Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Réattu d'Arles présente "We Were Five". La photo à Chicago vers 1960

En 1961, un numéro de revue avait regroupé cinq étudiants appelés à un bel avenir. Voici l'exposition rétrospective, organisée par un musée manquant cruellement de moyens.

L'une des images prises dans la rue par Joseph Sterling.

Crédits: Joseph Sterling, Galerie Françoise Paviot, Musée Réattu, Arles 2019.

Difficile de savoir à Arles ce qui s'intègre aux «Rencontres» photographiques, ce qui se situe dans le «off» (plus de 140 accrochages cette année) et ce qui fait cavalier seul. Il semble bien que cette fois le Musée Réattu ne fasse pas partie des festivités. Je m'en choque. Ouverte en 1868 dans la merveilleuse commanderie des Chevaliers de Malte, l'institution doit survivre dans des conditions difficiles, alors qu'Arles croule sous le fric des privés. Elle n'en continue pas moins son travail, vu qu'elle a retrouvé après vacance un directeur en la personne de Daniel Rouvier.

Cet été, outre une exposition Annabel Aoun Blanco qui me laisse un peu froid, le Réattu se penche ainsi sur des photographes américains des années 1950 et 1960. «We Were Five», dont le commissariat est partagé par la galeriste Françoise Paviot, raconte l'aventure de cinq débutants. Le quintet s'est vu regroupé en 1961 dans la revue «Aperture», créée en 1952. Elle mettait ainsi en exergue cinq étudiants de l'Institute of Design de Chicago. Une école dérivant un peu du Bauhaus, avec l'ombre tutélaire de Lazlo Moholy-Nagy. La fine équipe avait été sélectionnées par Harry Callahan et Aaron Siskind. Autrement dit des gens alors importants. Ils avaient réunis dans cette édition, dont l'écho s'est révélé durable, Joseph Sterling, Ray K. Metzker, Joseph Jachna, Kenneth Josephson et Charles Swedlund.

Nombreux prêts

Présentée sous les toits (avec une superbe vue plongeante sur le Rhône), l’exposition regroupe bien sûr des tirages originaux. Ils viennent d'un peu partout. Il y a ici des prêts d'institution parisiennes comme le Centre Pompidou ou la Maison européenne de la photographie. Mais il a fallu faire l'appoint aussi bien avec des galeristes connus (Howard Greenberg, par exemple) que des collectionneurs réputés (Sondra Gilman & Celso Gonzalez-Falla, dont une partie de l'ensemble a été vue à l'Elysée lausannois). L'accrochage se révèle fort bien fait. Il détache des individualités sans pour autant s'écarter de l'idée de groupe.

Le Réattu a autrement un peu renouvelé son accrochage. Il serait cependant bon que ce musée pionnier en France pour le 8e art bénéficie de réels moyens financiers. Il a un illustre passé. Avec Michèle Mustashar, il a connu une directrice d'exception, capable à la fois de gérer un fonds ancien et des s'intéresser aux recherches de pointe en matière d'art contemporain (le sonore, notamment). Magnifique, le lieu se révèle de prime vaste, chaleureux et accueillant. Alors pourquoi doit-il toujours rester le parent pauvre? J'ai lu à l'entrée les noms des mécènes et donateurs. Je me suis étonné (c'est comme cela que l'on dit) de ne pas y voir trouvé Maja Hoffmann. Quand on débourse 150 millions pour créer une usine à gaz construite par Frank Gehry, on devrait avoir les moyens de faire un petit chèque pour le Réattu. En tout cas, c'est ce que je pense.

Pratique

«We Were Five», Musée Réattu, 10, rue du Grand Prieuré, Arles, jusqu'au 29 septembre. Tél. 00334 90 49 37 58, site www.museereattu.arles.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h jusqu'au 31 octobre. Au delà, Jusqu'à 17h seulement.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."