Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée historique de Lausanne montre une nouvelle fois ses photographies en XL-2

Après l'espace urbain en 2014, voici "l'humain". Un vaste programme qui a dû se résumer en 28 images, choisies sur le million de clichés que possède l'institution.

L'affiche avec un des cavaliers de Francis de Jongh.

Crédits: Musée historique, Lausanne 2020.

Depuis qu’elle est devenue «plasticienne», la photographie a la grosse tête. Il lui faut des surfaces de plus en plus grandes. Pensez à celles d’«Images» à Vevey, dont je viens de vous parler. Les façades de certains immeubles se voyaient recouvertes en septembre de tirages verticaux mesurant jusqu’à cinq cents mètres carrés. Un «terrain» qui, mis à plat, serait presque assez grand pour loger une affreuse petite villa genevoise crépie de blanc et son jardinet dans une pseudo campagne!

"Banquet des fêtes de l'inauguration du Simplon, 28 mai 1906". Photo anonyme. Musée historique, Lausanne 2020.

Le Musée historique de Lausanne (MHL) ne va pas aussi loin, bien sûr. Il se limite à des agrandissements mesurant dans les deux mètres sur trois. Il s’agit là de dimensions XL et non pas XXL, comme le précise du reste le titre de l’exposition. Pour tout dire, ces lettres en capitales se voient ici suivie par un 2 en chiffre romain. L’institution dirigée par Laurent Golay a remis le couvert. Il y a eu une première édition en 2014, centrée sur les espaces urbains. Le musée n’avait alors pas encore été remis à neuf. Un autre sujet refait maintenant surface six ans plus tard. Le choix s’est effectué autour du thème, plutôt vaste, de «l’humain». Il y aura sans doute une suite. Il faut dire que le MHL a de quoi faire. Il conserve près d’un million d’images, ce qui fait beaucoup pour une cité abritant par ailleurs les collections de l’Elysée et de la Cinémathèque suisse. Et quand de pense que Genève a le toupet de se considérer comme LA ville de la photographie en Suisse romande…

Petit journal à la main

Comment l’accrochage se présente-t-il? Mais simplement à l'aise dans l’espace temporaire, pourtant limité, du MHL! Un trio de commissaires composé de Diana Le Dinh, Sarah Liman Moeri et Line Rochat a procédé au choix, forcément restreint. Il y a en tout place pour vingt-huit bâches comportant chacune une image, qu’il a été décidé de faire «exploser». Pas de texte, à part quelques lignes d’introduction. Le visiteur se promène avec un petit journal lui disant (presque) tout. Il s’agit surtout de situer pour lui le lieu et l’action. Mais il devient parfois question de contexte archivistique. «Cette image fait partie d’une série de trente-deux clichés en verre...» Le texte peut à l'occasion comprimer l’information, très abondante. Il lui arrive aussi de la diluer. Pour «Le repas des chasseurs, vers 1905», les historiens ne savent par exemple rien. Ni le nom de l’auteur. Ni le lieu exact. Ni l’identité des convives rassemblés autour d’un lapin en carton. La photo, comme bien d’autres, est parvenue vierge de toute information dans les collections du Vieux-Lausanne.

"Poste de police de Saint-François, 1931" par Emile Gos. Photo Succession Emile Gos, Musée historique, Lausanne 2020.

Pour réussir une telle exposition, les conditions me semblent simples. Il faut au départ une photo. Ancienne, de préférence. Le public actuel a pris l’habitude de voir «éclater» une production numérique actuelle afin de créer une affiche ou un mur coloré. Il convient ensuite d’avoir de multiples personnages dans le cadrage. Une condition qui n’est pas toujours respectée ici. La «Traceuse de Parkour Lausanne», surprise en 2019 par Christiane Nill, reste ainsi seule. L’agrandissement à l’échelle 1/1 n’ajoute donc pas grand-chose comme données. Il faut ensuite une netteté parfaite du cliché original. Là, la «Grève des femmes» montrée en 2019 par Nora Rupp laisse à désirer. Un peu floue. Il ne faut pas oublier que le 8e art régresse souvent depuis la plaque de verre. Une certaine cohérence géographique semble enfin souhaitable. Dans ces conditions, que viennent faire au MHL le couple chinois des années 1860 et la femme en mouvement dans une rue de San Francisco en 1983? Mystère.

La gymnastique et la police

Un enfant de dix ans aurait selon moi compris ces règles implicites du jeu. Trois commissaires adultes apparemment pas. D’où une impression d’habit d’Arlequin. Certaines découvertes viennent heureusement contre-balancer ces flottements. Je pense au «Trophée lacustre» immortalisé par Henri Fontannaz vers 1920 à Ouchy. Aux cavaliers déguisés en jockey de Francis de Jongh qui font l’affiche. A la «Salle de gymnastique» anonyme montrant des athlètes amateurs autour de 1900. Au «Poste de police» de Saint-François vu par Emile Gos (1) en 1931. Là, le passage à la grande taille se justifie. Là, des tas d’informations supplémentaires se voient révélées. Là il y aurait de quoi susciter l’intérêt, ou du moins la curiosité, des plus jeunes. Une telle exposition ne vise en effet pas qu’à créer un accrochage ne coûtant pas trop cher. Vous l'avez bien compris. Elle entend attirer un nouveau public, celui des adolescents. Un pari qui n’a à l’heure actuelle rien de gagné. A moins que chacun se mette sur le tard à visiter les musées!

(1) Je vous ai récemment parlé de l'exposition sur la famille Gos. Elle se tient en ce moment à la Médiathèque Valais de Martigny.

Pratique

«Lausanne XL-2», Musée historique, 4, place de la Cathédrale, Lausanne, jusqu’au 29 novembre. Tél. 021 315 41 01, site www.lausanne.ch/mhl Ouvert du mardi au dimanche de 11h. à 18h.

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