Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Victoria & Albert de Londres prévoit une ouverture réduite à cinq jours par semaine

Pour l'instant, le grand musée reste fermé. Mais ses revenus ont drastiquement diminué en 2020. La fréquentation est tombée de 85 pour-cent. Les gens ont peur.

La nouvelle présentation des "cartons" de Raphaël.

Crédits: Victoria & Albert Museum, Londres 2020.

C’est une décision historique. Ou plutôt elle apparaissait comme telle, vu que les choses ont une nouvelle fois changé depuis. A la mi-décembre, le Victoria & Albert Museum (V&A) avait pris la douloureuse décision de fermer deux jours par semaine. Le lundi et le mardi (1). Je vous rappelle que cette institution, majoritairement vouée aux arts appliqués, se voulait accessible du lundi au dimanche, ce dernier ayant été conquis de haute lutte. Les musées sont longtemps restés clos en Grande-Bretagne le Jour du Seigneur, puis ils se sont entrouverts le dimanche après-midi. Il fallait ainsi encore attendre que midi (ou plus) sonne pour pouvoir franchir leurs portes au début des années 1990…

Prévue jusqu’au début 2022 «au moins», l’actuelle diminution d’horaire était bien sûr due à la pandémie. Privé, mais soutenu par le gouvernement, le V&A vit à 55 pour-cent de ses revenus. Il reçoit près de quatre millions de visiteurs par an. L’entrée reste en principe gratuite, mais la pression sur les visiteur se révèle énorme. Donnez, donnez, donnez. Il y a aussi les mécènes et sponsors. Ces derniers financent les grandes expositions et les perpétuels travaux. Le V&A, pour ceux qui le connaissent bien, tient du chantier perpétuel. Une nouvelle présentation de The Raphael Court, qui abrite depuis des âges les «cartons» de tapisseries de Raphaël prêtés par la reine, devait ainsi se voir inaugurée le 15 novembre selon le planning.

La mode qui fait vivre le V&A

L’article auquel j’emprunte mes renseignements sur la situation actuelle a été écrit par Martin Bailey pour «The Art Newspaper» juste avant le second «lockdown» (cette fois, le mot anglais s’impose!). Les choses n’ont pu qu’empirer depuis. Le V&A avait beaucoup souffert du premier confinement. Après celui-ci, le public est revenu l’été. Mais un peu seulement! Environ le 15 pour-cent de son nombre habituel. La direction du musée impute cette réserve à la peur de se retrouver dans un lieu fermé. Les gens prennent pourtant à Londres le métro, particulièrement étroit dans la ville où ses structures n’ont finalement guère changé depuis la reine Victoria. Allez comprendre! Mais l’homme demeure sans doute le seul animal dénué de raison. Ou alors, le seul cerveau qu’il utilise en ce moment est de type reptilien.

Une vue de l'exposition Dior, qui avait fait un malheur dans les nouveaux lieux d'exposition souterrains du V&A. Photo Victoria & Albert Museum, Londres 2020.

Du coup, les encaisses diverses se sont réduites comme peau de chagrin. Il n’y avait cet été, non confiné, guère d’expositions «blockbusters», généralement consacrées à la mode. Le V&A vit de ces dernières avec des années fastes, comme celle qui avait vu les costumes de David Bowie. Impossible ou presque d’entrer en dépit de la réservation et du prix exorbitant des billets. «Bags», une histoire du sac à mains, n’a pas bien sûr pas été inauguré le 21 novembre comme prévu. Le second confinement est intervenu le 5 novembre pour une éphémère réouverture le 2 décembre, suivi d’une nouvelle fermeture. Avant cette dernière, la direction pensait déjà qu’il lui faudrait deux à trois ans pour retrouver un public «significatif». Cinq avant de revenir à la normale. Cette normalité va donc jouer les prolongations.

Un Etat peu généreux

La question de l’argent se pose bien sûr avec acuité. Le personnel peut être mis partiellement au chômage. Mais quid du reste, si l’on sait que les aides promises par le pays ne couvriront au mieux que le 20 pour-cent des pertes? Pertes d’avant le «lockdown 3», naturellement. Parce que chaque jour depuis, le trou se creuse encore davantage. Rien que l’entretien des collections (plus de huit millions d’objets) coûte une fortune Des questions se posent du coup sur l’annexe prévue dans l’Est londonien, à l'emplacement d'un ancien site des Jeux olympiques de 2012. Son ouverture était prévue pour 2023. La direction se fait très évasive aujourd’hui. Comment savoir?

(1) La possibilité d'une ouverture partielle sept jours par semaine n'a pas été retenue. Les gens doivent pouvoir visiter tous les départements. Le Louvre pense plutôt le contraire...

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