Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Palazzo Corsini de Rome confronte Robert Mapplethorpe et les peintres anciens

Des tableaux ont été enlevés pour mettre certaines de ses photos, parfois très osées. Le résultat apparaît plus que logique. La peinture baroque avait souvent quelques chose de "gore".

Le célèbre autoportrait final à la tête de mort.

Crédits: Estate Robert Mapplethorpe, Palazzo Corsini, Rome 2019.

Il revient très fort. Il y a quelques années, le Grand Palais parisien présentait une rétrospective Robert Mapplethorpe, avec un cabinet interdit aux mineurs. Depuis quelques mois, et pour quelques jours encore après prolongation, le Palais Corsini de Rome (il y a aussi un palais Corsini à Rome!) a inclus dans son parcours le photographe américain, mort il y a déjà trente ans. Le souffre aurait-il perdu de son odeur avec le temps? Il ne me semble pas avoir eu écho des mêmes cris qu'au moment où l'artiste, encore vivant, proposait ses œuvres dans un local vénitien. Le maire avait alors refusé de cautionner la manifestation par une préface dans le catalogue. Geste malheureux. Il avait ainsi contribué au succès public de l'entreprise.

Aujourd'hui jumelé avec la Galleria Nazionale Barberini, le Corsini joue dans ce tandem le même rôle que le Pitti faces aux Offices à Florence. Il s'agit d'une «quadreria» à l'ancienne, avec des tableaux jusqu'au plafond, celui-ci se situant comme de juste très haut. Ils sont accrochés de manière à composer une sorte de mosaïque, celle-ci ne tenant aucun compte des origines ou des provenances. A Rome, les palais Spada, Doria ou Colonna, tous visitables, donnent la même impression de somptueux brassage. L'exposition Mapplethorpe a donc consisté à enlever une toile par-ci, par-là. Elle se voit remplacée par une photo carrée en noir et blanc, richement encadrée. Il s'agit de voir si le photographe, par instant si proche du monde classique, aura ou non l'air incongru. Le Petit Palais de Paris a récemment fait la même chose avec cet autre scandaleux que reste aujourd'hui Andres Serrano.

A chercher dans le Trastevere

Eh bien, Mapplethorpe se fond sans peine dans son environnement nouveau, qui comporte notamment un spectaculaire Caravage! Il faut dire qu'il y a surtout de lui des photos de sculptures anciennes ou des portraits posés. Rien de que quoi heurter les visiteurs de ce musée, pas si facile à trouver que ça dans le Trastevevere, juste au dessous d'une voie de circulation rapide. Est-ce à dire qu'il n'y ait au murs que de sages images? Non. Aucun comité de censure n'a apparemment fonctionné. L’œil tombe ainsi, en bas de cimaise, sur une une œuvre sado-masochiste bien dure. Elle ne choque pourtant pas, et c'est là la leçon de l'expérience. Elle trouve même particulièrement sa place auprès de certains tableaux de martyrs. La peinture italienne du XVIIe siècle, véritable fonds de commerce du Corsini, regorge ainsi de scènes bien «hard».

Conscients que quelques interventions ne suffisaient pas, la commissaire Flaminia Gennari Santori offre ensuite, dans deux salles (et elles sont ici fatalement énormes), une rétrospective Mapplethorpe. Conçue avec l'«estate», autrement dit la succession, celle-ci propose bien entendu les pièces célèbres, maintes fois reproduites. Mais il y a aussi des choses que je n'avais jamais vues. Il y a toujours beaucoup d'inédits dans les boîtes des photographes. Il s'agit sans doute de créations moins fortes. Mais elles possèdent au moins le mérite de ne pas avoir accédé par ressassement au rang d'icônes.

Le Palazzo Barberini en chantier

La visite au Corsini me donne l'occasion de donner quelques nouvelles de son jumeau, le Barberini. Eh bien, on y a décroché à peu près tout! Le musée ayant reçu à nouveau des espaces laissés libres après le départ des officiers, qui occupaient naguère la moitié du palais, il s'agit de refaire un parcours cohérent. Pour le moment, il ne l'est guère. Une jolie collection de tableaux français du XVIIIe siècle, léguée en son temps par le duc de Cervinara, jouxte des primitifs. J'ai cependant noté l'ouverture au premier étage des chambres consacrées au XVIIIe italien, dont une remplie par des esquisses données par l'avocat Fabrizio Lemme. Accrochage sage, mais bons tableaux. La peinture romaine du «Settecento» reste par ailleurs en grande partie à redécouvrir. Il y en a par ailleurs beaucoup d'autres dans les églises de la Ville Eternelle...

Pratique

«Robert Mapplethorpe, L'obiettivo sensible», Palazzo Corsini, 10, via della Lungara, Rome, jusqu'au 6 octobre. Tél. 0039 06 68 80 23 23, site www.barberinicorsini.org Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 8h30 à 19h.

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