Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le philosophe François Warin interroge la peinture des grottes du paléolithique

"Au commencement était la beauté". Certes. Mais pourquoi autant de mains et si peu de corps humains? Et pour quelle raison cette priorité donnée à l'animal?

Le troupeau de la grotte Chauvet.

Crédits: Jean Clottes, Centre national de la préhistoire.

L’art pariétal inspire les écrivains, les historiens de l’art ou les esthètes. Les philosophes sont jusqu’ici demeurés en retrait. «La philosophie n’aurait-elle rien à dire sur ses découvertes et notamment sur les stupéfiantes «invention» de fresques animalières des grottes ornées du paléolithique?» C’est la question que pose (et tente de résoudre) François Warin dans un petit livre publié chez Arléa.

Le titre constitue tout un programme. «Au commencement était la beauté». Il faut dire que l’humanité est partie sur un sommet créatif. Pablo Picasso pensait du reste qu’elle n’avait jamais rien réalisé de mieux, et que "nul d'entre nous ne peut en faire autant." Mort en 1973, le peintre n’a pourtant pas connu la Grotte Chauvet, découverte en 1994 seulement. Il avait dû se contenter d’Altamira, identifié en 1880 (et à l’authenticité longtemps contestée), ou de Lascaux, sorti de l’ombre alors même que la France y entrait en 1940.

Symboles gestuels

Que dire de ces sites, dont la création s’est étalée sur des dizaines de milliers d’années, alors que la population humaine sur Terre tenait encore de troupeaux formés de quelques dizaines d’individus? La puissance de leurs réalisations, bien sûr, qui devaient tenir davantage de la magie que de l’art. Mais aussi la présence répétée de mains. Des forêts de mains négatives. «Tout semble attester qu’on a ici la transposition à l’art pariétal de symboles gestuels des chasseurs rappelant les gestes de chasse du Kalahari.»

Pas de visages cependant. Ni même de corps. Dans un univers figuratif tranchant avec l’abstraction, sensible dès les débuts, de l’art indigène australien à la même époque, l’homme se garde d’apparaître dans son identité. Il a préféré montrer des bêtes sauvages. «L’effacement de l’homme devant l’animal, caractéristique de l’art paléolithique, pourrait témoigner de la honte d’être un homme – honte consécutive au refoulement originaire introduit par la bipédie, diront les psychanalystes – et d’une aspiration au tout-autre.» Décidément, rien n’est simple. Les dinosaures étaient-ils au fait complexés par le fait que nombre d’entre eux marchaient sur deux pattes seulement?

"Name dropping"

Intéressant, l’essai de François Warin souffre du péché mignon des universitaires: le «name-dropping». Tous les penseurs anciens et actuels se voient convoqués pour appuyer ou infirmer les propos de l’auteur. Trois ou quatre par page. Et du beau monde! Il y a aussi passablement de mots grecs et d’autres en allemand, langue philosophique s’il en est. L’avantage est que le propos de l’ouvrage reste ramassé. Tout est dit en moins de cent pages, illustrations (en noir et blanc) comprises.

Pratique

«Au commencement était le beau», de François Warin, aux Editions Arléa, 91 pages.

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