Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Petit Palais parisien présente les dessins allemands romantiques de Weimar

Quelque 200 feuilles collectionnées au temps de Goethe montrent au public Friedrich, Füssli, mais aussi des artistes moins connus. Découvrez Fohr, Horny ou Julius Schnorr von Carosfeld.

Raphaël et la Fornarina vus par le Zurichois Füssli. Rome reste une référence.

Crédits: Petit Palais, Paris 2019.

Mon Dieu comme le temps passe! L'été se termine, alors que je ne vous ai pas encore parlé de nombreuses expositions vues, dont certaines se terminent (déjà?) le 1er septembre. Une date butoir. Vu les calendriers actuels chargés des grands villes, la saison d'automne y commencera dès le 10 septembre. Cela dit, Zurich ou Bâle se sont déjà mises en branle pour la rentrée. La saison morte n'existe plus. Il n'y a que des visiteurs morts de fatigue!.

Je me rends du coup compte que je ne vous ai pas encore parlé de l'exposition du Petit Palais parisien sur le dessin allemand romantique. Il aura fallu un article 21 août dans «La Tribune de l'art», signé par l'excellent Alexandre Lafore (que ce journal en ligne a bien fait d'engager récemment), pour me ramener à la raison. La manifestation demeure discrète, certes, mais elle se révèle d'ampleur. Il y a au sous-sol du bâtiment, réaménagé à la la manière d'un appartement germanique des années 1820 avec ses verts, ses bleus et ses jaunes, environ 200 feuilles. Toutes proviennent de Weimar, la ville de Goethe. C'est du reste ce dernier, à la fois écrivain et haut fonctionnaire, qui pilotait la collection voulue par le duc Charles Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach. Un des innombrables principules allemands de l'époque. Jusqu'à la guerre fratricide (mais en est-il d'autres?) entre la Prusse victorieuse et l'Autriche vaincue de 1866, il existait outre Rhin 400 états. Certains couvraient à peine quelques kilomètres carrés.

Un éclat singulier

Capitale civilisée, capitale intellectuelle, capitale philosophique, Weimar brillait d'un éclat singulier vers 1800. L'ensemble de feuilles réunies attestait à la fois le bon goût de ses maîtres et leurs excellents rapports avec les meilleurs artistes germaniques de l'époque. Tout le monde se trouve ici représenté, du Zurichois Füssli, mort à Londres en 1825, au Saxon Friedrich, dont l'exposition du Petit Palais propose plusieurs pièces mémorables. Il y a aussi sur les cimaises des noms moins connus. Du public francophone tout au moins. L'époque romantique n'en marque pas moins le second aboutissement du dessin allemand après la Renaissance. Un troisième interviendra, plus tard, au moment de l'expressionnisme des années 1910 et 1920. Il faut donc retenir le nom d'artistes souvent morts très jeunes, signe évident pour certains de romantisme. Fohr s'est noyé dans le Tibre à 23 ans en 1818. Erhard a disparu à 27 ans. Horny à 24.

Le public remarque aux murs des figures, bien sûr, mais surtout des paysages. Que voulez-vous? La nature a une belle âme. Les pierres racontent une histoire. Un pays aussi divisé doit renouer avec son passé et ses mythes. Ils fortifieront un futur voulu uni et glorieux. Quand Julius Schorr von Carosfeld, qui clôt l'accrochage parisien, s'éteint en 1872, l'Allemagne vient ainsi de redevenir un empire. Aux hommes éclairés comme Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach ont succédé des capitaines d'industrie métallurgique et le chancelier de fer assorti. Nous sommes au temps de Bismarck. La peinture elle-même sera redevenue réaliste avec Menzel ou Leibl. Il n'y aura plus de place pour les idéalistes.

Choix pertinent

Assumé par Hermann Mildberger, Gaëlle Rio et Christophe Leribault, directeur du Petit Palais, le choix se révèle pertinent, comme on dit maintenant. Le dessin se voit représenté sous toutes ses formes, du trait acéré à l'aquarelle un peu pâle. Le visiteur est invité à des découvertes et à des réévaluations. Les auteurs sont représentés pour le meilleur, même si les Füssli proposés ne possèdent pas la splendeur de ceux du Kunsthaus de Zurich. Le décor, dont j'ai parlé, sait se montrer à la fois évident et discret. Bref, Weimar apparaît ici sous son meilleur jour. Je rappelle à ce propos que des œuvres graphiques françaises du XVIIIe provenant de la même ville s'étaient retrouvées en 2006 au Musée Jacquemart-André. Une preuve de l'éclectisme des collectionneurs de la principauté, à un moment où le goût allemand cessait de se situer dans l'orbite de Paris pour se vouloir national.

Pratique

«L'Allemagne romantique, Dessins des musées de Weimar», petit Palais, avenu Winston-Churchil, Paris, jusqu'au 1er septembre. Tél. 00331 53 43 40 0, site www.petitpalais.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le vendredi jusqu'à 21h.

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