Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Guimet propose à Paris trois trésors japonais médiévaux venus de Nara

Les Japonais ont autorisé dans le cadre de l'année que la France leur dédie la sortie de ces trois pièces conservées dans un temple du VIIIe siècle. A découvrir assez rapidement.

L'un des deux gardiens.

Crédits: Musée Guimet, Paris 2019.

Ils sont deux, musclés comme des damnés de Michel-Ange ou des danseurs de Maurice Béjart. Ce sont des gardiens du temple, au sens propre. Ces grandes statues de bois ont été exécutées au XIIIe siècle pour un sanctuaire de Nara, l'ancienne capitale. Classé sur la liste de l'Unesco en 1998, le Kufuku-ji, construit en 710, contient comme cela un certain nombre de trésors nationaux. Pour marquer l'année qui leur est vouée par la France, les Japonais en ont du coup prêté un troisième. Il s'agit d'un Bodhisattva du IXe siècle, taillé base comprise dans un seul tronc d'arbre. Une sculpture monoxyle donc, même si le grec doit rester de l'hébreu pour les Nippons.

C'est en bonne logique le Musée Guimet qui accueille ces trois chefs-d’œuvre, le Bodhisattva se révélant tout de même moins spectaculaire pour les profanes dont je suis. Les sculptures se voient présentées avec les exigences des Japonais en matière de conservation. Peu de temps et dans la pénombre. Le lieu choisi est la rotonde de l'institution, vestige de son décor au moment de l'ouverture en 1889. Un endroit où flotte encore l'ombre de Mata-Hari. Cette dernière y a présenté ses danses pseudo javanaises en 1905, avant de devenir l'espionne que l'on sait. Je ne résiste pas à l'envie d'en publier une photo.

Mata-Hari dansant dans la rotonde du Musée Guimet en 1905. Photographe inconnu.

Mais revenons aux statues de Nara. Un grand panneau, au texte hérissé de mots japonais, en détaille l'histoire tout en les situant dans le bouddhisme Hosso. En écarquillant les yeux vu la parcimonie de l'éclairage, le visiteur apprend ainsi que le Bodhisattva est en keyaki, un bois devenu rare, mais que sa peinture date du XIIIe siècle. Quant aux gardiens, réalisés en plusieurs morceaux, ils datent de l'époque Kamakura, qui a vu fleurir une sorte de baroque oriental. On croit savoir qui les a taillés. Le texte parle d'Unkei, mort en 1223, et de son atelier. Le but de telles œuvres était de créer des figures supposées sauvegarder les autres sculptures du temple. La chose a apparemment marché. Elles ont résisté à plusieurs incendies depuis le Moyen Age.

Une présentation renouvelée

La visite à ces trois merveilles sortant pour la première fois du pays donne l'occasion de refaire un petit tour du Guimet, que dirige aujourd'hui Sophie Makariou. Une personne pour le moins contestée. Lors de sa réouverture en 1997, après de trop nombreuses années de travaux, l'institution avait frappé par la froideur de sa nouvelle architecture intérieure et la sécheresse de sa présentation. Il s'agit aujourd'hui de rectifier le tir. Les salles de céramique chinoise, qui abritent notamment la merveilleuse collection Ernest Grandidier, formée à la fin du XIXe siècle, ont ainsi trouvé son rythme il y a un an. Aujourd'hui ce sont les salles de sculptures, un étage plus bas. La nouvelle scénographie met en valeur les pièces tibétaines (moins belles qu'au Rietberg de Zurich), chinoises, coréennes et japonaises. L'éclairage les magnifie. Mais il faudra faire attention! Au Guimet on ne sait pas trop comment changer les ampoules grillées. Celles du grand hall, temple de l'art khmer, sont pour la plupart éteintes, ce qui donne des ombres fâcheuses. Mais il faudrait des échafaudage pour y remédier à vingt mètres du sol... Les architectes n'ont jamais eu de sens pratique.

Beaucoup de pièces proposées aujourd'hui n'ont pas été vues depuis longtemps. S'il il y a celles de la Mission Pelliot de 1907 ou du legs Moïse de Camondo de 1912, l'amateur note au passage aussi de nouvelles acquisitions. Anne Duchange a ainsi donné en 2017 deux gardiens de temple de la dynastie Tang en céramique. Ces œuvres chinoises produisent font un drôle d'effet. Ce duo ressemble comme des frères aînés (de cinq ou six siècles) aux gardiens de Nara proposés quelques mètres plus loin.

Pratique

Musée Guimet, 6,place d'Iéna, Paris. Les trésors japonais restent visibles jusqu'au 18 mars. Tél. 00331 56 52 53 00, site www.guimet.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."