Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Palazzo Reale de Milan honore le peintre Emilio Vedova, qui aurait 100 ans

Le Vénitien fait l'objet d'une rétrospective ouverte gratuitement au public. L'occasion de découvrir l'un des artistes abstraits européens importants de l'après-guerre.

Vedova dans son atelier vers 1950.

Crédits: DR

Il aurait eu 100 ans en octobre 2019. Disparu en 2006, le Vénitien Emilio Vedova reçoit sa rétrospective au Palazzo Reale de Milan. L’exposition occupe un lieu à la fois central et symbolique de cet énorme bâtiment se déployant à côté du Duomo. L’essentiel se trouve en effet dans la Sala delle Cariatide, qui formait une immense salle de bal jusqu’en 1943. Les bombes alliées en firent alors une ruine magnifique et funèbre. Les restaurations nécessaires n’ont pas touché au décor mutilé. Un décor convenant finalement assez bien aux immenses toiles de l’Italien, pour qui un tableau de trois mètres sur quatre semble finalement peu de chose. Il n’était pas né pour rien dans la ville du Tintoret.

Vedova est donc venu au monde et mort à Venise. Il venait d’une famille ouvrière, mais l’un de ses oncles était le neveu du peintre Antonio Mancini, célèbre pour son génie et sa folie. L’adolescent a donc pu assouvir sa vocation au pire moment. La fin du fascisme n’en connaissait pas moins de forts courants artistiques. En 1942-1943, le débutant fut ainsi un membre de Corrente, avant de rejoindre le maquis. On le retrouva en 1946 dans un autre groupement éphémère, Oltre Guernica. Une référence appuyée à un certain Picasso. C’est sans doute de là que Vedova a gardé son amour du noir et blanc, à peine souligné à certaines époques par une (ou plusieurs) tache(s) colorée(s).

Vite reconnu aux Etats-Unis

L’homme a été reconnu assez vite. Mais pas partout. Aujourd’hui encore, il demeure un inconnu dans les très provinciales zones francophones (1). Dès 1951, Vedova exposait en revanche à New York. Il était en même temps remarqué par la plus Européenne des Américaines, Peggy Guggenheim. Il participait de la première Documenta de Kassel en1955. Il y avait alors longtemps que le plasticien avait remplacé son abstraction rigoureuse des premières années par des grands coups de pinceau spontanés. C'est bien le contemporain de Willem de Kooning, de Franz Kline ou de Sam Francis.

Du noir et blanc, avec quelques touches de couleur. Photo Succession Vedova, Palazzo Reale, Milan 2020.

Vedova a énormément produit à partir des années 1960. Trop, peut-être. Mais il est difficile d’éteindre un volcan. Celui-ci ne se contentait d’ailleurs pas de créer des toiles traditionnelles, c’est à dire murales. Il lui fallait de vastes disques barbouillés et maintenus en équilibre au sol. Ou alors des constructions faites d’assemblages de tissus peints, parfois suspendus au plafond. Il s’en trouve du reste à la Salle delle Cariatide, coupée en deux par une paroi en oblique créée par le scénographe Alvisi Kironoto. Ce mur sépare les créations des années 60 et celles des années 80, vues par le commissaire Germano Celant comme les plus significatives.

Un amoncellement

Ceux qui ne connaissent pas la Fondazione Vedova, située dans l’un des Magazzini del Sale de Venise, où ses toiles vont et viennent grâce à mécanisme un peu lent (2) installé par Renzo Piano, découvriront le peintre en vrac. Un amoncellement de pièces supposé faire sens. Même si ce entassement vient après une salle explicative où la vie du bonhomme se voit racontée sur d’interminables cartels, il y a là de quoi décontenancer. Réputé être le commissaire le plus cher d’Italie, Celant n’a pas fourni ici d’effort titanesque. Il se l’est coulée douce. Pour tout dire, un enfant de six ans n’aurait pas fait plus confus en tirant au hasard n’importe quelles pièces de la Fondazione. Déjà inégal selon moi, l’artiste n’en ressort pas grandi. Reste que Vedova fait partie de ces grands noms italiens de l’après-guerre (avec Afro, Santomaso, Schifano ou Turato) qui méritent de se voir sortis de l’ombre. C’est Beaubourg qu’il leur faudrait finalement une fois.

(1) L’une des toiles a cependant été prêtée par la Fondation Gandur pour l’art.
(2) Très lent, en fait. Il y a de quoi faire une sieste entre chaque tableau défilant devant les spectateurs.

Pratique

«Emilio Vedova, Plurimo», Palazzo Reale, 12, piazza Duomo, Milan, jusqu’au 9 février. Tél. 00392 884 652 30, site www.palazzorealemilano.it Ouvert le lundi de 14h30 à 19h30, du mardi au dimanche de 9h30 à19h30, les jeudis et samedis jusqu’à 22h30. Entrée gratuite.

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