Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Museum Getty de Los Angeles est obligé de déclasser une sculpture de Paul Gauguin

Il s'agit sans doute d'un faux. La statue de bois achetée trois millions de dollars provient pourtant de chez Wildenstein. Un scandale de plus pour le musée milliardaire.

Le Gauguin à cornes

Crédits: Museum Getty, Los Angeles 2020.

L’affaire fait du bruit. Du moins chez les spécialistes. Une sculpture de Paul Gauguin (1848-1903) vient de se voir déclassée par le Getty de Los Angeles. Cette statue de bois, présentée comme un autoportrait symbolique avec des cornes, ne serait en réalité pas du maître. Un faux, en d’autres termes. Mauvaise affaire pour le musée le plus riche du monde, qui avait effectué cette emplette chez les Wildenstein pour environ trois millions de dollars en 2002. Les Wildenstein avaient encore bonne presse à l’époque… C’était avant leur mise à mort morale devant la justice française. On sait que celle-ci n’a finalement pas réussi à les faire condamner.

Exposée comme un trophée, l’œuvre de Gauguin soulevait depuis longtemps des doutes chez les experts français, comme le raconte en ce 27 janvier «Le Figaro». L’institution a fini par se rallier à ces points de vue négatifs. Le cartel porte maintenant les mots «artist unknown». Voilà qui fait moche pour une institution privée richement dotée certes (on parle d’un patrimoine financier de sept milliards de dollars), mais qui a le tort de souvent se tromper. C’est ici moins l’argent qui compte (le Getty en a tellement!) que la réputation.

L'affaire de l'athlète

L’histoire suit en plus celle de l’«Athlète de Fano». Un serpent de mer à tous les sens du terme! Des pêcheurs ont retrouvé ce bronze grec du IVe siècle avant Jésus-Christ en 1964 dans l’Adriatique. En zone internationale et donc libre, assure le Getty. Dans les eaux nationales, martèle l’Italie. Les procès en conciliation n’en ont pas fini de se suivre, sans pour autant tous se ressembler, depuis l’acquisition de l’œuvre en 1974 pour 3,9 millions de dollars. Le Getty a finalement refusé toute restitution aux Italiens en 2018. Ceux-ci avaient pourtant proposé une garde partagée, comme pour les enfants de divorcés.

"L'Athlète de Fano" du IVe siècle av. J.-C., attribué au sculpteur grec Lysippe. Photo Getty, Los Angeles 2020.

Il faut dire que le Getty souffre toujours de son audacieuse politique d’acquisition en matière d’archéologie, menée jadis par la conservatrice Marion True, la femme qui ne disait jamais la vérité. Ses relations suivies avec des fouilleurs clandestins du Sud de l’Europe avaien tfini par mener à un litige portant sur 350 objets. Quarante-deux d’entre eux s'étaient vus restitués en 2007. Il y a eu ensuite un procès croquignolesque. L’affaire avait été si lente à instruire que le gouvernement italien était arrivé comme la grêle après la vendange. Prescription! Marion avait ainsi dû se voir relaxée en 2010...

Mauvaise réputation

Les procédés utilisés alors par le Getty, prêt à dépenser n’importe quelle somme pour devenir l’équivalent du Louvre ou du «Met», l’ont alors durablement diabolisé. Tiens, à propos du diable! Ne serait-il pas aussi incarné par notre pseudo-Gauguin cornu?

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