Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Réattu d'Arles rend hommage à Graziano Arici, photographe et archiviste

Le Vénitien est présent avec 400 images, dont celle de sa dernière série. Terminé en 2020, "Le Grand Tour" montre une Italie ravagée par le tourisme.

Rome. Une image pour une fois détendue. L'affiche de l'exposition.

Crédits: Graziano Arici, Musée Réattu, Arles 2021.

Aïe… Voilà qui fait mal. La meilleure exposition selon moi des «Rencontres» d’Arles ne fait pas partie du festival. Ouille… Elle ne se voit même pas annoncée dans le programme de ses «Satellites». Pour la voir, il faut donc savoir. Enfin plus ou moins... Le Musée Réattu, qui semble en froid avec l’organisation de ce «Cannes de la photographie», a toujours formé un lieu hautement recommandable. Le bâtiment, une ancienne commanderie de l’Ordre de Malte, reste admirable. Ses fenêtres offrent la plus belle des vues sur le Rhône. Bien gérés, ses espaces réalisent enfin toujours du nouveau, en dépit de collections modestes. On fait ici de pauvreté vertu. Exactement le contraire de la nouvelle Fondation Luma, dont je vous parlerai bientôt.

La gare de Milan. Photo Graziano Arici, Musée Réattu, Arles 2021.

Le Réattu s’intéresse au 8e Art depuis 1965, comme je vous l’ai déjà raconté. Il est alors devenu le premier musée de France à se former une collection. Un bel ensemble. A l’époque, la photo ne valait encore rien. Chaque été, l’institution propose par ailleurs une exposition intéressante. Il y en a même deux cette année. Avant de partir pour Rome sans avoir pu montrer en 2020 son dernier Arles, le directeur des Rencontres Sam Stourdzé lui a remis une trentaine d’images de Dorothea Lange, la légendaire historiographe de la Grande Dépression américaine. Pas des «vintages», il ne faut pas rêver! Mais de très honnêtes tirages modernes d’après les négatifs originaux. Il convient qu’un œuvre aussi important continue à se diffuser.

Un regard très sombre

Le copieux, que dis-je énorme accrochage (400 pièces!) se voit cependant consacré à Graziano Arici. Un homme dont le nom n’est guère familier, même à ceux fréquentant assidûment les centres d’art. Arici est né en 1949 à Venise. Il constitue pourtant l’anti Fulvio Roiter. Autant ce dernier magnifiait sa ville, non sans accommodements avec la réalité, autant Arici regarde dans ses travaux personnels le monde avec des yeux terribles. Son dernier ensemble, intitulé «Le Grand Tour» (2018-2020), montre ainsi une Italie ravagée par le tourisme de Milan à Palerme. Rien à voir avec le bariolage volontairement kitsch de Martin Parr. Utilisant pour une fois la couleur, Arici l’applique par aplats sur un tableau de fond très noir. Presque caravagesque. Il y a là des images superbes, toujours carrées, et volontiers exécutées avec un portable. Comme quoi on peut!

Partout des SDF ou des clochards. Photo Graziano Arici, Musée Réattu, Arles 2021.

Avant d’accéder à cette longue suite, montrée sous les toits, le visiteur a pu découvrir aussi bien des polaroids presque abstraits qu’un extraordinaire panorama (volontiers nocturne) de l’Europe des détritus. Déchets physique jonchant les rues. Poubelles débordantes. Mais aussi, au milieu du monceau d’emballage vomi par une société d’abondance, des êtres humains. SDF. Clochards. Nouveaux précaires. Leurs silhouettes fantomatiques finissent par se confondre avec ce qui reste des choses. Notons cependant qu’Arici, en bon Vénitien, préfère les vieux quartiers un peu lépreux aux banlieues standardisées par la médiocrité architecturale. Nous sommes avec lui toujours proches de la peinture, même si l’artiste se réclame du bien plus sobre Walker Evans.

"Lost Objects". Photo Graziano Arici, Musée Réattu, Arles 2021.

Pourquoi maintenant le Musée Réattu? Par goût bien sûr. Mais aussi parce qu’Arici, quittant sa ville natale, s’est installé à Arles en 2012. Un choix. L’homme, qui a aussi fait beaucoup de photos commerciales, a cependant donné en 2017 ses archives au Querini Stampaglia de Venise. Il ne faut pas comprendre par là les négatifs et des tirages issus de sa seule production. Collectionneur né, l’artiste a acquis nombre de fonds de ses collègues, voire d’agences entières (1). La chose explique que l’ensemble livré à la bibliothèque du Querini dépasse le million et demi de clichés. Il serait pourtant bon que l’homme n’oublie pas dans ses largesses le Réattu. Le musée, que personne n’aide financièrement, et surtout pas les mécènes bobo de la ville, le mérite largement.

(1) Dont les photos, devenues grâce à lui iconiques, des "Mostra" du cinéma de la grande époque.

Pratique

«Graziano Arici», «Dorothea Lange», Musée Réattu, 10, rue du Grand-Prieuré, Arles, jusqu’au 3 octobre. Tél. 00334 90 49 37 58, site www.museereattu.arles.fr Ouvert de 10h à 18h (dès novembre jusqu’à 17h)

Graziano Arici, Photo DR.

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