Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Leonard de Vinci et la Renaissance italienne" brille aux Beaux-Arts de Paris

L'ENSBA, qui est un musée et une école, présente 29 dessins au Cabinet Jean-Bonna. Outre les quatre Vinci, il y a là des feuilles de Raphaël, de Filippino Lippi ou de Benozzo Gozzoli.

Le "Saint Jean" de Benozzo Gozoli.

Crédits: ENSBA, 2019.

C'est un endroit discret, mais hautement recommandable. Créé en 2005 grâce aux libéralités (à l'argent, si vous préférez) du banquier genevois Jean Bonna, le Cabinet des dessins de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts (ENSBA) de Paris se trouve au fond de la cour, dans le bâtiment construit sous la Restauration. On y accède par le grand hall couvert, dont le somptueux décor pompéien à fond rouge vient de se voir restauré pour la seconde fois (la première, la peinture avait presque immédiatement cloqué). Il s'agit d'une petite salle, où travaillent en plus des élèves en histoire de l'art. Autant dire qu'il n'y a pas ici place pour beaucoup d’œuvres aux cimaises. J'en ai compté cette fois 29.

«Léonard de Vinci et ses contemporains». La programmation suit l'ordre du jour. Nous savons désormais tous que l'homme est mort il y a pile cinq cents ans à Amboise, dans un petit château qui existe toujours. L'ENSBA ne présente que des pièces tirées de son propre fonds. C'est cependant le second de France après le Louvre. Il a été entièrement formé par des donateurs privés (His de La Salle, Edouard Gatteaux, Jean Masson...), le dernier illustre étant Matthias Polakovits avec ses 4000 feuilles françaises anciennes. Une association d'Amis, présidée par Jean Bonna, aide cependant depuis une dizaine d'années à compléter la collection. Elle achète en général aux enchères, et souvent bien. C'est à dire intéressant et bon marché. Exactement le contraire de ce que fait sur l'autre rive de la Seine le Louvre.


L'une des deux feuilles de Filippino Lippi, mort en 1504. Photo ENSBA, Paris 2019.

Réglé par Lizzie Boubli et Emmanuelle Brugerolles, l'actuel accrochage peut ainsi sortir des boîtes quatre Vinci donnés par Madame Prosper Valton en 1908. Des croquis rapides et des études scientifiques. On reste loin des sommets du maître conservés à Windsor Castle. Les trois Raphaël se révèlent en revanche magnifiques, tout comme les deux Filippino Lippi (un artiste pour qui j'ai un faible). Il se glisse aussi des raretés. Je pense notamment à un Saint Jean à la pointe de métal et gouache blanche sur papier préparé framboise de Benozzo Gozzoli, rattaché au retable réalisé pour Pérouse en 1456. Ou alors à l'exceptionnel «Traité des herbes» padouan aquarellé de la fin du XIVe siècle, exposé hors catalogue dans une vitrine. Le public n'en voit bien sûr que deux pages, alors que les dessins double face se voient présentés en milieu de salle afin de permettre au public d'en voir les deux côtés.

Il est permis de regretter que le Cabinet des dessins de l'ENSBA n'ait pas pu une nouvelle fois trouver asile à la Fondation Custodia, rue de Lille. Cette dernière avait autre chose à montrer. Elle propose en effet jusqu'au 12 mai, sur deux étages, un choix de dessins provenant du Musée Pouchkine de Moscou. Un florilège, contenant de fort belles choses. Un tutti frutti aussi, avec ce que cela suppose de décousu. Je ne sais du coup que vous en dire, si ce n'est d'y aller tout de même.

Pratique

«Léonard de Vinci et la Renaissance italienne», Ecole nationale supérieure des beaux-arts, Cabinet Jean-Bonna, 14, rue Bonaparte, Paris, jusqu'au 19 avril. Tél. 00331 47 03 50 00, site www.beauxartsparis.fr (pas à jour). Ouvert du mardi au dimanche de 13h à 18h (à vérifier).

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."