Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le nouveau directeur des "Rencontres d'Arles" veut qu'elle aient lieu coûte que coûte

Christophe Wiesner a tout planifié, en prenant soin de la taille des lieux d'exposition. Il a bâti son programme. Mais tout peut arriver. Et qui aura envie?

L'affiche d'Arles 2021.

Crédits: Rencontre d'Arles.

«C’est la très bonne nouvelle. Les «Rencontres d’Arles» vont bien avoir lieu du 4 juillet au 26 septembre. Coûte que coûte.» Christophe Wiesner défend son premier-né comme une maman ours sa progéniture. Le nouveau directeur du festival, qui débarque de la foire «Paris-Photo», a multiplié pour cela les séances Zoom et Teams. Je plains les participants. Il fallait tout ce virtuel pour aboutir à du présentiel cet été. Le Cannes de la photographie ne s’imagine pas sans le cadre urbain antique, médiéval et classique de la cité. Tous ces machins en ligne, c’est bien gentil. Mais c’est un peu comme lire la recette de cuisine sans consommer le plat ensuite.

Evidemment, il a fallu inspecter les lieux. Certains se prêtent mal aux distances sociales, qui ne font du reste pas partie du caractère provençal. La Commanderie Sainte-Luce, en face du Musée Réattu? Non. Ce bâtiment gothique se révèle tout en recoins. L’église des frères-Prêcheurs? Ça oui! L’église est aussi vaste qu’une cathédrale. La Salle Henri-Comte, tout près de l’Hôtel de Ville? Mieux vaut pas. Elle reste tout de même limitée comme espace. Ce qui subsiste des Ateliers SNCF, à côté du suppositoire géant de Frank Gehry qui devrait enfin se voir inauguré cette année? Là pas de problème… à moins d’un problème majeur (1). Personne ne sait en effet où en sera la pandémie durant les mois estivaux. Si Sam Stourdzé, parti pour la Villa Médicis à Rome, a terminé son règne avec une annulation, il serait désolant que l’Allemand de Paris Wiesner commence par faire chou blanc. Ceci d’autant plus que les «Rencontres», fragiles, s’en remettraient sans doute mal.

Une sélection riche

Il fallait naturellement un programme, que signalera une affiche au graphisme nouveau (qui à mon avis ne casse pas des briques). Le festival va se décliner des «Identités/fluidités», sujet à la mode s’il en est. Il y aura des «Emergences», avec bien sûr un Prix Louis Roederer. Dans l’«Atlas», on retrouvera aussi bien l’Africain du Sud Pieter Hugo, devenu au fil des ans une star, que le Français Stéphane Gladieu. Ce dernier faisait, je vous le rappelle, l’affiche de 2020. Une édition annulée à la dernière minute de manière assez abrupte. Il y aura des «Recadring» autour de Sabine Weiss et de Charlotte Perriand, qui a aussi fait de la photo. Moins bien que Sabine, hélas.. Un hommage se verra rendu au magazine «Jazz Power». La grande rétrospective sera organisée avec des images de Raymond Cauchetier. Un monsieur dont peu de gens connaissent le nom. Ce fut le photographe de la Nouvelle Vague. Je pense aux images de presse d’«A bout de souffle» d’un certain Jean-Luc Godard. Cauchetier est mort centenaire il y a quelques semaines. Les «Rencontres» arrivent pour lui comme la grêle après les vendanges…

"A bout de souffle", par Raymond Cauchetier. Photo Succession Raymond Cauchetier, Rencontre d'Arles 2021.

Qui viendra aux «Rencontres», dont il faudra sans doute biffer la «Semaine» inaugurale qui rameutait les photographes de la Terre entière? C’est là le gros problème. Tout dépendra non seulement de la pandémie, mais de la porosité des frontières. Plus des envies. Et de l’état de l’hôtellerie-restauration locale. Il faudra vraiment vouloir, comme pour le théâtre en Avignon, à côté. Nous sommes en période d’attentisme. Et puis chat échaudé craint l’eau froide. Je me souviens d’avoir décommandé non sans mal mon gîte arlésien en 2020.

(1) Les vastes espaces sous le toit de Monoprix aussi. On y cuit sous le soleil, et le virus n’aime à ce qu’on dit pas la chaleur.

Pratique

Site www.rencontres-arles.com

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