Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Egypte annonce une découverte archéologique de plus. C'est un peu l'intox

Le pays prépare l'ouverture d'un musée colossal près des Pyramides en 2021. Il s'agit de préparer l'événement en prouvant que le pays respecte son patrimoine.

Les sarcophages. Une trouvaille gonflée médiatiquement.

Crédits: Mahmoud Khaled, AFP

Et c'est reparti comme en 14! L'Egypte, qui est sans doute le seul pays du monde à avoir un ministère rien que pour ses antiquités nationales, vient d'annoncer une découverte archéologique d'importance. Une de plus! Elle se situe comme par hasard tout près des Pyramides, sur le plateau de Gizeh. Là même où doit ouvrir en 2021 le méga-musée voué à la civilisation pharaonique. Comme les choses tombent bien...

De quoi s'agit-il cette fois? D'une sépulture de la Ve dynastie, qui a régné de 2500 à 2300 environ avant Jésus-Christ. Il y a la des sarcophages et des peintures murales. Plus le mobilier funéraire d'une époque bien plus récente. Deux ou trois siècles avant notre ère. Une tombe, cela peut servir plusieurs fois. Au vu des photos, il semble cependant qu'il s'agisse là d'une trouvaille ordinaire. Ou presque. En trois millénaires et trente dynastie, il est mort bien des gens en Egypte dont les dernières demeures restent à retrouver. Le "Figaro" et bien d'autres médias n'en acceptent pas moins sans regard critique de servir de caisse de résonance.

Une réputation à restaurer

Qu'en déduire? Que le pays fait une sorte de «forcing». Il crée des événements même quand il n'y en a pas. On peut le comprendre. Il s'agit de faire remonter un tourisme culturel refroidi par les menaces islamistes. Rappelons que l'Egypte a failli un temps basculer sous l'effet de l'intégrisme, ce qu'elle feint aujourd'hui d'oublier. Il y avait pourtant des gens prêts à détruire en 2015 aussi bien le Sphinx «idolâtre» que les Pyramides. Il convient donc de montrer que l'actuelle nation prend soin du patrimoine en cherchant encore à l'agrandir. D'où cette frénésie à gratter le sous-sol.

Les Egyptiens ne sont pas les seuls à vouloir unir racines historiques, tourisme et culture. Je me souviens du temps où c'était le cas de la Bulgarie. On y trouvait des traces des Thraces à tout bout de champ. Avec là plein de trésors en or. C'était au temps où Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, ex-roi enfant devenu premier ministre après avoir gagné des élections, était au pouvoir. Le filon est ici apparemment tari. Plus d'archéologie bulgare à la Une! L'éternité à l'égyptienne sera-t-elle plus durable? Probablement que oui. Il suffit de regarder les foules drainées par l'exposition Toutankhamon à la Villette de Paris...

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