Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée suisse de l'appareil photographique de Vevey raconte le siècle du Rolleiflex

L'ancien journaliste Jean-Claude Péclet montre ses variations avec un appareil datant de 1938. Il y a par ailleurs un développement sur ce qui fut l'une des Rolls du 8e art.

La forme caractéristique du Rolleiflex.

Crédits: DR.

On le connaissait comme journaliste. Le voici photographe. Jean-Claude Péclet se retrouve ainsi au Musée suisse de l’appareil photographique, situé à Vevey. L’homme présente ses «Bobines neuves». Un jeu de mots assez facile. Les sujets de ses portraits sont des jeunes qui posent ou qui manifestent. Pour le climat notamment. Il peut aussi s’agir de sportifs ou de joueurs vidéo. L’important est qu’ils «soient animés de passions» et «aient le sens du collectif». Bref. Qu’ils possèdent les qualités traditionnellement liées aux nouvelles générations. Un plus apparemment pour Péclet, inexorablement septuagénaire en 2020. Arrive toujours le moment où la jeunesse devient celle des autres.

L’exposition se loge comme toujours au dernier étage d’une institution comprenant deux bâtiments, reliés à ce niveau par une passerelle de verre. La première partie propose les images de Péclet, qui s’adonne désormais exclusivement à son ancien «violon d’Ingres». Il y a là deux sortes de clichés, pris au Rolleiflex. Les premiers sont tirés de manière classique sur papier baryté. Il y a ici la chimie mystérieuse du laboratoire. L’auteur agit dans le noir, avec juste une lumière rouge, comme jadis devant les maisons mal famées. Il est le maître d’œuvre jouant avec les bains. C’est lui qui choisit l’intensité du développement et décide d’éventuels flous. La seconde suite, qui se limite à huit grands portraits, utilise la technique du jeu d’encre. C’est moderne. Et donc plus contrasté. Plus brillant. A la limite de l’artificiel. Avec ce que la chose suppose d’un peu froid.

Une photo à hauteur des tripes

L’exposition ne fait pas que fournir des cimaises à un homme avec qui Luc Debraine, actuel directeur du Musée suisse de l’appareil photographique, a longtemps travaillé à «L’Hebdo» (dont Péclet fut rédacteur en chef). Il s’agit aussi de fêter les cent ans de Rollei en Allemagne, créé en 1920 par le financier Paul Franke et le constructeur Reinhold Heidecke. La firme a créé plusieurs modèles complexes avant d’aboutir en1928 au Rolleiflex 6x6, mis sur le marché l’année suivante. Une version plus simple de cet appareil haut de gamme se voit proposée dès 1933, année par ailleurs funeste pour l’Allemagne. Il y aura des perfectionnements continus par la suite. Jean-Claude Péclet travaille avec un exemplaire datable de 1938. Après la guerre, la maison bombardée repart lentement. Mais en 1957, elle compte à nouveau 2100 employés. Rollei tiendra son rang jusque dans les années 1970 avant de connaître faillites et rachats jusqu’en 2015.

La photo de Jean-Claude Péclet servant d'affiche.

Une série d’appareils, déclinée dans une vitrine au-delà de la passerelle, montre la continuité dans l’excellence. Pour le profane que je suis, les Rolleiflex tendent à se ressembler. Ils offrent ainsi la particularité de proposer une une photo faite avec les tripes. L’utilisateur tient son appareil au niveau du ventre. D’où un tout autre rapport avec le sujet. D’où aussi, explique Jean-Claude Péclet, l’étonnement des jeunes devant ces modèles ne faisant pas écran entre le photographe et le modèle. Notez que l’idée d’utiliser un film argentique ne les a pas moins surpris. Ne croyez pourtant pas à la mort définitive de la pellicule! Celle-ci tend aujourd’hui à refaire surface, même si c’est d’une manière marginale. Elle est devenue une niche. Abandonné en 2013, le Kodachrome existe à nouveau, vu la demande. Idem pour la pellicule noire et blanche de Fuji ou d’Ilford.

L’exposition, qui séduit surtout par son aspect historique (Péclet n’est tout de même pas Richard Avedon!), se voit complétée avec un petit film où la parole est donnée à l’un des derniers réparateurs de Rolleiflex, à l’atelier étonnant par sa profusion. Cet entretien n’apparaît cependant pas très encourageant. L’homme ne se voit aucun successeur…

Pratique

«Bobines neuves», Musée suisse de l’appareil photographique, 99, Grande Place, Vevey, jusqu'au 23 août. Tél. 021 925 34 80, site www.cameramuseum.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h30.

N.B. Vous me ferez remarquer que j'aurais plutôt dû me concentrer sur les photos de "Black Art Matters" à Zurich. Tout le monde en parle. Eh bien  justement! Il y a assez eu d'articles sur cet événements en Suisse romande sans que j'y ajoute ma petite voix. La pluralité, c'est aussi quand il y a plusieurs sujets traités en même temps.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."