Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Royal Opera House vend un portrait de David Hockney pour sauver sa peau

La situation économique semble désespérée pour l'institution. L'oeuvre va être vendue par Christie's à un prix d'estimation attractif. Entre 11 et 13 millions de livres.

Le "Portrait de Sir David Webster" de 1971.

Crédits: David Hockney, Christie's, Londres 2020.

Ça va mal en Angleterre! Je vous ai raconté comment la Royal Academy se trouvait au bord de la faillite deux ans à peine après avoir inauguré ses locaux de luxe à Piccadilly. Certains se demandent même si l’institution (privée) ne va pas être obligée de vendre son «tondo» de Michel-Ange, la seule sculpture du Toscan conservée au Royaume-Uni. Aujourd’hui, c’est le Royal Opera House qui avoue subir des difficultés financières. Il se sépare du «Portrait de Sir David Webster», l’un de ses anciens administrateurs, par David Hockney. Christie’s le proposera le 22 octobre lors de sa cession «post war». L’œuvre se verra «sold to raise vital funds.»

C’est en 1971 que David Hockney, déjà bien connu, a exécuté cette effigie classique de Webster de profil. La toile s’inscrit dans une série de grand portraits, très finis, conçus par l’artiste anglais à cette époque. Rien à voir avec les œuvres un peu torchées vues en 2017 à la Ca’Pesaro de Venise. L’artiste s’y astreignait à réaliser, devant sa piscine californienne et en trois séances seulement, l’image d’une cinquantaine de ses proches. La plupart des pièces des années 1970, finalement peu nombreuses, se trouvent déjà dans des musées. Il y en a notamment à la Tate Britain de Londres.

L'artiste vivant le plus cher

L’estimation se veut attractive. Elle se situe entre 11 et 13 millions de livres. Cela peut sembler beaucoup, mais j’ai quelques records à vous rappeler concernant Hockney. En novembre 2018, un tableau typique et attrayant, «Pool With Two Figures», s’est vendu chez Christie’s pour 90 millions de dollars sur une estimation tournant autour de 80. La chose a fait du Britannique «le peintre vivant le plus cher». En mars 2019, c’était au tour du double portrait de Harry Geldzahler et Christopher Scott de connaître le feu des enchères. Il avait culminé à 37,7 millions de livres. En février 2020 encore, une toile carrée, «The Spash», atteignait 23,1 millions de livres. La rumeur (non confirmée, je vous en avais parlé à l’époque) a voulu que l’acheteuse soit l’épouse de Bashar el-Assad, le dictateur syrien. Le motif ne comporte aucun personnage, ce qui le rend compatible avec les lois islamiques. Alors vous comprenez… Onze millions de livres…

Il ne faut cependant pas oublier que le Royal Opera House joue aujourd’hui sa survie. Il doit payer ses factures, tout en construisant une nouvelle saison. Il s’agit selon son manager Alex Beard de «la pire crise de son histoire». Comme pour la Royal Academy. Le virus a eu davantage d’effets dévastateurs que les bombes de la Deuxième Guerre mondiale. Une chose qui fait réfléchir à la manière les gens vivent aujourd’hui une catastrophe au départ plutôt mineure. A la manière aussi dont les Britanniques traitent la culture. A Genève, Le Grand Théâtre ne connaît pas de tels soucis. Les subventions tombent en flot continu comme si de rien n’était.

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