Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le tombeau Askia va se voir restauré au Mali grâce à l'organisation patrimonale ALIPH

Le site a été menacé de destruction par les djihadistes. La population locale l'a sauvé. Basé à Genève, ALIPH a débloqué un budget pour des travaux prévus jusqu'en 2022.

Le tombeau, extrêmement fragile.

Crédits: DR.

C’est une bonne nouvelle, mais elle ne dissipe aucune crainte. Le Mali va restaurer l’Askia à Gao, dans le Nord du pays. Un site historique qui revient de loin. La ville, située au Nord, a été occupée plusieurs mois par des djihadistes en 2012-2013. Les habitants s’étaient alors battus afin de sauver cet élément essentiel de leur patrimoine. Leur mouvement Patriotes avait fini par l’emporter. Il était clair que les rebelles allaient autrement provoquer là des destructions massives. Comme à Tombouctou.

Une bonne partie du Mali est gangrenée par le mouvement autonomiste Azawad, en particulier la branche Angar Dine. La plus radicale sur le plan religieux. Nous sommes ici dans l’intégrisme musulman le plus strict. Aucun lieu de culte ne doit exister à part les mosquées. L’art détourne les fidèles de l’essentiel. Toute figuration, tout décor doit se voir détruit. Il en va de même pour les tombeaux situés hors du sol. Ils risquent d’attirer des croyants qui pourraient leur vouer des prières. Rien ne doit exister en dehors d’une foi omniprésente. Rien, si ce n’est apparemment le narco-trafic.

"Construire la paix"

Aujourd’hui, les djihadistes ont été repoussés. Il y a autour de Gao des forces militaires maliennes, françaises et onusiennes. D’où un projet de chantier pour ce qui ne constitue pas comme à Tombouctou une réfection, mais une simple restauration. La mosquée et le tombeau présentent des problèmes structurels. D’où une facture moins élevée, même si un euro représente là-bas déjà une somme. Il y a en pour un demi million, avec des travaux prévus pour durer jusqu’en 2022.

Qui finance tout ça? Eh bien l’ALIPH. Il faut sans doute que le précise de quoi il s’agit. Cette organisation a été créée en 2017. Elle regroupe huit pays dont la France, les Emirats et une Arabie saoudite que l’on croyait peu intéressée par le patrimoine (et en tout cas pas par le sien!). Le siège se trouve à Genève, non loin du centre commercial de Balexert. Le but est de «protéger l’héritage pour construire la paix». Vaste programme! Il s’agit, pour se montrer plus concret, de trouver à un avenir à des monuments menacés ou endommagés se trouvant des zones de conflits. Or il y en a beaucoup en Afrique comme au Moyen Orient.

Classé par l'Unesco

Construits en 1495par l’empereur songhaï Askia Mohamed, le tombeau et la mosquée avaient été classés au Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 2004. Huit ans plus tard, la même organisation le rangeait le site parmi les objets «en péril». Aujourd’hui, le danger paraît écarté. Mais demain? Il semble un peu partout dans le monde que l’intégrisme iconoclaste soit comme ailleurs la mauvaise herbe. L’éradication totale n’est jamais possible.

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