Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Tout arrive! Le programme des Rencontres photographiques d'Arles de 2019 est connu

Jadis, c'était le flou. Il y a des progrès depuis l'arrivée de Sam Stourdzé. Le directeur a communiqué son affiche de juillet. Il faut dire que le festival en arrive à sa cinquantième édition.

L'affiche est dans le bon sens!

Crédits: Rencontres d'Arles

Ce ne sera pas la cinquantième année, contrairement à ce qui a été dit, mais la cinquantième édition. Il y a toujours une année zéro. Pour ce qui est des Rencontres d'Arles, celle-ci se situe en 1970. C'est alors qu'a eu lieu la première mouture de ce qui constituait un festival d'un genre alors inédit. Vous pensez! On ne parlait guère de 8e art il y a un demi siècle. Aucun musée n'achetait de photos. Aucun n'en recevait non plus... sauf le Réattu d'Arles qui détient aujourd'hui d'admirables collections de plus en plus historiques.

A Arles, il y a ainsi eu une rencontre. Jean-Marie Rouquette, qui s'y occupait des musées (dont celui d'archéologie, alors bien modestement logé) a longuement discuté avec Lucien Clergue, dont l'étoile argentique montait, et l'écrivain Michel Tournier. Il en est sorti, après divers ballons d'essai, une série d'expositions dans la ville. C'était le début du «Cannes de la photo». La manifestation a connu des hauts et des bas. Elle semblait au plus mal vers l'an 2000. Puis il y a eu une spectaculaire et inattendue remontée, suivie par un public toujours plus nombreux: 125 000 visiteurs en 2017, 240 000 en 2018. Les pères fondateurs ont longtemps pu suivre la progression. Tous sont aujourd'hui décédés. Clergue s'est est allé le premier en 2014. Tournier l'a suivi en 2016. Le 22 janvier 2019 s'éteignait Jean-Marie Rouquette.

Cinquante et une expositions

Depuis 2014, les Rencontres sont dirigées par Sam Stourdzé, qu'on a connu à la tête de l'Elysée lausannois. C'est donc lui qui a présenté le 13 mars à la presse le programme de la manifestation. Un net progrès accompli sous son règne. C'était auparavant le flou, avec un site aussi peu à jour que possible. Cette fois, vous pouvez mettre le nez dans www.rencontres-arles.com Le fonctionnement reste un peu lent, certes. Mais vous apprenez presque tout d'une manière je dois presque qualifier d'attrayante. Il n'y a guère que la nouvelle série d'affiche pour me laisser froid. On sait qu'après les animaux, les fruits et les légumes imaginés par un graphiste inventif, nous en sommes bêtement venus à la photo la tête en bas. Rien là de renversant, en dépit des apparences.

Et qu'y aura-t-il en 2019? En principe cinquante expositions, pour s'accorder aux bougies du gâteau d'anniversaire. En réalité cinquante et une. Avec une reprise historique. Il s'agit de l'Edward Weston de l'édition de 1970, quand l'Américain essuyait les plâtres avec Gjon Mili. Un florilège de la collection du festival l'accompagnera. Mais j'ai surtout remarqué beaucoup d'actualité et de prospective. Depuis quelques années, le festival se veut très contemporain. Faut-il y voir l'influence de la toute-puissante Maja Hoffmann, dont la tour dorée de Frank Gehry (le gros suppositoire, si vous préférez) devrait être peu ou prou terminée du côté des anciens ateliers SNCF? Il y aura ainsi une séquence «Habiter» consacrée à l'espace domestique avec plein de clichés d'amateurs. C'est très «in» aujourd'hui en France de faire peuple. D'où parallèlement des photos trouvées, ou «brutes», comme des cartes postales (1). Il y aura aussi une section dédiée au corps. Un corps contraint, puisque les images proviendront de l'ancienne Allemagne de l'Est ou de l'ex-Tchécoslovaquie communiste.

Du côté des femmes

Sous l'égide de «La lisière», plusieurs artistes diront les tentatives de l'homme (et de la femme par conséquent, car nous sommes dans une édition féministe) de s'affranchir des limites ou de les repousser. Philippe Chancel explorera les mondes frappés par une modernité toxique. Marina Gadonneix montrera la reproduction en laboratoire des phénomènes naturels. Mohammed Bourouissa illustrera la circulation de l'argent et des images. Accusé de misogynie, le festival a donc programmé de nombreuses femmes en 2019. Conviction ou opportunisme, l'anti-sexisme se retrouve aujourd'hui partout, de préférence en compagnie de la repentance coloniale et de l'écologie. J'ai du coup noté la présence historique d'Helen Levitt, de Germaine Krull ou d'Eve Anold ou d'Abigail Heyman. Plus d'autres, évidemment. Il faut dire que la profession s'est nettement féminisée depuis quelques années.

Pratique

Rencontres d'Arles, divers lieux dans la ville. Semaine professionnelle du 1er au 7 juillet, avec projections. C'est alors bondé, mais les expositions dureront pour la plupart jusqu'à la clôture finale du 22 septembre. Site www.rencontre-arles.com

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