Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Rodin de Paris doit compter en 2020 sur des tirages de bronzes pour survivre

Le trou dans la caisse s'annonce énorme. L'institution n'est presque pas subventionnée. Elle accueille avant tout des touristes étrangers, dont beaucoup d'Américains.

"Le Penseur" dans le parc de l'ancien Hôtel Biron.

Crédits: Bertrand Guay, AFP.

Le Musée Rodin a rouvert le 7 juillet. L’institution parisienne (il existe un autre Musée Rodin à Meudon) craint néanmoins le pire pour 2020. Contrairement au Louvre, à Beaubourg ou à Orsay, ce musée national ne bénéficie pas du robinet à subventions. A sa mort en 1917, le sculpteur avait laissé ses droits moraux à la France. Son musée est donc supposé vivre en grande partie des fontes de ses bronzes. Ce qu’il y a de merveilleux, par rapport aux statues de marbre, c’est que ces derniers peuvent devenir des multiples. Rodin avait prévu douze exemplaires pour chaque modèle.

Bien sûr, au fil du temps, les «Penseur», les «Bourgeois de Calais» ou le «Balzac» ont été épuisés. L’ancien Hôtel Biron n’en conserve pas moins 6775 sculptures, ce qui lui permet de voir l’avenir sereinement. Il se trouve toujours un Coréen, un Américain ou un Japonais pour passer commande d’une grosse pièce. Comme le signale Catherine Chevillot, directrice du musée, il existe aujourd’hui encore trois possibilités pour se faire tirer une «Porte de ’enfer» complète. Il suffit de mettre le prix pour obtenir ce qui constitue légalement une œuvre originale. Les esprits chagrins, dont je fais partie, se posent tout de même des questions. 1917, c’est loin. Certaines patines apparaissent en plus désagréablement chocolatées. Bref, il y a Rodin et Rodin.

Réservation conseillée

Pour 2020, le musée s’attendait à une bonne année. Il avait même prévu un bénéfice de 1,4 million d’euros en comptant les tirages, les revenus de la boutique et la location de certains espaces pour des événements privés. Seulement voilà! Tout est tombé à l’eau. Catherine Chevillot a maintenant peur d’un gros trou dans sa caisse. Trois millions d’euros sur onze de budget. Un vide ne pouvant se voir comblé que par des demandes supplémentaires d’amateurs peu regardant sur la date des fontes. Le musée va en mettre prochainement 130 nouvelles sur le marché. Un record.

Pour ce qui est des visiteurs, autre manne financière pour l'ex-Hôtel Biron, le profil se fait bas. J’ai été regarder sur le site le jour de la réouverture. La réservation n’est pas obligatoire, mais simplement conseillée. Autant dire qu’avec une jauge diminuée des deux tiers, l’institution part pessimiste. Il faut dire qu’il s’agit d’une des lieux parisiens où le public exotique se révèle le plus abondant. En temps normal, le Musée Rodin compte 75 pour-cent de visiteurs étrangers, dont un tiers d’Américains. Autant dire qu’il faudra plusieurs années pour remonter le courant.

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