Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Palais des Doges a réussi son Canaletto, qui évoque en fait tout un siècle vénitien

J'ai trop tardé à parler de cette exposition. Il s'agit du sauvetage de "Eblouissante venise", un ratage parisien. Morale de la chose, tout peut s'arranger.

"La cour des tailleurs de pierres" de Canalettto. Au fond, l'actuelle Accademia. Un pont a été construit. Le campanile s'est écroulé en 1744.

Crédits: National Gallery, Londres 2019

Cela peut bien sûr sembler dépassé, même s'il n'est jamais trop tard pour bien faire. L'exposition «Cananetto e Venezia» se termine ce dimanche 9 juin au Palais des Doges. Elle aura duré plusieurs mois. Alors pourquoi ne pas en avoir parlé avant, me direz-vous? Pour une bonne raison. Il s'agissait de la version italienne d'«Eblouissante Venise», une manifestation organisée au Grand Palais de Paris cet hiver. Je vous en avais parlé à l'époque afin de déverser tout le mal que j'en pensais. Mauvais choix (au pluriel). Discours confus. Décor inepte se voulant ludique. Bref, la catastrophe sur un joli sujet. Comment raconter au public actuel le «Settecento» (autrement dit le XVIIIIe siècle) sur la Lagune, avant que la République millénaire s'effondre sous les coups de boutoir d'un certain Bonaparte?

Basé sur une recherche commune, mais pourvue d'une nouvelle équipe de commissaires, la présentation vénitienne était vraiment éblouissante. Elle. Bien sûr, le cadre formé par l'appartement du doge, n'y était pas étranger. Mais il y avait là un réel désir de montrer des chefs-d’œuvre, de faire simple et d'éviter les excès de mise en scène. Se sont ainsi vus éliminés les objets inutiles et les tableaux moyens. Il fallait aller à l'essentiel. Le couple de tableaux initial se révélait du coup parfait. D'un côté, il y avait «Neptune déversant les trésors de la mer aux pieds de Venise». Un Tiepolo à grand spectacle montrant un monde idéal arrivé à sa fin. La Sérénissime avait entamé son déclin, même si elle aurait pu tenir le coup un siècle de plus. De l'autre le «Ridotto» de Guardi, décrivant de manière réaliste un casino. Venise est devenue un tripot vers 1750.

Une sorte de concerto

Tiepolo, Guardi... C'est là que le titre montrait ses limites. Il n s'agissait pas d'une rétrospective Canaletto de plus, dont auraient été enlevées les créations de la période anglaise. Il s'agissait de présenter tous les peintres de la Ville ayant alors œuvré, parfois à l'étranger comme Sebastiano Ricci ou Giovanni Antonio Pellegrini. Canaletto se retrouvait du coup soliste d'une sorte de concerto. Il y avait aussi, afin de compléter, de la sculpture, de l'argenterie et de la porcelaine. Mais en petite quantité. Il fallait éviter le grand bazar, comme au Grand Palais parisien. Le Palais des Doges se devait de mettre en avant quelques prêts fabuleux comme «La cour des tailleurs de pierre» de Canaletto, que la National Gallery de Londres ne laisse normalement jamais sortir, ou «La mort de Jacinthe» de Tiepolo, envoyé par le Musée Thyssen de Madrid.

"La mort de Jacinthe" de Tiepolo, venu de Madrid. Photo Museo Thyssen-Bormenisza, Madrid 2019.

Pourquoi cet article, au fait? Pour deux raisons. La première est de laisser une modeste trace. La seconde d'expliquer que, lors d'une exposition en plusieurs étapes, rien n'est perdu si la première d'entre elles apparaît ratée. La barre peut se voir redressée. Il est permis de retravailler le sujet. Une partie des œuvres se modifie au besoin. L'accrochage se revisite. Le seul ennui, c'est que la mauvaise impression de départ suit son cours. La réputation reste une chose qui se traîne, comme un boulet. C'est la dernière semaine seulement que j'aurai franchi la seuil du Palais des Doges. Pour voir tout de même...

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