Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Jacquemart-André de Paris en revient au pointillisme de Paul Signac

L'exposition connaît un gros succès. Elle correspond aux désirs du public réel. Reste que l'artiste se révèle surfait par rapport à ses contemporains.

Le paysage de Saint-Tropez, où Signac a longtemps vécu, faisant l'affiche.

Crédits: DR.

C’est l’éternel retour. Pour des raisons éminemment commerciales, certains artistes reviennent sans cesse sur les cimaises. Surtout dans les musées privés. Il faut à leurs visiteurs, qui se révèlent surtout des visiteuses, une peinture heureuse et claire, sans trop de préoccupations intellectuelles. Rien que du bonheur! D’où une faiblesse, parfois coupable, pour les impressionnistes et post-impressionnistes. Ils viennent parler à un public plus tout jeune du «bon vieux temps».

"Moulin à vent dans les Flandres" du Belge Théo van Rysselberghe, qui fit un temps partie du mouvement pointilliste.

Paul Signac fait partie de ces noms à répétition. Je vous ai parlé de ses rétrospectives à Montpellier en 2013 et à l’Hermitage de Lausanne trois ans plus tard (1). Je pourrais ajouter que Signac est longtemps resté un des chouchous du Musée d’Orsay. Rien à cela que de très logique. L’artiste était le grand-père de Françoise Cachin, première directrice de l’institution parisienne. Le problème, c’est que revoir fait réfléchir. J’ai ainsi toujours eu davantage la sensation de me retrouver face à un créateur surfait. Et ce n’est pas l’actuelle présentation du Musée Jacquemart-André de Paris qui va me faire changer d'avis. Il faut dire qu’il s’agit là d’un accrochage paresseux. Tout provient de la même collection privée, «formée sur plusieurs générations.» Un ensemble qui provient sauf erreur de Suisse.

Harmonies colorées

A vrai dire, dans cette exposition embrassant le pointillisme en général, Paul Signac (1863-1935) ne forme que la figure dominante. Si Georges Seurat (1859-1891), artiste rare s’il en est, ne figure ici que par deux de ses magnifiques dessins au crayon Conté (1), l’étage sous le toit formant le lieu d’exposition du Musée Jacquemart-André abrite donc en regard les autres disciples du mouvement. Un mouvement par définition minutieux et lent. Couvrir une toile de petits points colorés, discordants vus de près, prend beaucoup de temps. D’où du reste des défections à l’époque. Il y a notamment eu celle de Camille Pissarro. Au fil des ans, les touches de Signac se feront du reste de plus en plus larges. Ce seront, comme le dit le sous-titre actuel, des «harmonies colorées». Comme bien des peintres de son temps (Renoir, Matisse...) l’homme a en effet passé des grisailles du Nord et de Normandie à la lumière du Midi.

"L'arbre en fleurs" d'Achille Laugé. Photo DR.

Dans les salles souvent bondées, le public retrouve donc des signatures moins populaires que celle de Signac, même si Henri-Edmond Cross (1856-1910) apparaît lui aussi bien connu. Je citerai Achille Laugé (1861-1944), Louis Hayet (1864-1940), Maximilien Luce (1858-1941) ou Georges Lemmen (1865-1916). Des gens souvent capables du meilleur, si l’on pratique le bon choix. Mieux vaut un bon Laugé, auteur de choses magnifiques comme ici «L’arbre en fleurs», qu’un mauvais Signac. Or ce dernier, après un temps de grâce autour de 1888-1890 (pensez au fabuleux portrait de Félix Fénéon!), s’est vilainement relâché après 1900. Ses Venise répétitifs ne sont selon moi supportables que parce qu’ils valent encore très cher. L'argent sanctifie.

Botticelli à l'automne

Décevant, forcément décevant, le Signac de Jacquemart-André (signé par Pierre Curie et Marina Ferretti Bocquillon) marque en fait une pause ou plutôt un repos. Dès le 10 septembre, si tout va bien, le musée s’attaquera à un gros morceau. Ce sera «Botticelli, Un laboratoire de la Renaissance». Il s’agira de faire oublier à Paris la rétrospective conçue pour le Luxembourg par Daniel Arasse en 2003 peu avant sa mort. Or Arasse, reste sans doute le plus grand historien de l’art italien (un théoricien plus qu’un expert) de la fin du XXe siècle…

(1) Elle est ensuite allée à Lugano.
(2) Il signe notamment une feuilles intitulée selon les jours «La concierge», «La maquerelle» ou «La bonne». Il faudrait savoir...

"La Forge" de Maximilien Luce, l'une des rares peintres français s'étant intéressé ou monde industriel et ouvrir. Photo DR.

Pratique

«Signac, Les harmonies colorées», Musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris, prolongé jusqu’au 26 juillet. Tél. 00331 45 62 11 59, site www.musee-jacquemart-andre.com Ouvert tous les jours de 10h à 18h, le lundi jusqu’à 20h30.

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