurs ont toujours plusieurs jours pour faire des propositions plus élevées que les autres. La clôture est donc prévue le 30 janvier. Vous pouvez donc encore faire vos offres, mais vous ne serez pas les seuls. Christie's annonce en effet que 100 acquéreurs inconnus de la maison se sont ajoutés aux habitués. Un record.

Plus de 4500 personnes sont venues visiter à Paris l'exposition préalable. Cathenine Deneuve s'en est dite ravie dans son communiqué bien élevé dans lequel elle remercie à la fois Christie's pour son travail et les nouveaux propriétaires. «J'espère sincèrement que ceux-ci auront autant de plaisir à porter ces créations de couture que j'en ai éprouvé.» Je vous répète les propos comme je peux. La multinationale a en effet, vu l'enjeu planétaire de l'événement, décidé d'envoyer son communiqué de presse en anglais. Ce qui semble clair, c'est que toutes les tailles devaient être représentées. Entre la filiforme débutante des années 1960 et la dame empâtée d'aujourd'hui, l'actrice a en effet beaucoup évolué de poids. Mais le mythe reste intact. D'où le succès de la vente, sans doute. Les gens ont autant acquis du Deneuve que du Saint Laurent.

La dernière vedette haute couture

Parmi les acheteurs figurait le Musée Yves Saint Laurent, sis dans l'ancienne maison du couturier avenue d'Iéna. François de Ricqlès, président de Christie's France, parle ici de préemptions. Cela me semble peu probable, l'institution privée n'ayant par définition pas la possibilité de se substituer au dernier enchérisseur. Trois pièces sont ainsi venues enrichir ses collections. Il lui aura fallu comme dans les autres cas débourser davantage que prévu. Tout avait été volontairement sous-estimé. Les basses cotes constituent des sortes de hameçons pour appâter les gogos. Qui pouvait croire que la robe du soir or portée en 2000 par la comédienne à la soirée des Oscars pourrait se vendre entre 2000 et 3000 euros? Elle en a donc obtenu 33 700. Une jaquette en velours noir, dernier lot de la vente, a fait encore mieux. Absurdement prisée entre 800 et 1200 euros, elle s'est envolée à 33 750.

Il faut aussi dire une chose. Catherine Deneuve restera la dernière vedette entièrement, ou presque, haute couture. Pensez à la garde-robe d'une Sandrine Kiberlain ou d'une Cécile de France. Vous avez l'impression qu'elles se fournissent chez Tati. La couture traditionnelle ne sert d'ailleurs plus que de laboratoire de création, avant le prêt-à-porter. Elle n'a quasi plus de clientes. Sa chambre syndicale pourrait tenir ses assises dans une cabine de téléphone, s'il en existait encore en France. Seule Jeanne Moreau, décédée en 2017, aurait pu donner lieu à une telle vente, pour autant qu'elle ait tout gardé. A la fin des années 1960, elle servait de mannequin à Pierre Cardin, qui l'habillait, comme le voulait alors la formule, «à la scène comme à la ville». L'actrice était alors liée de très près au couturier. Ceci explique peut-être cela.

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