Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le prestigieux World Press Photo 2020 va à un Japonais installé au Kenya pour l'AFP

Yasuyoshi Chiba a pris son image en juin 2019 à Karthoum, Soudan. Il s'agit pour une fois d'un sujet pacifique. Le World Press Photo aime en général ce qui est plus violent.

L'image prise au Soudan en juin 2019.

Crédits: Yasuyoshi Chiba, AFP

La photo a déjà été vue partout. Parfois recadrée, hélas. J’hésitais donc à vous la poster. Je le fais pour deux raisons. La première est que le World Press Photo est allé à une image forte, pour une fois non racoleuse. Toute la presse a ensuite publié la même dépêche d’agence. Les rubriques Culture se retrouvent dégarnies. Leurs membres se retrouvent en général soit au chômage technique, soit prêtés à l’information. Ils en remettent donc en ce moment une couche sur le coronavirus. Comme s’il n’y avait déjà pas assez d’articles sur une maladie dont on ne sait par ailleurs toujours presque rien!

Le jury réuni à Amsterdam a donc retenu pour son grand prix, décerné le 16 avril, une image de Yasuyoshi Chiba. Je ne sais pas combien de clichés cet aréopage a dû regarder avant de choisir. Le site du World Press ne le précise pas. Il contient en revanche de fort belles galeries des séries primées, ou simplement retenues. J’y reviendrai. Je peux juste dire que Chiba permettait aux jurés de primer pour une fois l’Afrique. L’artiste reste bien sûr Japonais. Mais cet homme de48 ans est établi de longue date à Nairobi. La capitale du Kenya. C’est de là qu’il observe à l’intention de l’Agence France Presse (AFP) un continent aux nombreux soubresauts politiques, économiques, sociaux et religieux.

Le jeune poète

L’œuvre primée a été réalisée à Khartoum, au Soudan, le 19 juin 2019. Elle se situe après la chute du dictateur Omar el-Béchir. Il y a eu de nombreuses manifestations à ce moment, que Chiba a «couvert» à grand peine. Il lui fallait arriver jusque là. Le photographe a été frappé, au milieu des violences, de trouver un jeune Soudanais récitant des poèmes au milieu de tous ceux qui revendiquait pour obtenir un gouvernement enfin civil. Il était entouré d’auditeurs tenant non pas des bougies, comme l’image en donne la fugace impression. Les lumières sont dues aux portables allumés par dizaines pour enregistrer l’événement.

Pour une fois, le World Press va donc à une image pacifique. Presque irénique. Comme «Visa pour l’image», le festival se déroulant en septembre à Perpignan, ce concours aime en effet souligner ce qui va mal en ce bas monde. Il suffit d’un voir, en Suisse romande, les reflets qu’en donne chaque année le château de Prangins. Le reste des envois retenus ne se révèle d’ailleurs pas bien gai. Il y a les Talibans afghans, les expositions d’armes, les néo-nazis américains, les clandestins vénézuéliens tentant de gagner la Colombie, le Kurdes blessés ou les jeunes chômeurs algériens. Notons que la suite sur ces derniers reste en noir et blanc. Celui-ci n’a pas encore dit son dernier mot. Paradoxalement, sa rareté le rend aujourd’hui très chic. Très efficace. Et finalement très spectaculaire.

Sitewww.worldpressphoto.org

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