Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le "Parcours des mondes" s'est déroulé à Paris, avec moitié moins de marchands inscrits

Quarante deux enseignes seulement cette année, mais souvent prestigieuses. La promenade sur la Rive gauche permettait du coup d'approfondir les contacts.

Les Nias indonésiens chez Pascassio Manfredi

Crédits: Photo galerie Pascassio Manfredi.

Comme «Art/Paris» (dont je vous ai parlé avant-hier), le «Parcours des mondes» constituait l’un des miraculés de 2020. La manifestation avait bien eu lieu. Avec moins de mérite, tout de même. Je vous rappelle qu’il s’agit là d’une promenade à pied, rive gauche de la Seine. Pas de problèmes de jauge par conséquent, si ce n’est au moment du vernissage. Les gens entrent (ou n’entrent pas) chez les galeristes participant à cette manifestation vouée aux arts tribaux. Certains de ceux-ci se trouvent chez eux. Edith et Julien Flak, Lucas Ratton et quelques autres reçoivent ainsi à domicile, rue des Beaux-Arts, Visconti ou de Seine. D’autres spécialistes, venus de province ou de l’étranger, louent en revanche pour quelques jours leur espace à un confrère parisien.

En 2020, tout s’était finalement bien passé. Les marchands, car il s’agit tout de même là d’un commerce, avaient juste dû renouer avec leurs clients locaux. Ce qui ne semblait pas plus mal. Certains avaient beaucoup sacrifié ces dernières années aux grands acheteurs venus des USA ou d’Australie. C’était un peu oublier que les arts d’Afrique et d’Océanie formaient au départ une spécialité française et belge, destinée à des amateurs fervents mais désargentés. C’était aussi négliger le fait qu’il ne ne vend pas ici que des chefs-d’œuvre patentés à un million d’euros. Des pièces de belle qualité s’écoulent facilement à des prix bien moindres. On parle alors en milliers, avec quatre chiffres. La mode joue beaucoup, tout comme les provenances ou le renom du vendeur. L’Océanie l’emporte ainsi de nos jours sur l’Afrique, et l’on n’aime plus le même Continent noir que dans les années 1950.

L'Asie et l'archéologie ont quasi disparu

Comment les choses se sont-elles donc déroulées en 2021? En petit comité. Officiellement, les acteurs demeuraient à peine quarante-deux, même s’il y avait comme toujours quelques squatters et si tous les marchands de tribal ne font pas partie intégrante de la foire ambulante imaginée en 2002 par Rik Gadella, le créateur de «Paris-Photo». Mermoz, qui reste à Paris le grand nom du précolombien, ouvrait ainsi sa boutique (il en existe une autre rue du Cirque, près des Champs-Elysées) sans faire partie du groupe. Charles Deydier le cinisant aussi, rue de Seine. Quarante-deux, cela faisait cependant moitié moins que d’habitude, même si les participants initiaux étaient dix-huit. S’agissait-il du coup là d’une régression? Pas vraiment, selon moi. Il y avait bien les grands noms, de Bernard de Grunne à Entwistle en passant par Bernard Dulon et Montbrison. Mieux vaut parler d’un resserrement ayant le mérite d’éviter aux amateurs une course contre la montre. A quatre-vingts galeries, c’était en effet le top-chrono assuré!

L'affiche de l'édition 2021. Photo DR.

Au départ, la foire demeurait donc tribale, avec quelques détours par l’Asie animiste ou l’Australie aborigène. Il y a quelques années le «parcours» s’est ouvert à l’Asie, puis à l’archéologie. Sans grand succès, je dois dire. Ces secteurs s’adressent à d’autres clientèles. Ce n’est pas pour rien que Londres ou New York connaissent chaque année une «Asian Week». Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que ces appendices ont quasi disparu en 2021, année de la vingtième édition. Le Parisien Christophe Hioco, qui les représentait à mon avis le mieux, est une sorte de généraliste. Le resserrement dont je parlais tenait donc aussi du recentrage sur l’essentiel, avec une marchandise de qualité. Peu de chefs-d’œuvre certes, mais aucun stand minable non plus. Une bonne moyenne, avec des possibilités de découvertes. Pour autant que les commerçants aient daigné doter leurs œuvres de cartels bien sûr, ce qui n’était pas le cas chez Entwistle ou Lucas Ratton! L’idée de les «laisser parler les objets», comme cela arrive trop souvent (même topo à "ArtParis"!), tient d’un insupportable entre-soi.

Des expositions pour six jours

Certains marchands ont consenti un effort particulier en 2021. Ils ont créé pour pour six jours (7-12 septembre) une vraie exposition. C’était le cas du Belge Jo de Buck avec des pièces du royaume Kuba, qui se situait dans l’actuel Congo. Martin Doustar, qui a quitté Bruxelles pour le Portugal avec une adresse à Londres, montrait des petits masques tressés Yam. Les Flak, qui sont des gens charmants, toujours prêts à expliquer leurs objets, proposaient leurs «Rêves arctiques», avec des ivoires sortant tout droit du permafrost. Pascassio Manfredi se concentrait sur les Nias d’Indonésie. Le plus spectaculaire se révélait cependant le «Lithique» d’Anthony JP Meyer. Dans sa minuscule boutique, l’homme alignait près de 400 pièces provenant de civilisations très différentes, de l’Afrique à l’Amérique du Sud. Il dispersait ainsi, à tous les prix, un ensemble formé d’abord par ses parents, puis lui-même. Beaucoup de pierres de trouvaient rangées avec un subtil désordre dans une extraordinaire vitrine ancienne. Le maître de maison proposait des visites guidées.

L'affiche du "Lithique" d'Anthony JP Meyer. Photo galerie Meyer.

Tout cela permettait des regards et des discussions. Du moins quand les galeries ne restaient pas tenues par de jeunes assistantes (très peu d’hommes!) ressemblant à des hôtesses de salons ordinaires. L’essentiel me semble en effet aujourd’hui de former des nouveaux amateurs et collectionneurs. Certains marchands se montraient comme de coutume plus pédagogues que d’autres. Cela tenait bien sûr de leur sens de la communication et de leur capacité d’empathie. Dans le genre, le trio des Zurichois Fröhlich se montrait très bon. Tout comme le Nîmois d’adoption Olivier Larroque. Un monsieur qui reçoit durant l'année chez lui en Languedoc et participe à quelques salons. Il me faut aussi citer Jean-Edouard Carlier, de Voyageurs & Curieux. Ce défricheur occupait cette année non pas un, mais deux locaux. Il est vrai que sa boutique de la rie Visconti tient du mouchoir (tribal) de poche.

Et le contemporain?

Un dernier sujet, qu’on n’aborde jamais. L’art africain ou océanien se conjuguerait-il toujours au passé? Pas tout à fait. Il avait son strapontin contemporain au «Parcours». Les Vallois représentaient la créativité actuelle de la diaspora béninoise. J’ai aussi vu des tas de petits points chez Stéphane Jacob-Langevin. Le signe que les aborigènes bien vivants n’étaient pas loin. Mais il s’agit là d’autres marchés. Et donc d’autres clients, plus rares. Assez pointus. La clientèle possède également quelque chose de tribal.

La suite en 2022.

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