Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Le Paris de Dufy". L'exposition française reste bien sûr invisible, mais le livre est sorti

C'est un phénomène courant depuis un an. L'accrochage est terminé, mais le musée reste fermé aux visiteurs. L'éditeur met cependant le livre en librairie.

L'affiche. Prudente.

Crédits: Succession Raoul Dufy, Musée de Montmartre, Paris 2021.

C’est un cas de figure qui semble appelé à se multiplier. L’exposition est mise au congélateur en attendant le moment, toujours plus improbable, d’une libération des lieux culturels en France. Les cimaises sont garnies. Les projecteurs réglés. Tout semble prêt. Et au final, seul le catalogue sort. Normal. Le coéditeur a envie de vendre ses bouquins. On avait déjà vu cela au printemps dernier. Je me souviens ainsi d’avoir écrit quelque chose sur une présentation de manuscrits médiévaux prévue à la Fondation Martin-Bodmer de Cologny. L'album était magnifique. Je ne pouvais pas le laisser tomber. Quant à l’exposition, elle s’est vite vue remise à 2022. On n’est jamais trop prudent. Quoique… On eut pu frileusement imaginer 2023.

En France, où les musées sont verrouillés depuis presque cinq mois, les livres d’accompagnement se trouvent donc dans les librairies. Je vous parlerai tout bientôt de celui sur les «Modernités suisses» du Musée d’Orsay, un accrochage que personne ne verra sans doute. Je vais vous dire deux mots auparavant de «Le Paris de Dufy» du Musée de Montmartre. La petite institution s’est offert cette fois un véritable ouvrage de fond, avec une centaine de pages d’essais. Il s’agissait aussi bien d’évoquer «un flâneur en lévitation» (ce qui fait Didier Schulmann) que de raconter «L’atelier de l’impasse Guelma (tâche incombant à Saskia Ooms). Né en 1877 au Havre, mort en 1953, l’artiste pouvait se voir éclairé sous tous les angles, lui qui a toujours créé une peinture solaire.

Trop décoratif?

Ces différents textes cherchent bien sûr à réhabiliter un artiste qui porte comme une Croix l’étiquette de «décoratif». Notez qu’il l’a bien cherché, vu ses innombrables projets de tissus ou ses cartons de tapisserie. Mais reproche-t-on à Picasso de s’être intéressé à la céramique? Vous me direz qu’il s’agit là d’un géant, à qui tout est permis. Mais Raoul Dufy n’est pas un nain pour autant. L’a encore démontré en 2008 une belle rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, un lieu qui conserve son immense décor de 1937 consacré à «La fée Electricité». Le peintre a ainsi gardé jusqu’au bout une réelle dignité, ce qui n’est pas les cas de bien de ses compagnons Fauves. Vlaminck, Camoin ou Manguin ont bien mal fini, même si les deux derniers ont bénéficié à Lausanne d’une rétrospective indulgente à l’Hermitage de Lausanne.

Il existe quelque part sur un site (www.francefineart.com) des photos de l’exposition Dufy de Montmartre en place. Elle offrent quelque chose de déprimant. Mais si les textes du livre ouvrent des horizons, le choix des toiles et des aquarelles reste assez banal. Il émarge en bonne partie des Musées Nationaux. Ceux-ci sont riches, bien trop riches en œuvres du maître. Parfois mineures. Sa veuve a fait une immense donation (on parle de 600 numéros) en 1963. Autant dire que presque tout se voit voué à rester pour l’éternité, et peut-être même davantage, dans les réserves. Un effort a tout de même été accompli pour présenter à Montmartre des tapisseries comme d’autres formes de textiles. Un effort vain? Espérons que non. Dès le départ, «Le Paris de Dufy» était agendé jusqu’au 12 septembre 2021.

Pratique

«Le Paris de Dufy», ouvrage collectif, aux Editions In Fine, 176 pages. Texte bilingue français et anglais.

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