Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée international de la Réforme va bientôt fermer à Genève ... mais provisoirement

Vous avez jusqu'au 1er août pour voir sa version actuelle. Travaux ensuite. Le MIR nouveau devrait être accessible dès l'automne 2022.

Gabriel de Monmollin dans le cadre de l'exposition sur Calvin en Amérique.

Crédits: Tribune de Genève.

Le Musée international de la Réforme va fermer. Là, tout de suite. Vous avez jusqu’à dimanche pour le voir dans son actuelle configuration. Celle qui avait été voulue alors que l’institution, menée à bon port par Olivier Fatio et Françoise Demole, était dirigée par Isabelle Graesslé. C’était il y a quinze ans. Une petite éternité. Cela dit, les amis du MIR n’auront pas trop à attendre pour découvrir sa nouvelle mouture. Les travaux devraient se terminer l’été prochain déjà pour une réouverture à l’automne. Avec des changements majeurs. J’ai demandé à Gabriel de Montmollin, à la tête du musée depuis 2017, de m’expliquer le pourquoi du comment.

Gabriel de Montmollin, comment en êtes-vous arrivé au chantier actuel?
Pour une raison pratique. L’Église protestante, qui est la propriétaire de la Maison Mallet où se trouve le MIR, a décidé il y a trois ou quatre ans de restituer la cour à ses locataires. C’était là notre entrée. Il nous fallait trouver un autre accès, d’où une réflexion sur ce que j’appellerai cet «impondérable». Un mandat a été donné aux architectes Christ (un nom qui s’imposait au MIR!) & Gantenbein. Le tandem qui a construit le nouveau Kunstmuseum de Bâle et l’aile en béton du Landesmuseum de Zurich. Leur idée a été de déplacer les circulations à 180 degrés. L’entrée se situera dorénavant en haut du perron. La chose nous donnera davantage de visibilité. Certains visiteurs éprouvaient de la peine à découvrir la cour, tandis que nos vitres teintées donnaient toujours l’impression du bâtiment fermé. Comme quoi le malheur a parfois du bon.

Françoise Demole, qui est longtemps restée la cheville ouvrière du usée. Photo Tribune de Genève.

Vous avez parlé de circulations…
A partir d’un perron central, il y aura l’aile Nord et l’aile Sud. La première sera réservée, avec ses sous-sols, aux collections permanentes. La seconde aux expositions temporaires. Celles-ci posaient jusqu’à aujourd’hui un gros problème. Il nous fallait dégager de l’espace pour les installer, ce qui ne sera plus le cas. Nous allons gagner au passage cent mètres carrés, ce qui vu l’exiguïté de nos surfaces anciennes n’apparaît pas négligeable. Tout cela suppose bien sûr une autre répartition des œuvres nous appartenant et de celles dont nous font bénéficier divers prêteurs.

Qu’est-ce qui change?
Nous gardons le principe chronologique et thématique. Tout commencera toujours avec le XVIe siècle, suivi de la bibliothèque Barbier-Mueller sur les Guerres de Religion, la suite allant jusqu’au XVIIIe. Une certaine place se verra ainsi consacrée au Refuge ou au Désert. Le XIXe nous apportera encore une belle iconographie, mais il nous faudra évoquer la suite en se servant au mieux des techniques audiovisuelles. Il y a dès lors moins à montrer. Le changement se fera dans une certaine continuité. Nous allons réformer, comme le suggère le nom du MIR, mais pas révolutionner. C’est la fin du premier Musée international de la Réforme, mais pas sa disparition.

Et la partie temporaire?
Nous aimerions pouvoir l’inaugurer au moment de notre réouverture. Pour le moment, nous réfléchissons surtout aux espaces fixes, que nous souhaiterions internationaux naturellement, mais aussi nationaux. D’où des contacts amorcés de manière positive avec Zurich et Berne. Il y a du reste un projet d’exposition sur la première combourgeoisie entre la Genève de l’après Calvin et Zurich. Un autre concerne Jean de Léry, le premier ethnologue. Ce pasteur envoyé au Brésil en 1557 a publié en 1578 un livre formidable sur les tribus qu’il y a rencontrées. Il les décrit sans jamais les juger. On verra. Les choses vont se décanter ces prochains mois.

Le Temple du Paradis de Lyon, que l'on devrait retrouver dans la prochaine scénographie du musée. Photo DR.

Christ & Gantenbein se chargeront-ils aussi des scénographies?
Non. Celles-ci sont confiées au duo Alain Batifoulier et Simon de Tovar. Ces Français ont l’habitude de travailler dans des édifices historiques, comme l’est la grande Maison Mallet, construite au début du XVIIIe siècle. On les a vu à l’œuvre au Musée Victor-Hugo ou au Musée d’art et d’histoire du judaïsme de Paris. Le tandem sait trouver des solutions ne se révélant pas dommageables pour le décor ancien.

Quel est le budget global pur la transformation du MIR?
Environ deux millions.

Que va-t-il se passer maintenant?
Dès lundi, nous démontons la présentation actuelle. Nous rendons les œuvres empruntées à leurs dix-neuf propriétaires. Parfois provisoirement. Nous aimerions bien récupérer certaines d’entre elles. Il y aura donc des convoyages vers le Musée d’art et d’histoire ou la Bibliothèque de Genève. La plupart des 1800 numéros nous appartient cependant, avec beaucoup d’œuvres tenant souvent de la simple documentation. L’ensemble se verra confié à la Fondation Bodmer, qui va nous accueillir gracieusement. Le chantier proprement dit s'ouvrira le 1er septembre.

La Maison Mallet, à côté de la cathédrale. Photo Ville de Genève.

Et que devient le personnel pendant ce temps?
C’est le point noir de l’affaire. Nous avons dû donner leur congé à des gens très liés à la vie du musée, et ce depuis longtemps. Notre équipe était composée de neuf personnes. Il ne va provisoirement en rester que cinq. Nous restons une institution privée. Les subventions du Canton ne représentent que le quatre pour-cent de notre budget.

Pratique

Musée international de la Réforme, 2, rue du Cloître, Genève, visible jusqu’au dimanche 1er août. Tél. 022 310 24 31, site www.musee-reforme.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

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