Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le nouveau Kunsthaus de Zurich ouvrira ses portes au public le 9 octobre prochain

Le bâtiment accueillera avant tout l'art depuis 1960. Il comportera une boutique de luxe et un bar servant presque tout le temps. Première exposition "Earth Beats".

Vue plongeante sur le nouveau musée.

Crédits: Kunsthaus, Zurich 2021.

Les dés sont jetés. A moins d’un revirement de dernière minute du musée ou d’un caprice pandémique, le Kunsthaus ouvrira au public son nouveau bâtiment le samedi 9 octobre 2021 après cinq ans de travaux. Les visiteurs pourront cette fois voir le bâtiment non plus vide, ou garni de quelques improbables cloches de William Forsythe. Tout sera en place aux murs, avec le fonds du musée, la Fondation Bührle, les tableaux d’Hubert Looser et ceux de Werner Merzbacher. Happy end! Youpie! Tout se sera finalement bien passé.

Le grand hall, un peu froid. Photo Kunsthaus, Zurich 2021.

Avec l’extension de David Chipperfield, l’institution disposera désormais de 5000 mètres supplémentaires. La médiation culturelle de 310. Un double chiffre me paraît selon moi plus significatif encore. Avant les travaux, le Kunsthaus ne présentait que le 10 pour-cent de ses collections, ce qui était déjà honorable par rapport à certains musées. Il en offrira dès octobre le 17 pour-cent. Les tournes constituant un système de renouvellement agréable, voire souhaitable, on peut estimer qu’il n’y aura plus (ou en tout cas qu’il y aura moins) d’injustes ensevelissements en caves. La chose passe par une redistribution générale des cartes, comme la chose s’est faite en 2018 au Kunstmuseum de Bâle pour son Neubau. Le bâtiment Moser de 1910 (avec l’aile assez laide des années 1970 à l’arrière) se consacrera à l’art classique et moderne. Celui de Chipperfield sera voué à l’art d’après 1960, avec les exceptions des collections Merzbacher et surtout Bührle.

Travail de mémoire

L’édifice tout neuf servira bien sûr aussi à des expositions, comme l’aile offerte par Emil G Bührle dans les années 1950. La première du genre s’intitulera «Earth Beats». Cet intitulé anglophone réunira des œuvres, distantes de plusieurs siècles, liées à la notion actuelle de protection du climat. Traversante à tous les sens du terme, elle invitera aussi les visiteurs à emprunter le passage souterrain entre les deux bâtiments. Il leur faudra gagner une «salle des glaciers» située dans l’édifice Sécession conçu par Moser avant la guerre de 1914.

Une salle Willem de Kooning avec la Collection Hubert Looser. Photo Kunsthas, Zurich 2021.

L’un des points forts du nouveau musée sera l’impressionnisme, ce qui «renforcera considérablement la présence traditionnellement importante de la peinture française en Suisse.» Seul Orsay, en Europe, pourra proposer mieux selon le Kunsthaus, même si les salles du XIXe siècle de la National Gallery de Londres se révèlent pour moi spectaculaires. Le musée zurichois, qui a constamment fait l’objet d’attaques pour présenter les tableaux Bührle, en profite pour dire que le public aura droit à une importante documentation sur l’industriel spécialisé dans la vente d’armes pendant la guerre. Il y aura par ailleurs un travail des médiation. On n’est jamais trop prudent, même si le musée Thyssen de Madrid ne se livre pas à ma connaissance à un ce désagréable exercice de mémoire. Et pourtant...

Un cabinet graphique

Ce n’est pas tout dans la bien-pensance. La collection du musée lui-même s’est également également vue passée au peigne fin. Des œuvres d’artistes décoloniaux (Kadder Attia en véritablement fait son fromage) seront par ailleurs mises en regard de toiles néerlandaises orientalisantes, et donc aujourd’hui suspectes. L’eurocentrisme tant vilipendé se verra corrigé par des œuvres venant d’autres continents comme l’Afrique et l’Amérique du Sud. Ce sera ainsi plein de «passerelles» et de «remises en question» sur ces problèmes qui touchent aujourd’hui à vif les minorités agissantes et les intellectuels conscientisés. Je crains hélas que le grand public, lui, s’en foute complètement.

Une partie de la Fondation Bührle. Photo Kunsthaus, Zurich 2021.

Je signalerai encore, ce qui n’avait pas encore été dit, que les travaux sur papier disposeront désormais de leur propre salle. Le Kunsthaus en possède un bel ensemble, même s’il ne peut guère régater avec celui, véritablement impressionnant, de l’ETH voisine. Il fallait un début. La programmation s’ouvrira ici en compagnie du legs de Leonie Tobler, avec son content de gravures signées Dürer, Gauguin, Rembrandt ou Manet.

Jardin public

Dans un ordre plus commercial, mais le Kunsthaus doit comme tout le monde arrondir ses fins de mois, je signalerai que le musée va proposer plusieurs de ses lieux emblématiques à la location «pour des événements privés de tous formats». Il va également se doter d’une boutique haut de gamme dans le bâtiment Chipperfield. La clientèle friquée trouvera là des produits «exclusifs», comme aiment à dire les germanophones. Je citerai les sacs Qwstion (oui, cela s’écrit bien comme cela!), les foulards de Julian Zigerli, les bijoux d’enSoie ou des céramiques des années 1930 signées par Margrit Linck. Plus des «lampes innovantes» (comment une lampe peut-elle innover, au fait?) de Fabio Hendry. Le magasin du bâtiment Moser se recentrera, lui, sur les livres, les catalogues et les reproductions.

Du côté de Warhol & Co. photo Kunsthaus, Zurich 2021.

Le nouveau Kunsthaus comporte, je vous l’avis dit au moment de mes deux visites, un jardin à l'arrière. Conçu par le paysagistes belges Wirtz International, il demeurera accessible en dehors de heures d’ouverture. Il pourra aussi se voir utilisé comme une salle d’exposition en plein air, notamment lors de l’hommage à Niki de Saint Phalle. Il en ira de même pour le nouveau bar, ouvert tôt le matin et tard le soir.

Journées portes ouvertes

Des «Journées portes ouvertes» gratuites sont prévues les 9 et 10 octobre. Après, ce sera la grande aventure des expositions temporaires. On connaît déjà les vedettes 2022. C’est panaché. Yoko Ono se retrouvera entre Aristide Maillol, Federico Fellini et Niki de Saint Phalle. Il y aura aussi une exposition sur le thème «Art et médecine». Les dessins baroques du Génois Benedetto Castiglione. Les carnets de croquis du peintre suisse du XIXe Rudolf Koller, l’homme des vaches et des diligences. Le programme complet ne se verra cependant publié qu’en septembre. Il s’agira de faire aussi bien que le Kunstmuseum de Bâle. Une compétition de haut niveau. «And the winner is...»

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