Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée National de Zurich se penche sur les femmes et leurs droits politiques

Cinquante après le tardif octroi du vote et de l'éligibilité, l'institution nous livre un de ces grands brassages dont il a l'habitude. Tout se perd dans le trop.

L'affiche en pointillé de paragraphes légaux.

Crédits: Landesmuseum, Zurich 2021.

Ce n’est plus «l’année de la femme», comme l’avait décrété en 1975 l’Organisation des Nations Unies. Ce serait plutôt l’année des femmes. Un pluriel qui fait toute la différence. «Elles» se retrouvent dans tous les musées cette année. Question de sensibilités. Progressive féminisation des équipes muséales. Affaire d’opportunisme aussi. Tout le monde n’a pas écouté d’un coup les «Guerilla Girls», ces filles coiffées d’une tête de singe se battant depuis des décennies pour être exposées en tant qu’artistes et non plus de modèles nus. Il ne faut pas oublier la pression ambiante. Elle se révèle d’autant plus amusante à regarder aujourd’hui qu’à la tête des entités subventionnantes, on a souvent la couille molle. Elles suivent le mouvement.

Je vous ai déjà parlé début mars de la présentation du Musée historique de Lausanne. Conçue par un trio (mixte) de commissaires, elle s’intitule «Qui de neuf Pussyhat?» Le parti-pris adopté en Pays de Vaud est celui d’une certaine insolence. Du regard neuf. D’un humour parfois décapant. Vous pouviez bien vous imaginer que le Musée National Suisse reste plus consensuel dans sa maison mère de Zurich. Organisé à l’occasion des cinquante ans de la votation du 7 février 1971 (1), «Femmes.Droits» avance en effet... tout droit. Le parcours commence à la fin du XVIIIe siècle pour se terminer aujourd’hui, sans trop envisager demain. Il prend comme point de départ la peintresse Angelica Kaufmann, Suzanne Necker parlant du suicide dans un livre de 1794 et la Révolution française, qui ne gâtera pas vraiment les femmes. Une incursion en terre étrangère. La seule. Contrairement à l’exposition lausannoise, la zurichoise se déroule dans une institution nationale, relevant en plus de l’État central… Suisse d'abord!

Accumulation

Le gros du parcours va montrer les luttes pour un salaire décent, une réelle instruction et des droits politiques. Un conflit sans fin. La Suisse ne participant pas aux deux guerres mondiales, il n’y aura d’électrochoc ni en 1918, ni en 1945. Le travail pour toutes sera resté une simple parenthèse. La femme reste après comme avant une mineure qu’il s’agit de contrôler. Le patriarcat, dont chacune semble aujourd’hui vouloir écraser les vestiges, fonctionnait à plein régime jusque dans les années 1960. Une chose qui n’empêchait pas les usines, alors en pleine expansion, de fonctionner en grande partie avec des ouvrières. La femme au foyer restait en effet un objet de luxe. Deux salaires n’étaient normalement pas de trop dans un couple, la célibataire gardant mauvaise réputation. Une coureuse ou un bas-bleu.

Rien qui remette les idées vraiment en question dans cette présentation proposée dans le cadre ingrat de la nouvelle aile «super-béton» des architectes Christ et Gantenbein. C’est comme d’habitude, quand le sujet se révèle trop vaste pour un tel cadre, une accumulation d’œuvres, de cartels en quatre langues et de gros panneaux écrits avec d'énormes lettres (histoire sans doute de donner à «Femmes-Droits» un air de manifestation dans la rue). Il y a donc trop de tout dans les mètres carrés impartis. L’œil s’y perd. Fallait-il vraiment déplacer un tableau signé Louise Breslau du MCB-a de Lausanne pour le mettre à six mètres du sol? N’eut-il pas fallu un peu de recul pour mieux voir l’écran où défilent les Suissesses que les visiteurs se devraient de mieux connaître? Et à quoi sert à propos le lit de repos géant, dû à Pipilotti Rist, qui clôt le parcours? Signifie-t-il que les femmes ne doivent pas s’endormir sur leurs lauriers? Sur le plan de la politique traditionnelle, celle des des élections, leur part tend en effet à diminuer au lieu d’augmenter…

Pour des sujets plus concis

En un mot, ou plutôt en six, les femmes méritaient mieux que ça. Le résultat se révèle aussi insatisfaisant que lors de la précédente présentation en ces lieux, sur le thème symétrique, de «L’homme fatigué». Il faudrait sans doute que le Musée National se limite à des thèmes plus concis. Plus maîtrisables. Toujours dans l’aile Christ et Gantenbein, l’exposition féministe de l’an dernier sur les nonnes au Moyen-Age (avec des clins d’œil à aujourd’hui) se révélait tout simplement remarquable. Elle faisait pour une fois le tour du sujet.

(1) La votation en question accordait enfin aux femmes le droit de vote sur le plan fédéral. Mais pas forcément cantonal. Appenzell tiendra bon jusqu’en novembre 1990!

Pratique

«Femmes.Droits», Landesmuseum, 2, Museumstrasse, Zurich jusqu’au 18 juillet. Tél. 044 218 65 11, site www.landesmuseum.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h, le jeudi jusqu’à 19h.

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