Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le sculpteur minimal Richard Nonas est mort à 86 ans. Une figure historique

Ancien anthropologue, l'Américain entendait dégager des réflexions à partir de ses oeuvres plaquées au sol. Il est bien représenté au Mamco genevois.

La grande pièce de Nonas au Mamco.

Crédits: Succession Richard Nonas, Annik Wetter, Mamco, Genève 2021.

L’événement date déjà un peu, mais il n’a jusqu’ici guère soulevé d’émotions. Richard Nonas est décédé le 11 mai à New York, où il était né il y a quatre-vingt six ans. Dans une mouvance allant de l’art minimal au «land art», l’homme n’était jamais devenu un figure populaire. Ni même un nom véritablement connu. C’est le noyau dur des amateurs d’art contemporain qu’avait touché cet Américain, bien représenté à Genève par le Mamco. En 2018-2019, le musée avait du reste présenté dans une immense salle l’intégralité de «Riverrun (fron Swerve to Bend)», acquis à son intention par la Fondation Mattioli-Rossi. Une pièce en kit. Ces 37 modules, qui ressemblent beaucoup aux traverses de bois sous les rails de chemin de fer (1), peuvent en effet se voir montrées globalement ou en partie. Au gré du preneur. Nonas n’était visiblement pas contrariant!

Nonas en 1960. Photo galerie Angus McCaffrey.

L’homme était arrivé presque par accident à la création plastique. Il avait commencé par des études de littérature et surtout d’anthropologie sociale. Le New-yorkais avait ainsi passé une dizaine d’années à étudier les Indiens d’Amérique du Nord. Il avait parallèlement enseigné l’anthropologie au Queen’s College. Pas celui de Cambridge, mais celui de New York fondé en 1937! C’est en promenant son chien que l’homme a commencé par ramasser sur le sol des morceaux de bois. Puis il les a assemblés. Et l’aventure, très intellectuelle, a commencé. Nonas a ainsi été lié avec des gens comme Richard Serra ou Gordon Matta-Clark sous le signe de l’«anarchitecture». La tendance était forte, dans les années 1970, à privilégier «le mental», comme ont dit dans le football ou au tennis. Les plasticiens se sont alors voulu toujours moins des artisans et toujours plus des penseurs. Nonas voulait du reste dégager non seulement des émotions, mais une réflexion philosophique.

Une fin discrète

Représenté par de bonnes galeries des deux côtés de l’Atlantique, Richard Nonas est ainsi entré dans des musées importants à commencer par le Guggenheim et le MoMA. Il est discrètement devenu ce qu’on appelle «une figure historique». Son œuvre n’a rien de vertical, et par conséquent de lourdement affirmatif. L’Américain fait partie des nombreuse gens qui, à l’instar de Carl Andre, se sont plutôt étalés sur le sol. Au temps de Christian Bernard, le Mamco leur avait d’ailleurs dédié en 2013 une exposition entière sous le titre de «Flatland» (2).

On avait peu entendu parlé ces dernières années de nouvelles pièces de Richard Nonas. Ce dernier serait mort paisiblement pendant son sommeil, a annoncé à la presse son galeriste Fergus McCaffrey. Happy End?

(1) Elles sont cependant en acier corrodé.
(2) Signalons à ce propos que le Kunsthaus de Zurich ressortira à partir du 29 août tous les éléments (posés sur le sol, of course!) de «The 2000 Sculpture». Une installation gigantesque de Walter de Maria.

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