Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Museo Poldi Pezzoli de Milan reçoit l'ultime Antonello da Messina en mains privées

D'attribution contestée, cette Madone lisant est connue depuis les années 1940. Elle rejoint dans un musée discret quelques sommets de Botticelli, Piero della Francesca, Pollaiolo ou Bellini.

"La Vierge lisant". C'est un tout petit tableau.

Crédits: Museo Poldi Pezzoli, Milan 2019.

Coïncidence? Quelques jours après l'ouverture au public de l'exposition Antonello da Messina au Palazzo Reale de Milan, le public apprenait le don au Museo Poldi Pezzoli de la dernière œuvre du maître encore en mains privées. Luciana Forti entendait ainsi honorer la mémoire de son père Mino. Elle a choisi comme d'autres (je citerai Margherita Visconti Venosta en 1973) cette institution plutôt discrète. Il faut dire que le célèbre Brera relève de l'Etat, et que l'Etat fait légitimement peur aux Italiens, qui n'en attendent du reste pas grand chose.

Comment se présente la peinture? Il s'agit d'un petit panneau, complet et en assez bon état. Le spectateur y voit une Madone lisant. Seule, à moins qu'on ne considère les angelots la surmontant comme autre chose que des apparitions symboliques. La peinture est connue depuis les années 1940. Roberto Longhi l'avait alors attribuée à Antonello, en fixant une date très précoce. Années 1460. Son intuition n'a pas été corroborée par l'ensemble des spécialistes. Les sceptiques ont parlé de copie d'époque, ou renvoyé l’œuvre à l'école de Valence (Valence Espagne bien sûr!). Il y a toujours des querelles de chapelles, même pour la peinture religieuse. On en sait aujourd'hui davantage grâce à la science. La radiographie a révélé en dessous une composition totalement différente, mais de la même main. Il s'agit d'un archange Saint Michel dans un bâtiment gothique. Pourquoi cette réutilisation? Il est bien clair que nous ne le saurons jamais.

Une rude concurrence

Posé sur un chevalet, le panneau se retrouve au Poldi Pezzoli dans une salle où la concurrence se fait rude. Il y a là deux des plus beaux Botticelli, un Piero della Francesca, un portrait de Mantegna, le profil de femme de Pollaiolo servant de symbole au musée, un rarissime Cosmè Tura, un Christ de Giovanni Bellini ou une Madone sur un trône due au tandem, aujourd'hui réhabilité, composé d'Antonio Vivarini et de son beau-frère Giovanni d'Alemagna. Si le Fra Angelico dans un coin a été rétrogradé, il n'en s'agit pas moins d'un chef-d’œuvre de son disciple florentin Zanobi Strozzi. Dans un tel voisinage, il faut pouvoir tenir le coup. L'Antonello, ou proche d'Antonello, le fait parfaitement.

Pratique

Museo Poldi Pezzoli, 12, via Manzoni, Milan. Tél. 00392 48 89 63 34, site www.museopoldipezzoli.it Ouvert de 10h à 18h, sauf le mardi.

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