Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'église Notre-Dame de Lorette parisienne restaure ses fresques... aux frais des amateurs d'art

Nous sommes dans le "budget participatif". La Mairie a baissé les bras. Il a fallu deux associations pour rendre bonne mine à ce patrimoine du XIXe siècle.

La coupole de la Chapelle des Litanies, fraîchement restaurée.

Crédits: Didier Ryker, La Tribune de l'Art.

Ce n’est pas la Sixtine, mais il y a un peu de ça. Située entre les rues de Chateaudun et Saint-Lazare, Notre-Dame de Lorette n’offre rien d’extraordinaire, vue de l’extérieur. C’est une église Restauration, construite sur un modèle un peu triste par Hippolyte Le Bas. Un homme qui n’a pas laissé de grands souvenirs dans l’histoire de l’architecture. Terminé en 1836 après quatorze laborieuses années de travaux, l’édifice en remplaçait un autre, démoli en 1796. Le nouveau lieu de culte ramenait la foi dans un quartier qui en avait bien besoin. On a longtemps appelé «lorettes» les dames de petite vertu hantant les environs de l’église flambante neuve. Un comble quand on pense que le lieu était dédié à la Vierge et à sa chaste demeure (1)!

Si la partie visible de la rue de paie pas de mine, l’intérieur se révèle rutilant. Il a été entièrement peint dans les années 1830 et 1840 de fresques dues à des peintres depuis longtemps passés de mode. Pour tout dire, ils s’étaient même vus complètement oubliés, comme leurs contemporains français donnant dans le sacré, jusqu’à la publication en 1987 de la bible sur le sujet. Je veux parler par là de «Le renouveau de la peinture religieuse en France, 1800-1860» de Bruno Foucart. Un ouvrage sorti chez Arthéna. L’historien réhabilitait le petit monde alors actif dans les églises anciennes et nouvelles de Paris. Dont les artistes de Notre-Dame de Lorette, bien entendu! Il y avait aussi bien là Adolphe Roger que Victor Orsel, Alphonse Perrin ou Merry-Joseph Blondel. Des gens qu'on cite un peu plus depuis trente ans.

Procédés peu durables

En trois décennies, l’église s’est cependant détériorée bien davantage. Sa façade fait grise mine. Il faudra bientôt un parapluie pour éviter les petites chutes de pierres. On sait que le patrimoine clérical parisien va à vau-l’eau. La Mairie, auquel incombe son entretien, fait mine de rien. A l’intérieur, c’est pire encore. Les Français du XIXe siècle ne pratiquaient pas la vraie fresque, comme leurs confrères italiens. Ils utilisaient, si j’ose dire, des procédés peu chrétiens. Peinture à la cire. A la caséine. A l’huile sur le mur… Autant dire que les décors, sans doute pétaradants à l’origine, ont pris un méchant coup. Pour tout dire, comme le rapporte le journal en ligne «La Tribune de l’Art», les murs de la Chapelle des Morts étaient devenus si noirs qu’on a longtemps cru à un incendie qui aurait échappé aux archives. Il n’en était rien. Saleté, plus vieillissement.

La Chapelle décorée par Blondel. On la croyait incendiée. Elle n'était que très sale. Photo Didier Rykner, La Tribune de l'Art.

Pourquoi est-ce que je vous raconte cela aujourd’hui? Très simple. On a célébré le 22 septembre la fin de la restauration de la Chapelle des Litanies, qui semble aujourd’hui en Technicolor. L’événement festif arrive un peu tard. J’ai déjà vu le travail terminé il y a deux mois. Une belle réussite dans le genre, même si nous restons dans le petit format. Aucun rapport dans les dimensions avec l’intérieur de Saint-Germain-des-Prés, décoré au XIXe siècle par Hippolyte Flandrin. Un chantier dont je vous ai plusieurs fois parlé, vu la longueur (et le succès) des interventions.

Du pain sur la planche

Evidemment, tout cela a coûté de l’argent. Le vrai scandale est que les fidèles et les amateurs d’art (qui ne sont pas forcément les mêmes personnes) ont passé à la caisse. Il a fallu collecter des fonds pour pallier les carences de la Mairie. Cela s’appelle, si j’ai bien compris, un «budget participatif». Il y a pour cela une Fondation Amis du Patrimoine, généraliste, et une autre des Amis de Notre-Dame de Lorette, plus spécialisée. L’église a déjà vu ces dernières années la remise à flots de la Chapelle des Baptêmes et de celle de la Vierge. Il y en a encore une autre, plus la nef, plus la Chapelle des Morts de Blondel. On sait que les morts peuvent attendre. Mais leur patience connaît malgré tout ses limites.

(1) Encerclée par les musulmans, la «Santa Casa» a été miraculeusement transportée par des anges depuis la Terre Sainte en 1291. L’année de la fondation, tout aussi mythique, de la Confédération suisse.

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