Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le photographe valaisan Claude Dussez publie "Lost" sur l'Amérique profonde

Le livre est sorti chez Favre à Lausanne avec de textes poétiques de Quentin Mouron. Celui-ci me raconte la genèse de cet ouvrage en noir et blanc.

Las Vegas, 2016

Crédits: Claude Dussez, photo extraite du livre.

Pas perdu pour tout le monde! Claude Dussez sort son album de photos chez Favre, maison lausannoise pourtant peu portée sur le «beau livre». Préfacé par Jean-François Albeda, «Lost» est rythmé par des textes poétiques de Quentin Mouron, plus connu pour ses romans coups de poing. Il s'agit de quelques mots imprimés sur des pages jaunes, couleur qui sent le souffre comme le rappelait récemment l’ouvrage de Michel Pastoureau. Le tout forme un ovni dans l’édition suisse, même si l’appel des routes américaines a depuis longtemps marqué le 8e art «Made inSwizerland». Je ne vais pas rappeler ici (même si je suis en train de le faire) le nom de Robert Frank. Le Zurichois n’en a pas moins servi de matrice (écrasante) à plusieurs générations.

Afin de parler de«Lost», bien diffusé dans les librairies romandes, j’ai fait appel à Quentin Mouron. Il a le mot moins rare en entretien que dans cet ouvrage-ci. Sur ce, c’est parti! Mais peut-être devrais-je dire «On the Road Again».

Quentin Mouron, qui est Claude Dussez?
Il s’agit d’un photographe valaisan dans la cinquantaine. Il a surtout travaillé dans le domaine du spectacle. A la TV, Claude a participé à des émissions comme «120 secondes» et par conséquent «120 minutes». Il a aussi œuvré sur le projet «Artistes/CH».

Comment en êtres-vous venu à collaborer avec lui?
Claude m’a contacté en juillet 2018. Il avait avec lui quelques clichés, mais beaucoup restaient encore à prendre. Il m’a soumis les images en me demandant des textes. Ceux-ci ne sont pas venus facilement. C’était peu de chose, mais j’y ai passé deux semaines avec application. Après tout, c’était la première fois que j’allais publier de la poésie. Claude est ensuite reparti aux Etats-Unis à deux reprises. Il a continué se baser à partir des mots que je lui suggérais.

Pourquoi vous?
Parce qu’à la fois Canadien et Suisse, je connais bien l’Amérique. J’ai dû passer en tout deux ans aux USA, en traversant le pays profond. Avec ses photos, je me sentais en territoire connu. Ce n’est pas évident. Il y a des Etats où les Américains eux-mêmes ne se rendent jamais, sauf par obligation. Les Européens, eux, accomplissent en général une grand boucle en suivant des routes bien balisées. Claude n’a pas eu peur d’en sortir pour partir à la recherche de lieux inconnus.

Quentin Mouron (à gauche) et Claude Dussez. Photo Payot.


Des lieux souvent en ruines. Il y a beaucoup de maisons abandonnées et de carcasses de voitures dans «Lost».
L’abandon a toujours existé sur le territoire américain. On y crée une ville. Celle-ci périclite. Les habitants s’en vont. On parle alors de «ghost towns». Le phénomène s’accélère et s’intensifie aujourd’hui. Je me souviens d’avoir traversé une petite  bourgade. Il y avait 65 habitants quand j'y suis passé en 2005. Il n'en restait aucun quand j'y suis revenu en 2011. Par les fenêtres des maisons abandonnées, on apercevait encore le mobilier en piteux état. Les casseroles restaient posées sur les cuisinières. On avait l'impression d'un cataclysme du genre Pompéi, alors que les gens étaient simplement partis sans rien emporter avec eux. Ils allaient recommencer à neuf ailleurs. Ce qu’ils laissaient derrière eux allait finir, mais très longtemps après, par tomber en poussière.

Le livre se veut en noir et blanc.
Un choix de Claude Dussez. C’est un goût que je partage. Je trouve la photographie en B & N moins servile. Elle ne fait pas qu’enregistrer les choses se trouvant devant l’appareil. Il s’agissait aussi de montrer ici que nous sommes devant le spectacle d’un temps révolu. Ce n’est pas de la nostalgie. Le livre témoigne juste d’un effondrement.

Pour quelle raison Favre?
Nous avons contacté plusieurs éditeurs. Certains étaient modérément enthousiastes. C’était oui, mais dans deux ou trois ans. Favre aussi se montrait intéressé. Mais lui nous a dit «tout de suite». C’est là une réponse irrésistible.

Pratique

«Lost» de Claude Dussez et Quentin Mouron aux Editions Favre, 224 pages.

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