Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Museum Tinguely révèle le Néo-Zélandais Len Lye, pionnier cinétique

Né en 1901 et mort en 1980, l'artiste a produit dans tous les domaines. Le cinéma expérimental surtout. Il a fini par proposer aux Etats-Unis des sculptures qui bougent.

Une image d'un des films abstraits de Len Lye.

Crédits: Len Lye Foundation, 2020.

Le nom ne vous dit sans doute rien. Pour moi, il restait jusqu’ici associé à des films expérimentaux, tournés dans les années 1930. Des courts-métrages, en fait publicitaires, que  les ciné-clubs de ma jeunesse projetaient entre les animations d’avant garde de l’Allemand Oskar Fischinger ou du Suédois Viking Eggeling et les premières réalisations du Canadien Norman McLaren. En  Nouvelle-Zélande, c’est une autre affaire. Len Lye (1901-1980) apparaît comme une gloire nationale. Depuis 2015, il possède du reste son musée à New Plymouth, construit par Patterson Associates. Un geste architectural. Le bâtiment ondulé est entièrement plaqué de métal, ce qui lui donne un peu l’aspect de dents couronnées d’argent. Un râtelier culturel, en quelque sorte...

Pour quelques semaines encore, Len Lye se retrouve au Museum Tinguely de Bâle, qui lui réserve la moitié de son rez-de-chaussée. Les films et les photogrammes, ces derniers créés à la manière de Man Ray, possèdent l’avantage d’être des multiples. Cela dit, il y a aux murs et dans des vitrines ds pièces uniques. Elle vont des batiks sur lin (ou sur soie) aux petites sculptures. La plupart de ces pièces remonte aux débuts de l’artiste, qui a vogué de la Nouvelle-Zélande et l’Australie jusqu’aux îles Samoa dans les années 1920. L’homme se trouvait alors sous une double influence. Il y avait les motifs tribaux et les avant-gardes européennes, auxquelles il a eu accès par des reproductions dans la presse. Mais, en réalité, tout se mélangeait déjà. Le tribal quittait alors le domaine dévalorisant de l’ethnographie pour servir de source d’inspiration aux plasticiens occidentaux.

Une carrière à Londres

En 29, Lye s’installe à Londres. C’est là qu’il accomplira le plus clair de sa carrière cinématographique. Ce sont pour l’essentiel de petits films abstraits en couleurs. Gasparcolor ou Dufaycolor. Des procédés depuis longtemps abandonnés. L’inspiration se fait de plus en plus libre, comme peuvent le constater les visiteurs du Museum Tinguely, qui se retrouvent face à d’énormes projections sur les murs blancs. Lye peint directement sur la pellicule. Il la gratte. Il produit aussi de l’animation à partir de poupées, ce qui lui réussit moins bien. Il y a même sur un moniteur un film de fiction, avec des acteurs (1), qui m’a semblé affreux. Des commanditaires, dont les postes, commanditent ces réalisations.

Len Lye dans les années 1940. Photo Len Lye Foundation, 2020.

Lye arrive à New York en 1944, où il donne d’autres petites bandes. L’exposition propose alors de lui les fameux photogrammes. Mais l’expérimentateur passe surtout à la sculpture, ce qui explique la présence du Néo-Zélandais en ces lieux. A la fin des années 50, Lye donne en effet des «tangibles». Il s’agit de pièces cinétiques que le visiteur peut toucher (mais pas au Museum Tinguely!). Elles se voient bientôt actionnées par un câble, qui les met en mouvement. Une simple agitation ou de lentes ondulations. On reconnaît immédiatement là une double parenté avec le plasticien suisse. Mêmes idées. Même moment. Mêmes procédés. Lye subit lui aussi la tentation de vouloir faire de plus en plus grand. Ses moyens et l’inintérêt du monde de l’art l’ont cependant empêché d’aller jusqu’au bout, ce qui vaut peut-être mieux. Lye avait prévu des «temples» d’une trentaine de mètres qui auraient envahi l’espace…

Et un autre extrait de film des années 1930! Photo Len Lye Foundation, 2020.

Montée avec l’aide de la Len Lye Foundation, créée par l’artiste peu avant son décès, l’exposition trouve donc son cadre idéal au Museum Tinguely. Ici tout bouge, mais au propre. Vous avez encore trois semaines environ pour découvrir cela. Profitez-en. Une nouvelle exposition Lye en Suisse me semble peu probable. Et la Nouvelle-Zélande, c’est loin…

(1) J'y ai reconnu avec tristesse Harry Langdon, qui avait été avec Chaplin, Keaton et Harold Lloyd, l'un des quatre grands comiques du muet américain. Langdon était déjà complètement déchu en 1938.

Pratique

«Len Lye, Motion Composer», Museum Tinguely, 2, Paul-Sacher Anlage, Bâle, jusqu’au 26 janvier. Tél. 061 681 93 20, site www.tinguely.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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