Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le village de Prangins reçoit le Prix Wakker 2021 pour le respect de son bâti

Le bourg a certes quadruplé de population depuis 1945. Il a cependant évité le côté cité dortoir de luxe près de Genève. Seul problème: l'hyper restauration.

Prangins vu de haut, avec le château et le lac au fond.

Crédits: 24 Heures

Baden, près de Zurich, était l’élue de 2020. Cette année, Prangins décroche le très convoité Prix Wakker, qui souligne depuis 1972 les efforts consentis par un village ou une ville suisse afin de protéger son patrimoine bâti et sa qualité de vie. La récompense se voit cette fois donnée à un bourg ayant su grandir. Prangins compte aujourd’hui 4000 âmes. Environ le quadruple qu’en 1945, à en croire un panneau indicateur inscrit quelques part entre l’auberge communale et l’église (comme il se doit protestante en terres vaudoises). Autant dire que la localité a été soumise ces dernières années à une forte «pression d’urbanisation». Le village a néanmoins su refuser la création d’un nouveau quartier, pris sur des terrains agricoles. Il préfère aujourd’hui se développer le plus possible grâce à des aménagements du bâti existant. D’où son apparence ancienne. C’est le contraire de Gland, juste à côté. Là, les quelques maisons de départ, sises autour de la petite gare (bien agrandie ces dernières années!), ont été rejointes par des barres d’immeubles bas à n’en plus finir. C’est l’idée même de la cité-dortoir, même s’il paraît que les (nouveaux) habitants aiment beaucoup le résultat.

Le Prix Wakker, dont s’occupe Myriam Perret, ne récompense pas qu’une apparence physique. Il s’agit aussi de saluer une exigence morale. J’ai ainsi lu les mots «déplacements responsables», «mobilité douce» ou «label Cité de l’énergie». On ne peut plus s’en sortir autrement aujourd’hui. Il y a même «la touche moderne» pour la nouvelle école, tout en béton. Cette dernière a été conçue vaste et un peu vide. Prangins prévoit d’accueillir une population augmentée d’un tiers d’ici 2030-2040. La rive du Léman allant de Genève à Montreux deviendra un jour une seule agglomération à centres urbains multiples. Restera à Prangins le cœur, avec le château transformé dans les années 1990 (non sans un considérable dépassement de durée de chantier et de budget) en antenne du Musée national de Zurich. Plus son parc et sa vue imprenable sur le lac. Et quelques maisons très retapées.

Un charme évanoui

Il est clair à ce propos que la commission du Prix Wakker devra un jour se rendre compte des dégâts. Ce type de villages un peu trop cossus, où les appartements coûtent des prix quasi parisiens, se retrouve menacé par l’hyper-restauration. Des édifices, certes anciens, se voient entièrement repris en sous-main. Ils ressemblent à la fin à des boîtes bien lisses qu’on aurait crépites avec du fond de teint. C’est du pimpant. De l’ergonomique. De l’écologique. Mais le charme s’est en grande partie perdu. Il n’y a plus aucun pittoresque. La vie villageoise elle-même s’est envolée. En journée, il y a des moments où tout reste vide dans les rues. Et ce n’est pas la fréquentation du château qui va arranger les choses. Pris dans le «grand Genève», Prangins a fini par en devenir une banlieue très chic.

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